PUBLICISTES ET HISTORIENS
meilleur de tous, et qu'à tout prendre le fripon n'est qu'une dupe. Il est vrai qu'il ne conseille nulle part à son prince d'être un tyran : Use contente de lui montrer scientifiquement comment il faut l'être, pour l'être sans danger.
Extrayons, pour justifier notre indignation d'honnête homme, quelques uns des préceptes qu'ose donner ce professeur de politique, cet homme de génie si goûté au seizième siècle et qui ne laisse pas d'avoir encore aujourd'hui des apologistes et des disciples.
Les devoirs du prince varient selon les circonstances qui Tont amené au pouvoir.
Si l'on s'est emparé d'un État qui était soumis à un autre prince et qu'il n'existe pas une antipathie nationale, il suffit pour y régner paisiblemen^ d'éteindre totalement la race de Vancicn souverairij et ensuite de ne pas altérer les lois et de ne pas augmenter les impôts^.
Si c'est d'un État libre et autonome qu'on s'est emparé, le premier moyen à employer pour en rester mattreestde le ruiner et de le détruire. Quiconque devient maître d'une ville accoutumée à jouir de sa liberté et ne la détruit pas, doit s'attendre à être détruit par elle^.
Une remarque à faire, c'est qu'il faut gagner les hommes par des caresses ou les exterminer '.
Un prince nouveau parvient le plus souvent au pouvoir par des crimes *.
Cette route royale est scrupuleusement tracée par Machiavel. Les modèles qu'il propose en ce genre sont de premier choix. C'est avant tous César fiorgia, qui, entre autres actions abominables, réunit, sous prétexte de réconciliation et de concorde, des princes dont il convoite les États et les fait arrêter et étrangler; c'est, en remontant aux anciens, Agathocle, préteur de Syracuse, qui convoque un matin le peuple et le sénat, fait massacrer par ses soldats tous