‹ Histoire des littératures étrangères condidérées dans leurs rapports avec leChapitre 43 sur 113 · Chapitre v · texte numérisé non relu

Chapitre v

3. « Si ha a notare ehegli ttomini si debbono veiseggiare o spe* gnere. » Chapitre m.

4. Di qttelli che per scelleratezze sono pervenuti al principato. Chapitre viii.

les sénateurs et les particuliers les plus riches, s'empare de ]a souveraineté et en jouit sans obstacle et sans trouble ; c'est, pour en revenir aux modernes, Oliveretto, qui &it égorger, dans un repas, son oncle qui Tavait élevé et les autres principaux citoyens de Ferme, sa patrie, s'en déclare le prince, et se maintient au pouvoir en immolant tous ceux qui peuvent lui faire ombrage.

Mais il ne suffit pas au nouveau prince d*6tre cruel, il faut qu'il le soit habilement. La cruauté est bien employée, si toutefois, ajoute l'auteur, on peut dire bien de ce qui est mal^, quand on ne l'exerce qu'une seule fois, par la nécessité de pourvoir à sa sûreté, qu'ensuite oo n'y revient pas, et qu'on la fait tourner, autant que possible, à l'utilité des sujets. Les cruautés mal employées sont celles qui commencent par être peu de chose, mais qui s'accroissent avec le temps, au lieu de s'éieindre. Les princes qui suivront la première de ces deux méthodes pourront, avec l'aide de Dieu et des hommes*, trouver, comme Agathocle, quelque remède à leur position ; il est impossible aux autres de se maintenir.

Un prince nouveau ne peut guère éviter le reproche de cruauté. César Borgia passa pour être cruel; mais enfin cette cruauté avait réformé, réuni, pacifié la Romagne, et l'avait rendue fidèle. Un prince ne doit donc pas se mettre en peine du reproche de cruauté pour réduire ses sujets à l'union et à la fidélité. En faisant un petit nombre d'exemples, il sera plus humain que ceux qui, par trop d'humanité, laissent arriver des désordres d'où naissent des meurtres et des brigandages; car ces excès ofTensent TÉtat tout entier, et les exécutions commandées par le prince ne blessent que des particuliers'.

Le dix-huitième chapitre contient l'aveu le plus franc et le plus débouté de la politique que la postérité a justement stigmatisée du nom de Machiavel. Il a pour titre : De quelle manière les princes doivent tenir leur parole.

Vous devez savoir, dit l'auteur, qu'il y a deux façons de combattre. Tune avec les lois, l'autre avec la force. La première est propre à l'homme, la seconde aux bétes ; mais parce que souvent la première ne

1. Hypocrite précaution de Machiavel, jetée dans son texte comme une défense contre les attaques possibles des honnêtes gens.

2. Étonnez-vous qu'il y ait des athées, quand il se trouve des hommes qui osent mêler le nom adorable de Dieu à de pareilles horreurs !

3. Chap. XVII. Voyez dans Guinguené, Hist. litt. d'Italteji. VUI,p.99, la réfutation de ce misérable sophisme.

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suffît pas, il convient de recourir à la seconde. Ainsi est-il nécessaire à un prince de savoir bien user de la béte et de Thomme... Un prince étant donc obligé de savoir bien user de la bête, doit choisir pour modnle le renard et le lion. Le lion ne se défend pas des filets; le renard ne se défend pas des loups. Ceux qui s'en tiennent au rôle du lion n'y entendent rien.

C'est pourquoi un seigneur prudent ne doit pas tenir sa parole quand cette fidélité tournerait à son préjudice, et quand les occasions qui l'ont engagé à promettre n'existent plus. Si les hommes étaient tous bons, ce précepte ne le serait pas; mais, comme ils sont méchants et ne te garderaient pas leur parole, tu ne dois pas non plus leur garder la tienne. Et jamais un prince ne manquera de raisons légitimes pour colorer son manque de foi. Celui qui sait le mieux jouer le rôle du renard est celui qui réussit le mieux; mais il faut savoir bien colorer ce caractère, et être habile à simuler et à dissimuler. Les hommes sont si simples, ils obéissent si bien aux nécessités présentes, que celui qui trompe trouvera toujours qui se laisse tromper.

Il est difficile d'exprimer dans un meilleur style de plus détestables maximes. L'historien Macaulay, très favorable du reste au caractère de Machiavel, ne peut s'empêcher de les flétrir par un énergique aveu. « Cet étalage de per^ versité, qui se montre nue et sans honte, écrit il, cette froide, judicieuse, savante atrocité semblent appartenir à un démon plutôt qu'au plus dépravé des hommes. Des principes que le scélérat le plus endurci lai -serait à peine entrevoir à ses plus fidèles complices et ne s'avouerait à lui-même qu'en les palliant d*un sophisme, sont professés ici sans la moindre circonlocution, et établis comme des axiomes fondamentaux de toute science politique S »

Le livre du Prince contient heureusement des parties où le talent de l'écrivain et la perspicacité de l'homme d'État ne méritent que des éloges. « La partie saine du ii^^re, dit très bien Ginguené, ouvrage d'un genre profond, admirable surtout pour le temps où il fut écrit, est un résultat substantiel de lectures bien digérées et d'observations aussi fines que justes sur les hommes et sur les événements. »

On y trouve entre autres une grande vue qui appartient

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