CHAPITRE IV
LES GHROinQUES
Alphonse X. — Ayala. — Le Passage honorable. — Don Qaichotto dans la vie réelle.
Il est un genre de composition où les courtisans et les princes espagnols de l'époque qui nous occupe obtinrent un succès plus constant que dans la poésie, je veux parler des chroniques. Ici la gravité du sujet et le contact des choses réelles ne permirent pas aux écrivains de s'abandonner à de vains jeux d'esprit. Les événements qu'ils racontaient introduisirent nécessairement dans leurs ouvrages le sentiment national qu'avait dédaigné la poésie de cour. Les chroniques s'inspirèrent des chansons de geste et les continuèrent.
Les chroniques espagnoles sont un des monuments les plus curieux que puisse offrir une littérature. Nul autre ne révèle mieux le passage cpe franchit toute nation en allant de la poésie à la prose, la transformation graduelle de l'épopée en histoire. Nulle part ailleurs les chroniques composées dans le langage vulgaire ne forment un tout si complet, si imposant. Du treizième siècle au seizième, d'Alphonse X à Charles-Quint, une suite non interrompue de récits naïfs et fidèles suivent pas à pas les luttes, les progrès, les agitations de ce grand et noble peuple. Ces récits eux-mêmes ont en quelque sorte leur croissance, comme lui: ils passent peu à peu du langage poétique des trouvères à la gravité simple des mémoires et enfin à l'éloquence étudiée des histoires antiques.