‹ Histoire des littératures étrangères condidérées dans leurs rapports avec leChapitre 68 sur 113 · A JÉSUS CRUCIFIÉ · texte numérisé non relu

A JÉSUS CRUCIFIÉ

Pour t'aimer, 6 mon Dieu, ce qui touche mon âme» Non, ce n'est pas le ciel que m'a promis la foi; Non, ce n'est pas l'enfer à la terrible flamme Qui détourne mon cœur de transgresser ta loi.

POÉSIE I.YRJQUE. 229

C*cst toi seul, ô mon Dieu, qui me touches, c'est toi, C'est (le te voir cloué sur ce gibet infâme; Mon amour, c'est ton corps sanglant qui le réclame; Mon amour est au Dieu qui souffre et meurt pour moi.

Que me font les trésors de ton pouvoir suprême? Sans toi, tous tes présents n'ont point pour moi d'allraits. Je te cherche toi seul; je t'aime pour toi-môme.

S'il n'était point d'enfer, mon Dieu, je te craindrais; Si le ciel n'était pas, mon Dieu, je t'aimerais, Sans péril, sans espvoir, comme aujourd'hui je t'aime.

No me mueve, mi Dios, para quererte El cielo que me tienes prometido.

Ni me mueve el inflerno tan temido, Para dejar por eso de ofenderte.

Tu me mueTes, mi Dios, mueveme el verto Clavado en esa cruz y escarnecido; Mueveme ver tu «iperpo tan herido; MueTenme las angustias de to muerte.

Mueveme enfin tu amor de tal manera

Que, annque no hubiera cielo, yo te amara ;

Y, aunqne no hubiera inQerno, te temiera.

No me tienes que dar porque te quiera, Porque, si cuanto espero no esperara, Lo mismo que te quiero te quisiera.

L'Inquisition, qui avait persécuté Louis de Léon, inquiéta sainte Thérèse. On peut pressentir, par le nom et le caractère de ces deux victimes, Tinfluence qu'exerça sur Tesprit public, en Espagne, cette redoutable institution. Nous constatons en passant ces deux faits, nous réservant d'apprécier plus tard la question générale à laquelle ils se rattachent ^

Après les grands poètes que nous avons étudiés dans ce

1. Thérèse de Cepcda, ou Ihérèse de Jésus, comme elle s'appela tii^même, née en 1525, morte en 1582, a laissé les ouvrages suivants : Discours ou Relation de sa vie; Le chemin de la perfection; Le livre des fondaiions; Le château intérieur ou Les séjours; enÛn, les

chapitre et dans le précédent, la route était frayée : une foule d'écrivains élégants se précipitèrent sur leurs traces. Sous Philippe III fleurissent les deux Ârgensola, ces frères poètes, chefs de l'école classique, nommés un peu trop complaisamment par leurs compatriotes « les deux Horace espagnols ^», Francisco de Rioja,Figueroa,Espinosa,Yicente Espinel, le pur et correct Jaureguy, le spirituel Quevedo, le voluptueux Villegas, imitateur, traducteur, et, s'il faut en croire les Espagnols, émule d'Anacréon, vingt autres enfin, dont la gloire s'efface dans l'éclat commun de ce siècle, et que la rapidité de cette esquisse ne nous permet pas d'examiner en détail.

Pensées cTamour ds Dieu. A ces livres, dont les quatre premiers parurent de son vivant, il faut ajouter ^es Lettres {Las cartas]j qui furent recueillies et publiées après sa mort.

1. Le caractère et Tinfluence des deux Argensola, Lupercio et Bartholomée, ont été appréciés avec une finesse et une équité parfaites par M. Adolphe de Puibusque :

« Si la langue leur doit beaucoup, avait dit Quintana {Tesoro del Parnaso espaHol, p. 17), pour le soin et la justesse avec lesquels ils écrivaient, la poésie est loin de leur avoir autant d'obligations. Aussi leur réputation semble-t-elle fondée plutôt sur une absence do défauts que sur une possession de qualités. »

« Cela pourrait ôtre vrai, dit M. de Puibusque, si les Argensolas n'avaient eu que le mérite négatif d'échapper â certains défauts ; mais l'absence des défauts que Ton signale suppose les qualités contraires; et ces qualités, qui ne sont rien moins que la correction, l'élégance, la pureté, la mesure, ont une valeur positive, absolue, universelle.... Ce qui paraît incontestable, c'est que les défauts qu'ils ont évités devaient être bien graves, puisqu'il y eut tant de mérite à s'y soustraire. N'est-ce donc pas alors une preuve manifeste de leur supériorité, qu'ils aient su, faire autrement et mieux que tous les auteurs contemporains?»(//i8tot7^ comparée des littératures espagnole et française, 1. 1^ p. 266).

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