LES CONQUÉRANTS BARBARES
de la guerre et du gouvernement sont souvent d'origine barbare. Le vaincu, en effet, devait apprendre les mots que lui imposait la force, et le vainqueur ceux que lui enseignait le besoin'.
On ne saurait déterminer avec rigueur Tépoque où commença Tusage de la langue italienne. Les langues ne naissent pas; elles se transforment. Il en est des idiomes comme des hommes qui les parlent : pour eux chaque journée paraît ressembler à la veille ; ce n'est qu'au terme d'une longue série de jours qu'apparaissent les changements. Quelques savants semblent avoir voulu établir que ridiome italien existait à Rome dès lo temps de la république et qu'il était dès lors la langue vulgaire du peuple. Ce paradoxe, qui n'a pour lui aucune preuve sérieuse, ne mérite pas même une réfutation'. Cependant il est vrai que, sous le règne de l'ancienne langue latine, il se trouvait dans la bouche du peuple des termes, des tournures, des habitudes de prononciation qui se sont conservées dans l'italien moderne'. Quoique nous n'ayons aucun monument authentique écrit en italien avant la fin du douzième siècle, il est certain que cet idiome était formé
1 . Pcrticarî, Difesa di Dante , cap. viti. — Walter Scott a fait une remarque analogue sur Porigine, soit saxonne, soit normande, de plusieurs mots d*t ia langue anglaise. Les animaux dont l'homme fait sa principale nourriture ont chacun deux noms en anglais. Vivants, ils portent le nom que lour donne le saxon, c'est-à-dire le berger, Tagriculleur (calf\ hog, ox, sheep) ; tués et mis en morceaux, ils prennent les noms sous lesquels les désignaient le guerrier, le consommateur, le normand (veal, porky bee/^ muUon).
?. Somnium at nuUa confulatione dignum, Muratori, diaa. 32.
3. On trouvait, dans les atellanes, orum au lieu de aurum; oriculas pour auriculas; parentes au lieu de propinqui. Pour ipsi et ipse^ on prononçait, sous Auguste, issi et isse^ d'où les Italiens ont fait esio. Piaule écrit essere pour esse,vemu8 pour/iyems, minaccia pour minas, balluere pour pevcutere. On disait familièrement bellus pocr pulcherj eabalius pour equus, Pline, dit Bettinelli, emploie le mot letamen (fumier) et Sénèquc jorntfs pour diea, Ausone se sert de lesta pour ca/7u/, Apulée de minare pour ducere, etc.
à nne époque bien antérieure. Les premiers essais qui nous restent de ritalieu écrit supposent évidemment un italien depuis longtemps parié. Bien plus, on entrevoit la langue populaire à travers Thorrible latin des notaires du dixième siècle S Nous pouvons donc regarder la fin de ce siècle comme l'époque où la nouvelle langue est définitivement constituée. C'est aussi celle où le sol agité par tant de bouleversements commence à s'affermir. C'est la limite extrême où a pu descendre la barbarie^ et d'où une civilisation nouvelle va lentement surgir.
GDÂPITRE n
LA PREmËRE RENAISSANCE
Formation d*ane civilisation nouvelle.
Société cléricale. — Étude du droit. — Université de Bologne.
Médecine. — L*écoIe de Salerne.
La Providence a doué la société humaine d'une telle force de vie que toute ruine est le commencement d'une régénération. Là comme dans la nature il est vrai de dire avec le poète :
Lee débris s'animaient, la mort était féconde, Et la destruction renouvelait le monde*.
1. On trouve dans un contrat de cette époque (994) : ■ in loco qui dicîtXLT a la crux • ; dans un autre (1052) : « in Cingnano osqoe ad Pechano fine al eapo del monte, * Un autre notaire désify^no ainsi le môme lieu en latin : • nsque adeaput de monie » (lO&B); plus le notaire était ignorant, plus l'idiome vulgaire transperçait à travers son latin. 11 en est presque de ces actes comme des discours prononcés en français par Menot et Maillard, et écrits en latin avec de nombreusea phrases en langue vulgaire par quelque moine médiocrement lettré.