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CHAPITRE DIXIÈME

s'introduira dans le drame, pour donner plus de vérité à une situation. Tout doit être sacrifié à la nécessité d'être vrai, même l'unité d'action ; quant aux unités de temps et de lieu, pas n'est besoin d'en parler; c'est une des faiblesses de Fart classique auquel elles font grand tort. Point de ces confidents automatiques, qui ne viennent que pour aider le personnage principal à parler, et lui donner la réplique, sans laquelle il resterait muet. Il y a bien le monologue, qui est froid, invraisemblable; pour n'en pas abuser, il y aura une foule de personnages vulgaires, qui causeront entre eux, et feront valoir le héros. L'action pourra en être ralentie ; peu importe, pourvu que le naturel domine, et que tout concoure à l'illusion. Toute cette théorie est au fond la même que celle de Diderot * dans ses Dialogues sur le théâtre. Plus tard, V. Hugo, dans la Préface de Cromwell, a répété les mêmes arguments pour justifier l'inauguration en France du drame shakspearien.

Nous croyons qu'en matière de théâtre, il ne doit point y avoir de théorie absolue, et que

Tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux.

Lessing a été trop sévère, injuste même, pour notre tragédie classique ; il n'empêchera pas tous les hommes de goût de lire, d'admirer Corneille et Racine; leurs pièces correspondent à un état social et littéraire qui avait sa raison d'être; ils ont atteint l'expression du beau, du sublime; ils charment, ils émeuvent; la lime de la critique s'usera contre le monument immortel de leur génie. Il est plus facile d'excuser Lessing dans ses attaques contre Voltaire, dont le théâtre a plus de rhéto-

' Lessing ayait traduit le théâtre de Diderot.

rique que de génie; et pourtant Zaïre, Alzire et Mérope demandent quelques ménagements. Quant à l'ombre de Ninus dans Sémiramis, comparée au spectre à*Hamlet dans Shakspeare, nous l'abandonnons bien volontiers aux sarcasmes rancuniers de Lessing ; l'ancien secrétaire avait une injure à venger sur son mattre, il ne s'en fait pas faute.

Lessing a été moins dur envers la France dans l'appréciation de notre théâtre comique ; il rend justice à Molière, mais comme forcé par l'éclat de ce génie, et en quelque sorte malgré lui. Il ne pouvait opposer une comédie allemande ou anglaise à celle de notre pays, qui dans ce genre est resté sans rival ; les peuples du Nord ont bien le génie lyrique et dramatique, mais la comédie n'est pas leur fait. Où Lessing est mauvais juge, c'est quand il ose placer Regnard et Destouches au-dessus de Molière, et quand il célèbre les mérites de Sainte-Foix et de La Chaussée. Il paratt n'avoir pas compris le côté sérieux et profond du comique de Molière; les comédies qu'il a composées en seraient une preuve ; elles sont d'une valeur secondaire ; voyons-le maintenant aux prises avec le drame.

Le drame de Philotas n'est qu'une ébauche, et ne vaut pas qu'on s'y arrête.

Miss Sara Sampsôn est son premier essai dans le drame bourgeois; les caractères y sont tracés avec énergie et vérité.

Minna de Bamhelm, dans le même genre, offre des beautés, et donna à Lessing une place importante au théâtre ; c'est après le succès éclatant de cette pièce qu'il fut appelé à la direction du théâtre de Hambourg. La scène en est prise dans la vie contemporaine ; le héros, le major de Telheim, est un jeune officier des armées de Frédéric II, qu'une injuste disgrâce a privé de son grade, en compro-

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