‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 87 sur 205 · LESSING (1729-1781) ET WINCKELMANN · texte numérisé non relu

LESSING (1729-1781) ET WINCKELMANN

Lessiog : Ses études ; ses débuts au théâtre. — Damon, — Le Jeune Savant,

— Traductions dramatiques. — Rapports avec Voltaire. — Études de philosophie. — Direction du théâtre de Hambourg. — Critique dramatique. — Leasing dans l'ode , la chanson , Tépigramme , la fable , le conte en vers; ses fables en prose, sa critique. — Lettres sur la lit^ térature. — Winckelmann : ses études et ses travaux. — Séjour à Rome ; retour en Allemagne ; mort tragique à Trieste. — Traité sur le sentiment du beau. — Polémique à ce sujet. — Le Laocoon de Lessing. — La peinture, la sculpture et la poésie. — Discussion à ce sujet. — La Dramaturgie. — La tragédie et le drame selon Lessing.

— Critique passionnée du théâtre français. — Miss Sarah Sampson.

— Minna de Bamhelm. — Emilia Galotti. — Nathan le Sage. — Polémique religieuse. — Les Trésors de la bibliothèque duca/e.— Les Anti'GUBtze.

A côté de Rlopslock, âme contemplative et sereine, et de Wieland, esprit léger, brillant et sans consistance, nous trouvons Lessing, âme ardente, lutteur redoutable, aussi ennemi du goût français que Wieland lui était favorable, etqui prépara, par sa critique plutôt que par son exemple, les voies au drame romantique de TAllemagne, dont Schiller et Gœthe allaient être les créateurs.

Gotthold-Éphraïm Lessing naquit en Lusace, à Kamenz, où son père était pasteur. Lui-même était destiné à l'état ecclésiastique, et fit de bonnes études au collège du prince de Heissen, puis fut envoyé à l'université de Leipzig, pour y étudier la théologie. Docile aux intentions de sa famille, il s'y adonna d'abord avec ardeur, mais la connaissance

qu'il fit d'un de ses parents, Christlob Mylius, médecin et littérateur, lui fit bientôt négliger les cours universitaires. Mylius avait fondé un journal intitulé le Libre Penseur ; il encouragea les essais du jeune Lessing, publia de lui quelques pièces anacréontiques, et même la petite comédie de Damon, enfin il l'introduisit dans la société des acteurs. Le goût de l'art dramatique se développa chez Lessing, et une nouvelle pièce, le Jeune Savant, admise au théâtre par la célèbre actrice madame Neuber, fut jouée avec succès par sa troupe.

L'irritation fut grande à Kamenz quand on apprit que l'étudiant en théologie, pourvu d'une bourse par sa ville natale, passait son temps au théâtre, et composait des comédies. La municipalité supprima son secours, et Lessing, rappelé par sa famille, eut à subir des objurgations assez vives; il demanda à étudier la médecine et obtint de retourner à Leipzig; mais son goût pour le théâtre n'avait pas diminué, et sa plume ne lui offrait que de médiocres ressources ; il fit des dettes, se sauva à Wittenberg, puis à Berlin, où il retrouva Mylius. C'est à cette époque qu'il traduisit YAnmhal, de Marivaux; le Joueur, de Regnard; le Calilina, de Grébillon ; La vie est un songe, de Galdéron. Ses articles de critique, dans une Revue fondée par lui, et dans la Gazette de Voss, firent connaître son nom, et lui donnèrent une certaine autorité. Son goût se formait, ses vues littéraires prenaient de l'étendue- et de la fermeté; il se préparait à son rôle de législateur de l'art dramatique.

Voltaire était alors en Prusse auprès de Frédéric II, et Lessing lui servit pendant quelque temps de secrétaire dans un procès qu'il avait contre un juif nommé Hirsch. Lessing ne conçut pas ime grande estime pour Voltaire, en voyant de près les détails d'un procès qui lui faisait peu d'hon-

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