‹ Histoire des littératures étrangères condidérées dans leurs rapports avec leChapitre 36 sur 113 · Publié en 14ai, in-fol · texte numérisé non relu

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LA POÉSIE fiPIQUE. SI

et de eheTdienr, de I>atailles et de duels. Lee guenes y naissent les unes des autres; des empires y sent eonquis en un jour. A côté du géant Morgant est le géant Margutte, infidèle, mais bon vivant, qui &lt rire tout le inonde, héros, diables et lecteurs, et qui meurt enfin d'un aeeês de rire.

Gk>mme ee poème eet aaeex peu connu en France^ et mérite pourtant de l'être, noua allons tracer une efiquisse rapide du premier chant, qui, par ses qualités comme par ses déâtuls est l'un des plus caraetéristique».

Le poète commence par les premières lignes de l'Évangile de saint Jean : « Au commencement le Verbe était auprès de Dieu et Dieu était le Verbe, et le Verbe était Dieu. » Il rattache ces paroles à une invocation, dans laquelle il implore l'aide d'un ange pour raconter « une fameuse, antique et digne histoire. » Chaque chant du poème s'ouvre par une semblable prière, formulée quelquefois en latin ou à peu près, comme celle du chant IV : « Gloria in excelsis Deo^ e in terra paee, »

Après ce que nous avons dit plus haut, il est inutile d'ajouter qu'il n'y a dans de pareils débuta aucune intention ironique. L'auteur se conforme à une habitude populaire, dont l'Arioste saura bientôt tirer ses charmants préambules*.

La ce fameuse », la « digne histoire », que Puici noua raconte , est en effet une histoire bien « antique » pour nous autres Français, c'est celle des exploits de Roland, neveu de Gharlemagne, qui s'exile de la cour de son oncle par suite de la jalousie du traître Granelon. Mais à Texem*

1. Un autre poète donna à TArioste Texemple de substitaer one digression poétique, par forme de prologue, aux invocations pieuses de Polci et de ses prédécesseurs; ce fut Francesco Belle, dit TAveugle de Ferrare, dans son poème intitulé MamXtriano (Ferrare, 1509, pet. in-4}, œuvré du même genre, mats d'mi moindre miérile que le Mcrr»^ gante ^

pie des trouvères de France, Pulei discrédite ses devanciers et prétend

Que cette histoire, avetf tout son mérite, Fût mal apprise , encor plus mal écrite.

Roland irrité s'éloigne de Paris et arrive dans un lieu désert où il rencontre une abbaye, « située sur les confins des chrétiens et des païens. » Le monastère était dominé par une haute montagne, d où trois géants faisaient pleuvoir d'énormes quartiers de rocs, ce qui, observe très judicieusement l'abbé.

Trouble souvent dos dévotes prières.

U ajoute :

Nos sainte aïeux, dans leur désert lointain.

Ne faisaient pas gratis œuvres si belles.

Ne croyez point que, du soir au matin, Tout an couvent vécut de sauterelles : Du ciel pleuvait la manne , c'est certain ; Il pleut ici, pour remplir nos écuelles, Les durs cailloux que jettent de ce mont Alabastro, Morgant et Passamont^

Gli aDtichi padri nostri nel deserto Se le lor opre s^nte erano e giuste, Del ben servir da Dio n^avean buon merto :

Ne creder, sol Tivessin di locuste; Piovea dal ciel h manna. questo ècertos Ma qui conTien cbe spesso assagi e gus(e Sassi, cbe pioTon di sopra quel monte, Cbe gettano Alabastroe Passamonte.

L'abbé parlait encore quand une énorme pierre vint, comme pour confirmer son récit, tomber aux pieds de Roland.

1. Nous avons cherché à reproduire scrupuleusement, avec le sens exact de Tauteur, Tallurede la strophe épique italienne qu'il emploie dans tout son ouvrage :

Là poésie Épique. 93

Seigneur Baron, entrez an nom des cieitt', La manne va tomber, dit le saint moine.

Roland répond : Ces gens sont soucieux Qne mon cheval ne mange ni us d*avoine.

Ils pourraient bien le gu<>rir du- mal d*yeux. Mais quels rochers ils lancent 1 saint Antoinel Hélas! reprend le bon père à son tour, Ils jetteront la montagne un beau jour». .

Roland entreprend de délivrer le monastère de ce voisinage incommode : il se dirige vers la montagne, rencontre Passamont qui lui offre généreusement de le prendre à son service. Le paladin refuse cet emploi^ et provoque le géant par deux épithètes peu courtoises (can mastino).

Le géant court, terrible, à son armure, ^uand il entend qu'on lui dit une injure.

Le neveu de Gharlemagne l'attend patiemment sans bouger : Passamont revient avec sa fronde, lui lance sur la tête une de ces pierres qu'il lançait si bien, le laisse étourdi sur la place, et le croyant trépassé, rentre paisiblement chez lui.

Le Passamont, cuidant quMl étoit mort, Se dit : je vais déposer mon armure.

Mais ce n'est pas le compte de Roland, qui pendant cet a parte avait repris connaissance.

11 criu foft : Géant, où vas-tu donc?

Tu crois m'avoir écrasé la cervelle?

