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Essai sur le génie de Pindare, page

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ciel. On croirait entendre la surprise et les vœux des apôtres dans cet hymne pour la fête de l'Ascension. »

Délaisses-tu donc, Saint Pasteur, ton troupeau dans cette vallée profonde, obscure, avec la solitude et les regrets! Et toi-même, brisant la barrière limpide des airs, t'en vas-tu vers l'immortel asile ? Ceux qui naguère avaient le bon partage, et qui maintenant sont tristes et abattus, les fils de ton cœur, dépossédés de toi, où porteront-ils désormais leur amour?

Leurs yeux qui virent la beauté de ta face, que regarderont-ils encore qui ne leur soit ennui ? Le disciple qui a entendu la douceur de ta voix, quel son ne lui semblera pas disgracieux et sourd?

La mer turbulente, qui lui donnera désormais un frein? Qui pourra calmer le courroux des vents déchaînés? Quand tu as disparu, quelle étoile polaire guidera la nef vers le port.

Ah 1 nuée trop envieuse de cette courte joie, pourquoi te presses-tu? Où t'envoles-tu? Quel trésor tu emportes 1 Combien pauvres et aveugle» tu nous laisses ici-bas l

ce Le même tour d'imagination, la môme ferveur mystique animent d'autres chants de Louis de Léon, et en font le poète illuminé par la grâce divine, coâime on l'a été de nos jours par la mélancolie et la satiété du cœur. Telle est cette méditation lyrique, la Nuit sereine^ à don Oloarte :

Quand je contemple le ciel paré d'innombrables flambeaux, et que je ramène mes regards sur la tÀrre enveloppée de la nuit et livrée au sommeil et à l'oubli;

L'amour et la tristesse réveillent en mon cœur une ardente inquiétude; des flots de larmes s'échappent de mes yeux, et je dis d'une voix plaintive :

divine demeure 1 temple de lumière et de beauté, cette &me qui naquit pour ton sublime séjour, quelle malencontre la retient dans cette prison basse et obscure?...

Ahl levez les yeux vers la sphère éternelle; vous dédaignerez les aspects de cette vie menteuse et tout ce qu'elle craint et tout ce qu'elle espère.

Est-ce autre chose qu'un point fugitif, ce sol abject et misérable, comparé à la grande région où vit transformé sous une même splendeur ce qui est, ce qui sera et ce qui fut pour nous?...

Là règne la joie suprême, là domine la paix; là dans un saint asile respire l'amour divin entouré de gloire et de délices. .

Là resplendit dans tout son éclat ce jour pur auquel jamais ne sjccède la nuit ; là. fleurit l'éternel printemps :

verles campagnes, 6 prés embellis d'une immortelle fraîcheur, secrètes vallées de mille biens remplies 1

«c La langue du poète, môme pour redire ce bonheur céleste, ne saurait trouver que des images mortelles ; mais la passion dont il est inspiré est toute spirituelle et tout idéale. On peut nommer cette poésie le chant de l'amour pur. »

Louis de Léon n'appartient à Técole italienne de Grarcilaso que par l'élégance et l'élévation de son langage. Presque toutes ses plus belles, compositions sont des odes écrites dans les anciennes mesures castillanes. Il évite avec goût la longue stance de la canzone^ et préfère les vieilles quintillas plus favorables à la précision.

Ses écrits en prose sont plus nombreux, et présentent encore un caractère poétique toujours bienvenu en Espagne. Il composa dans sa prison un long et éloquent traité sur les Noms du Christ ; puis un autre, devenu plus populaire, sur la Parfaite épouse, espèce de direction spirituelle pour une jeune femme nouvellement mariée. Le pauvre captif commença aussi dans sa prison une exposition en deux volumes du livre de Job, qu'il devait trop bien sentir. On trouve dans tous ces ouvrages une humble foi, un vif enthousiasme et une éloquence riche, quoique souvent diffuse et trop fleurie. Louis de Léon est le Féne- Ion de l'Espagne.

Après lui nous ne pouvons passer sous silence un autre nom, que le sien rappelle, un autre écrivain inspiré du même enthousiasme, et dont Louis s'est fait lui-même l'éditeur*. Au fond d'un cloître d'Avila, une femme trouvait dans son âme des mouvements lyriques plus sincères

1. Les manuscrits laissés par samte Thérèse ont été publiés après sa mort, en 158S, par Louis de Léon.

que ceux de Herrera, aussi tendres que ceux de Louis de Léon, ce Suivez-la, disait ce dernier : elle a vu Dieu face à face, et maintenant elle vous le montre. » Thérèse de Cepeda, que l'Église a canonisée en 1622 sous le nom de sainte Thérèse, est vraiment un poète lyrique : son inspi* ration c'est l'amour, et comme Dieu seul en est l'objet, Thérèse, appuyée sur l'espérance et la foi, ouvre en souriant les régions célestes aux regards de l'homme; elle en raconte les joies, elle en répand autour d'elle le calme et la sérénité ; ou si par moment elle songe aux rigueurs de la justice divine, la charité Tembrâse d'une tendr^^sse si compatissante, qu'elle plaint tous les damnés et jusqu'au démon, plus malheureux encore que ses victimes : « L'infortuné, dit-elle, il ne saurait aimer ! »

L'enthousiasme, l'extase de sainte Thérèse réalisent tout ce que les anciens nous apprennent du délire de l'inspiration :

Grand Dieu 1 s'écrie-t^Ue, dans quel état se trouve i'àme quand elle s'épanouit dans voire seinl Elle est alors comme cette femme dont il est parlé dans TÉvangile qui appelait ses voisines pour se réjouir avec elles de ce qu'elle avait retrouvé la drachme perdue : elle voudrait posséder le don des langues pour avoir plus de moyens de vous louer, et elle dit mille extravagances, qui ne viennent loutes que du désir de vous plaire. Je connais une personne qui ne sait point faire de vers, et qui en a composé sur-le-champ, remplis de sentiments très vifs et très prononcés.... Ce n'était pas Tœuvre de son esprit^ c'était und émanation de son cœur.

Voici l'un de ces poèmes, que Thérèse avoue avoir composés dans des circonstances qu'elle-même a si admirar- Lloment décrites.

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