De Calderoti
k. Guardar y guardarse^ de Lope de Vega.
ploitée, où Scarron seul peut-être avait été chercher lo modèle do ses comédiens picaros, Lesage refit le Diable boiteux^ spirituelle fiction de Louis de Guevara, qu'il augmenta plus tard à l'aide d'autres contes espagnols, et en y mêlant des traits piquants de la vie scandaleuse de Paris. Cette première épreuve du roman satirique fut bientôt suivie par le chef-d'œuvre du genre, l'impérissahle Gil Bios (1715), dont le roman d'Espinel, Marcos de Obregorif lui fournit l'idée première et d'assez nombreux détails. Ici les noms, les coutumes, les événements, les localités, malheureusement aussi les épisodes sérieux et sentimentaux, sont espagnols ; mais la finesse d observation , la gaieté délicate, la souplesse et la vivacité du récit principal sont exclusivement françaises. Voltaire, qui n'aimait point Lesage, et quelques Espagnols, jaloux pour leur pays d'une œuvre si remarquable, accusèrent Lesage de plagiat. Le P. Isla prétendit, sans aucune preuve, que ce roman était l'œuvre d*un avocat andalous qui aurait donné son manuscrit à Lesage, pendant que Técrivain français était en Espagne. Mais jamais on n'a produit le prétendu manuscrit, jamais on n*a cité le nom de l'avocat, jamais Lesage n'a été en Espagne. Le P. Isla ne pouvant donner à son pays l'honneur d'avoir créé Gil Blas^ lui en donna au moiiis une excellente traduction ^ Les derniers ouvrages de Lesage, OtLStncmcTA Ifarache^^
1. Aventuras de 6il Bios de SantiUana, robadas à EspaHa por Le SagCf restituidcts d au patria y d su Ungua nativa por un Espaûol icioso* Madrid, 1797, 4 vol. in-4**. — Dans Pintérêt de sa tlièse, Isla aurait mieux fait d'imprimer le texte original. Antonio Llorente, Tauteur de VHistoire de Vlnguisitiont reprit en 1S22 l'accusation de plagiat. Ce n'est plus à nn avocat andalous, mais k Antonio de Solis, qu'il attribua la paternité de GU Blas. Llorente ne produisit pas, à l'appui de son assertion, de meilleures raisons que l'impossibilité où se serait trouvé tout autre écrivain de l'époque à laquelle il attribue Gil Blas de composer un roman semblable.
2. Traduit en abrégé du Gunman de Alfarache de Mateo Aieman (1554).
Estevanille de Gonzalès^, Le bachelier de Salamanque, sont encore des reproductions moins heureuses des types espagnols. Mais dans toutes Tauteur français applique le système qu*il avait inauguré dans ses emprunts de Gil Bios : « il adoucit les idées outrées, il ramène doucement les formes inégales à leur juste mesure, qui est celle du bon sens et du goût '. »
Nous voici arrivés aux limites extrêmes du dix-septième siècle. Le dix-huitième intervertit les lôles entre la France et l'Espagne : c'est la seconde qui désormais copie la première. Le petit-fils de Louis XIY devient Philippe Y. La littérature castillane, épuisée et stérile, se soumet au goût et à l'influence de la France : on parle français dans la société élégante de Madrid; on traduit et on imite nos grands écrivains. Le siècle de Louis XIV et le siècle de Voltaire jettent dans toute l'Europe un incomparable éclat. L'hégémonie littéraire a passé de l'Espagne en d'autres mains.
1. Traduit de l'autobiographie intitulée Vida de Eatebaniilo Goti'zale8 (1646).
2. A de Puibusque, Histoire comparée,., t. II, p. 325. Eu terminant cette partie de notre livre, nous ne saurions trop reconnaître et proclamer les nombreux emprunts que nous avons fait à ce savant et spirituel ouvrage.