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CHAPITRE DIXIÈME

mettant sou honneur, n doit renoncer désormais à Tamour de sa fiancée, Minna, à qui il ne veut pas donner un nom flétri. Mais la jeune fille, qui a compris cette douleur et cette délicatesse, se met à la recherche de celui qu'elle aime, et avec un abandon plein de dignité, elle le relève à ses propres yeux, combat ses refus et ses scrupules, et emploie une ruse adroite pour lui faire accepter sa main. L'innocence de Telheim est reconnue, et le dénoûment devient tout naturel.

Il y a dans ces deux caractères beaucoup de noblesse et * d'élévation ; les scrupules délicats de Telheim, le dévouement si pur et si vif de Minna sont tracés d'une main habile et sûre ; cette jeune fille, qui, dans la naïve franchise de sa tendresse, écarte tous les obstacles qui la séparent de celui qu'elle aime, peut sembler un rôle interverti, et choquer la pruderie de certaines âmes; mais en Allemagne, elle paraît toute naturelle : c'est un trait des mœurs nationales. Une autre scène, souvent citée et toujours admirée, est celle où le major, réduit à la misère, veut congédier Just, son domestique, et lui demande le compte de ce qui lui est dû; le dévouement ingénieux de Just trouve moyen de faire un compte où lui-même est le débiteur, et d'imposer à son maître les services dont il a besoin.

Etnilia GaloUi n'est autre chose, sous des noms modernes, que le sujet romain de Virginie, immolée par son père pour l'arracher au déshonneur dont la menaçait l'infâme Appius Glaudius : ce sujet est traité par Lessing avec beaucoup de talent, et pourtant elle produit à la scène moins d'effet que la pièce précédente; le souvenir de Virginie, toujours présent à la pensée du spectateur, fait tort à l'héroïne moderne qui se trouve dans une situation identique ; elle semble être le décalque d'une image grandiose

imposée à notre mémoire par Théroïsme de l'histoire • C'était pourtant, de toutes les pièces de Lessing, celle que Gœthe admirait le plus, sans doute à cause de l'habile peinture des caractères.

La dernière pièce de Lessing, Nathan le Sage, trop admirée par ses amis et ses contemporains, est aujourd'hui bien déchue dans l'opinion de la critique ; une des causes de son succès et de sa renommée, c'est qu'on y voit employé pour la première fois le vers iambique de cinq pieds, qui fut adopté depuis pour le drame, et que consacrèrent de leur génie Gœthe et Schiller.

Quand Lessing composa ce drame, il était engagé dans une polémique fort vive contre les théologiens, et surtout contre Gœtze, pasteur de Hambourg ; lui qui avait si vivement protesté contre l'impersonnalité de la tragédie française et contre les tirades philosophiques de Voltaire, il fit de son Nathan une pièce philosophico-religieuse, ou plutôt antireligieuse; car il met en présence les trois croyances, juive, mahométane et chrétienne, pour démontrer, contie le dogme chrétien, la supériorité d'une espèce de tolérance philosophique en dehors de toute religion. Cette pièce est donc un plaidoyer plutôt qu'un drame, et elle convient mieux à la lecture qu'à la représentation. Lessing donnait un démenti à son système dramatique, au profit de son scepticisme ; il faisait tort à cette double cause, car rien n'est plus froid au théâtre qu'une idée philosophique négative ; de plus, par une singulière inadvertance, il faisait à son ennemi Voltaire l'honneur de lui emprunter plusieurs situatijons de Zaïre.

Le sujet de Nathan est tiré du conte les Trois Anneaux de Boccace, dont voici le sujet. Le juif Melchisédech, usurier de profession, est mis à l'épreuve par le sultan Saladin ;

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