‹ Histoire des littératures étrangères condidérées dans leurs rapports avec leChapitre 66 sur 113 · Obras de GarcHaso^ 1580, pages 75^ 120, 126, 573, etc · texte numérisé non relu

Obras de GarcHaso^ 1580, pages 75^ 120, 126, 573, etc

Baptiste Rousseau. Mais ce qui frappe et fatigue surtout le lecteur étranger, c'est l'absence de souplesse, de laisseraller et de naturel. Herrera est toujours sur le trépied : je vois trop en lui Tarliste, c'est en yain que je cherche l'homme *.

Je le trouve, au contraire, et avec un charme irrésistible, chez un de ses contemporains, plus vrai et par conséquent plus grand poète que Herrera, Louis Ponce de Léon (1527-1591). Sa vie, son caractère, son âme étaient une suave poésie, dont ses écrits laissent arriver jusqu'à nous quelques rayons. Issu d'une riche et noble famille, un attrait puissant l'entraîne loin du monde ; il entre à l'âge de seize ans dans l'ordre de Saint-Augustin ; mais sa douce et aimable piété n'avait aucun des traits repoussants de la dévotion monacale. Sa dévotion n'était qu'amour, médita tion céleste, élancement continuel vers un monde meilleur. Au dehors, rien d'affecté : tout est modeste, régulier , ordinaire ; devenu moine, Louis de Léon continue et termine ses études. Il lit et médite l'Écriture sainte, prend ses grades en théologie, devient et reste jusqu'à sa mort professeur à l'université de Salamanque.

Le malheur, la persécution, viennent éprouver cette âme comme pour l'ennoblir et l'épurer encore. Louis, dans ses pieuses études, a été frappé de la beauté poétique d'un livre de l'Écriture sainte, le Cantique des cantiques; il y a vu une ravissante idylle et il l'a traduit en secret. Un valet infidèle lui dérobe son manuscrit. L'Inquisition^ excitée par les rivaux du professeur, s*arme de toutes ses sévérités. Traduire la Bible en Espagne et au siècle de

1. Herrera a publié lui-même, en 1582, un volume de ses poésies : son ami, le peintre Pacheco , en a publié, en 1619, une seconde édition augmentée : la troisième, et la plus complèle, se trouve dans les 4* et 5* volumes des Poesias caslellanas de Fernandez, 1808. On peut lire les plus belles pièces de ce poète dans le Tesoro del Parnaso espanoi de Quinlana.

Luther! Louis est jeté en prison : il passe cinq ans dans les cachots du Saint-Office ; et n^en sort que brisé de corps et d'âme, malade, découragé, éteint.

On dit qu'en remontant dans sa chaire de Salamanque, que ses collègues de l'Université lui avaient pieusement réservée, Louis, après une si longue absence, environné d'un nombreux auditoire avide de recueillir, de la bouche du professeur réintégré, quelque allusion à ses malheurs immérités, commença sa leçon par ces simples paroles : ce Nous avons dit dans notre dernière réunion... », comme si ces cinq années de souffrances n'avaient laissé aucune trace dans son âme incapable de haïr.

Les poésies de Louis de Léon sont toutes antérieures à son emprisonnement. Elles s'échappaient de sa plume insoucieuse, sans prétention, sans effort, presque comme une faute de jeunesse dont il devait s'excuser et se corriger^ ; il ne les recueillit que dans la dernière partie de sa vie, et pour faire plaisir à un de ses amis, lequel n'eut jamais l'idée de les publier. Ce ne fut que quarante ans après la mort du poète, que Quevedo les donna au public dans Tespoir d'arrêter les envahissements du mauvais goût.

Ces poèmes, si dédaignés de leur auteur, sont la plus belle production lyrique de l'Espagne. La majeure partie du recueil renferme des traductions et des imitations, soit de l'antiquité classique, soit de la Bible. La portion originale n'a guère qu'une centaine de pages, mais ces pages renferment plusieurs chefs-d'œuvre. « Je ne sais, dit M. Yillemain', si la poésie des premiers chrétiens offrit émotion plus naïve, le lendemain des miracles et du martyre, que ne la ressent, après tant de siècles, le poète inspiré par sa foi. Jamais solitaire n'entrevit davantage le

1. Voir la notice justiOcativo qui sert de préface à ses Odes sacrées.

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