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LES CHRONIQUES

La première de toutes, en date comme en mérite, est Tœuvre d'une main royale que nous avons déjà appris à connaître. L'auteur des Siete Partidas, Alphonse X, fit recueillir diverses chroniques latines, composées par des évoques et des moines ; il s'inspira des chansons de geste que répétaient les jongleurs % et rédigea lui-même une histoire de l'Espagne depuis la création du monde jusqu'à la mort de saint Ferdinand son père (1252). Les premières parties de cette chronique, résumé aride de la Bihle et de l'histoire romaine, offrent naturellement assez peu d'intérêt ; mais à la troisième, quand le narrateur sort avec Pelage des montagnes des Âsturîes, quand il nous dit les merveilleuses aventures de Bernard del Garpio, de Fernand Gronzalez, des sept infants de Lara, quand il nous fait voir les miracles accordés par les* anges à Alphonse le Chaste, et saint Jacques combattant en personne contre les infidèles, un souffle vivant anime sa parole, on reconnaît le génie guerrier et religieux de l'Espagne.

La quatrième et dernière partie renferme les exploits du Gid, tels qu'ils sont contenus dans le vieux poème que nous avons analysé. Là nous prenons sur le fait ce que nous ne pouvons que conjecturer ailleurs, l'intime parenté de ce récit en prose et des chants populaires qui en ont précédé la composition. Les faits, les idées, les expressions sont souvent les mêmes : nous voyons le poème se faire histoire, le chant devenir écriture*.

1. L'autour cite lui-môme^ dans son prologue les chroniques de Tarchevêque Rodrigue et de Tévéque de Tuy : il allègue, dans sa troisième partie, ch. z et zm, l'autorité des Cantares de gesta.

2. Le lecteur en pourra juger en rapprochant du déhut en vers que nous avons cité plus haut quelques lignes d'une chronique en prose que nous allons traduire ici.

« Et lorsquHl vit ses coitrs désertes et sans serviteurs, les perches m sans faucons et les portes sans sièges pour rendre la justice, il se « tourna vers l'orient, s'agenouilla et dit : Sainte Marie, mère, et autres « saints, priez Dieu qu'il m'accorde de vaincre tous ces païens, et de

Après Alphonse X, 1& chronique se tait pendant deux règnes, comme pour avoir le temps de se bien séparer de la poésie. En effet elle reparaît sous Alphonse XI avec un caractère nouveau ; Timagination du trouvère a fait place à la sécheresse de l'annaliste. Son récit est empreint d'une solennité raide et froide qui s'est privée du charme de la légende sans atteindre encore au mérite sérieux de l'histoire. La position personnelle du chroniqueur est désormais déterminée comme son style. L'auteur a une mission officielle : il est institué l'historien du roi : son livre est une fonction. Malheureusement le roi, en donnant le diplôme, n'a pu conférer le talent. Cette seconde chronique, dont l'auteur est inconnu et qui embrasse trois règnes (1252 — 1312), n'offre guère d'autre intérêt que celui des événements,

AvecAyala* le progrès est'manifeste. Une riche matière s'offrait à sa plume. Le règne de Pierre le Cruel, la lutte sanglante des deux frères, des rois détrônés, rétablis, renversés encore, la France et l'Angleterre, Duguesclin et le Prince Noir élargissant l'arène- et prenant l'Espagne pour champ clos; l'époque presque aussi agitée de Juan P% enfin le règne tranquille et prospère de Henri III, tels sont les sujets qu'embrassait la nouvelle chronique, et qui semblaient devoir porter avec eux quelque chose de la dignité de l'histoire. L'écrivain à qui ils échéaient en partage n'était pas indigne de les rédiger. D. Pedro Lopez de Ayala fut, dit son neveu, « un homme d'aimables qualités et de bonne conversation ; il eut une conscience délicate et craignit beaucoup Dieu, Il aima aussi l'instruction et s'adonna à la lecture des livres et des histoires... Ce fut lui qui fit connaître en Castille beaucoup d'ouvrages inconnus jusqu'alors, tels que Titus Livius,... la Chute

« gagner de quoi faire du bien à mes amis et à tons ceux qui voudront « me suivre et me secourir. »

1. Né en 1332, mort en 1407. Sa chronique commence à l'année 1350, et va jusqu'à l'an 1396.

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