Si tu n'as pas des ailes au talon, Tu ne pourras me luir^ chien d'infidèle 1

Passamont . revient, se baisse pour ramasser une autre pierre. Le comte, instruit par Texpérience, ne lui laisse pas le temDs d'armer sa terrible fronde • d'un coup de

^k L'ITAUK.

cortana il fend Xeeiâne du paiea, qui ea s'écroaUnt comme une ruine [morto TOvifKwa)^

DéYotem^ttl» MMph^^M MahooMU

AlabastrOy le second géant^ eut le même sort que son frère ; comme lui il fut pourfendu, comme lui encore

n invoqua MalmBet en monnot.

Restait le troisième Qamoe, qui se teniiit coi dans son palais

Fait de gazon, de branches et Me terre.

Roland frappe poliment à la porta : Morgant ouvre, l'esprit encore tout plein d'un songe alarmant qu'il vient de &ire. Un seqient l'avait assailli. En vain il invoquait Mahomet ; il s'était mis à implorer Jésus, qui l'avait délivré* Le héros chrétien profite de roccasioa, 1} apprend au géant

Qu'il a laissé plas froids qu'an froid pilastre Ses deux jumeaux, Passamont, Alabastre.

Cette nouvelle donne à penser au troisième géant. Son rêve aidant, il se déclare disposé à quitter le mahométisme. Roland lui fait tm beau sermon approprié à la circonstance^ et le termine par ces mots :

Baptise-toi : prends mon Diea pour le tien.

Morgant répond : Cela me va fort bien.

Battezati A «rio Dio 4i boos talesto.

Morgante gli rispose : io son contento.

Il fait plus : il suit Roland, s'attadie à lui en qualité d'écuyer. Le compatissant paladin console du mieux qu'il

LA PdÊBIE ÉI>IQUE. 9^

peot 8M& «ëoph^ pour les deux fières qu'il lui a iués. n y T^uwit prfthaMfuneiit «n deià de mb eipéraiMe ;

«k not «ont m Mg6, dilliflcguit :

Ta me irais libre et Èaat prêt A te «tiirj».

Quant à la mort de mes frères, Roland,

Ml bon plaisir dn Beignenr je les lirre.

f V dfis ^«1 ciel ai «n fiât lent «olaiit.

i.e8 morts sont morts, pour août, songeons à vivre.

A tous les deux, je vais couper les bras,

Pour les porter aux saints meines là-bas.

Pbb n'efTt besoin de dire que le pire albbé reçoit aTec TsvisBemeiLt les demx noweaux amie.

Ce néanmoins, quand il voit le géant, L'abbé «abeiid se MBt malâ Ml Bin.

Miîe Bâlaad le i^oaforte eu lui expliquant que Morgaat est ckrétien. Âiois tout le couyeut s'aiMiudoiiue à la jtaîe.

Jje converti pranve aux izuiiiiee ssl «iucérité en leur £ai- Beat agréer eee pelits services ; il Ta leur chercher de l'eau ^ m^qporte un tonneau plein snr l'une de ses épaules; l'autre est chargée de deux ou trois sangliers qu'il a tués eai passant. Qoajid l'impatient Roland veut partir en quête d'aventures, Morgant s'arme d'un battant de cloche qu'il trouve dans Je couvent, la cloche elle-même lui sert de casque^ ainsi pourvus, les deux paladins s'en vont bravement eau ^lerreu Us parcourent le monde, écrasant sur leur route les géants, les serpents» les tyrans, et mettant à bonne £n les aventures ordinaires de Ja chevalerie.

Le poète marche à leur suite pendant ses vingt-huit chants, sans chercher la plaisanterie, sans la fuir quand elle se rencontre, tour à tour sérieux et enjoué, comme les événements qu'il répète, comme le peuple auquel il s'adresse.

«6 t'iTALIE. .

Le Style dé Pulci porte, comme ses conceptions, l-empreintedela société qui Tenvironnait. Sa diction énergique a quelque chose de la sévérité des anciens temps ; ses vers remarquablement purs et coulants manquent toutefois de mélodie : ses phrases sont abruptes et décousues. Sa vigueur dégénère en rudesse, et une concision capricieuse, qui comme nous venons de le voir, n'exclut pas toujours la prolixité, l'empêche de donner à ses images poétiques leur juste développement *,

Pulci eut la gloire de faire entrer Tépopée populaire dans le dpmaine de l'art ; il ne put la conduire jusqu'à ses dernières limites. C'est à un autre poète qu'il était rérservé de placer sur cette tête plébéienne l'auréole divine de la beauté.

Le Boiardo ne fut encore qu'un précurseur, mais un précurseur si habile et si heureux que FArioste voulut modestement continuer son œuvre, et recevoir de ses mains son action et ses personnages. Ce fut lui qui, dans son Orlando innaniorato, fixa pour toujours les rôles de Ror land, d'Angélique, d'Agramant, de Rodomont. Ce dernier nom nous rappelle une anecdote qui nous fournira l'occasion d'indiquer le caractère ainsi que la position sociale de Boiardo, e't d'appuyer ce que nous avons déjà dit de l'adoption des idées et des amusements populaires par les classes élevées de la Toscane.

Matteo Maria Boiardo était riche, noble, comte de Scandiano. C'est des paysans de ses domaines qu'il emprunta les noms d'Agramant, de Sobrin, de Mandricard. Un jour que, se promenant à cheval dans ses domaines, il inventa par hasard le nom de Rodomont, enthousiasmé de cette précieuse découverte, il revint, dit-on, en toute hâte et fit sonner en signe de réjouissance toutes les cloches de

1. Ugo ToiicolOj Narrative afid Romantic Poems of ihe UcUian^. dans le 42« n» du QiMrterly Review.

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