‹ Histoire des littératures étrangères condidérées dans leurs rapports avec leChapitre 70 sur 113 · Cantabrum indoctumjuga ferre noslra · texte numérisé non relu

Cantabrum indoctumjuga ferre noslra

Horac»

rope, où la France avait épuisé ses grands cycles de Charlemagne et d'Arthur; où l'Italie se jouait avec leurs armures et foulait aux pieds leurs principes, au temps des Louis XI et des Borgia, des Pulci, des Gomines et des Machiavel, le récit des aventures héroïques de nos chevaliers renaît tout à coup en Espagne et y produit une nouvelle et abondante moisson.

Le sol était favorable : l'Espagne, la contrée catholique et guerrière, qui finissait à peine de se délivrer du Croisfiant et qui avait trouvé chez elle une éternelle croisade, était plus jeune de deux siècles que l'Angleterre, que l'Italie, que la France: sous Charles-Quint tous les cœurs espagnols furent à François I*' captif. Le traître Bourbon demeura isolé comme un pestiféré. L'empereur ayant prié un des grands de l'héberger: u Je ne puis refuser, dit-il, ma maison à Votre Majesté ; mais si le duc y entre, je la brûlerai le lendemain. » Un pays où Ton prononce de telles paroles est digne de rêver l'héroïsme : il peut encore se passionner pour les Tristan et les Lancelot.

Ce fut un de leurs pairs qui alla régner sur les imaginations castillanes: Anuidis de Gaule fut le monarque de <^e nouvel empire. Dès le milieu du quatorzième siècle (1360) nous trouvons en Espagne des témoignages qui prouvent qu'on y lisait déjà les aventures chevaleresques de Lancelot et d'Amadis. Vers la fin du même siècle le portugais Vasco de Lobeira les rédige dans sa langue ; et environ cent ans apr^s (vers 1465), sous Ferdinand et Isabelle, Garcia Ordonez de Montalvo en compose une version espagnole, la plus ancienne qui nous reste aujourd'hui*.

Il est probable que Montalvo avait pris pour source €t pour modèle quelqu'un de nos vieux romans français aujourd'hui perdu. Lui-même avoue qu'il travaille d'après

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