‹ Histoire des littératures étrangères condidérées dans leurs rapports avec leChapitre 48 sur 113 · CHAPITRE .Xm · texte numérisé non relu

CHAPITRE .Xm

IIVFLUENCE DE LITALIE SUR LA FRANGE

ËdacatiooitalMiiBe de la France. — Décadence et résurrection de Tltalie.

La primauté littéraire de l'Italie finit avec le seizième diècle. Il en est des peuples comme des hommes : quand ils ont à exprimer une pensée neuve et féconde, on les écoute, on les admire; ont-ils accompli leur mission, quelque temps qu'il leur reste à vivre, ils ne font plus que se répéter eux-mêmes ou imiter les autres. Leur parole peut encore être ingénieuse et brillante, mais elle n'a plus cette puissance qui commande l'attention et domine les âmes. Nulle nation n'eut dans les arts un rôle littéraire plus glorieux que l'Italie, elle réunit à la fin du moyen âge les deux grands fleuves qui forment la civilisation moderne : le catholicisme et l'antiquité. Gela fait, elle se reposa dans sa gloire : pareille aux coureurs des jeux antiques, elle passa à d'autres mains l'inextinguible flambeau.

Le 2 septembre 1494, Charles YIII passait le mont Genèvre avec la fleur de la noblesse française, « gaillarde compagnie, mais de peu d'obéissance », dit Gomines. Le roi faisait le voyage dCItaliej pour conquérir son royaume de Naples; les jeunes seigneurs qui chevauchaient à ses côtés ne rêvaient que les richesses et les voluptés de la belle Italie; il semble qu'un instinct secret poussât ces derniers barbares vers Téternelle proie des invasions. Les Italiens s'éveillèrent à demi au milieu du beau songe où

les arts les berçaient depuis un siècle. Les musiciens et les poètes suspendirent un instant leurs douces canzoni, leurs langoureux sonnets. On ne parlait que de prodiges sinistres, d'apparitions, de naissances monstrueuses; le» astrologues annonçaient des malheurs comparables à ceux des grandes invasions de l'empire romain. Les Français et surtout les Suisses, leurs auxiliaires, ne justifiaient que trop ces appréhensions. Ce n'étaient plus les batailles de» condottieri, innocents tournois où il arrivait quelquefois qu'il n'y eut pas un mort, pas un blessée A la première rencontre avec les soldats d'outre-monts, les Napolitains avaient perdu, dit Guicciardin effrayé, « plus de cent hommes, tant dans le combat que dans la fuite ». La bataille décisive de Fornovo, où les Français perdirent deux cents hommes, en coûta aux Italiens trois mille cinq cents. Les chefs-d'œuvre de lltalie, les collections précieuse» eurent encore plus à souffrir du passage de nos rudes chevaliers, et, il faut le dire, de la cupidité de la populace italienne, qui pillait à leur suite. Florence, où ils entrèrent sans coup férir, vit ravager les trésors des arts rassemblés dans le palais desMedici ; les sculptures antiques, les vases, les camées, qu'avaient réunis avec tant de soin pendant un demi-siècle Laurent et ses ancêtres, furent dissipés ou détruits en un jour. Cette perte, que déplorent éloquemment les chroniqueurs italiens^, est constatée aussi avec une gothique naïveté par notre Gomines. Il se remémore avec étonnement tant de «(beaux pots d*agate, et tant de beaux camaïeux bien taillés que merveille, et bien trois mille médailles d'or et d'argent, bien la pesanteur de quarante livres; et croit qu'il n'y avait point autant de belles médailles en Italie. Ce qu'il (Pierre de Me-

1. Gomme dans le combat qui eut lieu, le 8 mai 14S6, entre les troupes d'Innocent VIII et celles de Ferdinand, roi de Naples. Ammirato^ IstorU fiorenlint, livre XXV, page 174.

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