‹ Histoire des littératures étrangères condidérées dans leurs rapports avec leChapitre 8 sur 113 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES CO^fQUÉRANTS BARBARES

DestrucUon île la eÎTilisation antique. — rormation de la lanfçue italienne.

. Aprts la France, Tltalie fut la première nation moderne qui fit briller sur l'Europe Téclat des lettres et des arts. C'est à elle qu'appartient Tépoque de la Renaissance. Le moyen âge ne s'est exprimé en France que par des œuvres littéraires incomplètes : l'art catholique n'a pu par- Tenir à sa maturité dans nos climats. Il était réservé au pays où les citronniers fleurissent^ de donner à l'idée chrétienne cette fleur qu'on appelle la beauté. Tous les genres de littérature qu'avait fait germer en si grande abondance le génie original des Français devaient aller

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Gothe. Wilhf'm ifnXfr, 1.111.

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s'épanouir sous le ciel plus heureux de Tltalie. La chanson, cette fantaisie charmante des troubadours et des trouvères, 7a s'y revêtir d'une harmonie plus parfaite que cello des trouvères, s'y animer d'un senlimcnt plus profond que celui des. troubadours : le poème épique, dont nous avions créé les éléments dans nos chansons de geste et dans nos romans de la Table ronde, va trouver en Italie sa forme définitive, c'est-à-dire son immortalité. Des récits légendaires froidement versifiés y deviendront la Divine Comédie. L'Italie nous ravira Roland et Gharlemagne : elle écrira la première croisade, que la France héroïque s'était contentée de faire. Au nord des Alpes ont vécu les Aèdes du moyen âge ; au midi naîtront ses Homères. Il n'est pas jusqu'au fabliau, si admirablement traité par nos poètes, qui ne passe ingratement la frontière, pour aller chercher sous la plume des novellieri une forme en apparence plus élégante et un langage plus parfait. On le voit, l'Italie continue la France; c'est par l'Italie que nous devons commencer notre examen des littératures étrangères.

Reportons un instant nos regards sur l'époque des invasions germaniques.

La vieille société romaine mourait de sa corruption et de âes vices, au milieu de ses institutions impuissantes et de ses arts dégénérés. Les barbares ne firent qu'accélérer sa chute : ils empêchèrent que l'occident n'eût son Bas-Empire. De plus, ils déblayèrent le sol où devait s'élever avec le temps une société nouvelle. Mais c'est en Italie que l'ancienne civilisation avait les plus profondes racines : c'est là que le travail de destruction, préliminaire douloureux d'une bVganisatiôn nouvelle, se prolongea le pluiS. L'Italie était fiche et vantée; c'était la proie universelle. Saris pàHet- dés incursions passagères d'Alaric, d'At^ tila, de Genséric^nritalie eut à subir la domination des Héruies, celle 4^|t^oths de, Théodôric^ celle des Lombards

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et les dévastations réitérées des Francs, des Hongrois, des Sarrasins. Il ne fallut rien moins que cinq siècles de barbarie pour faire oublier aux Italiens les funestes leçons d'un despotisme de cinq siècles, pour leur rendre l'énergie qui fait les nations, et sans laquelle sont impossibles les grandes œuvres de la pensée.

Le dixième siècle fut pour l'Italie ce que le commencement du huitième avait été pour la France, l'époque des plus profondes ténèbres et de la barbarie la plus complète. C'était le temps où les derniers descendants de Charlemagne laissaient échapper l'empire, et où l'anarchie préparait la féodalité. Le saint-siège était souillé par d'indignes pontifes : des femmes impudiques disposaient de la tiare. La Lombardie s'agitait entre la tyrannie du comte Hugues et la faiblesse des Béranger. Les Hongrois ravageaient le nord de la Péninsule, tandis que le midi, possédé encore par les (jrecs de Byzance, était sans cesse désolé parles dévastations des bandes arabes.

Il importe de se figurer l'Italie telle qu'elle était alors. Elle nous apparaît,, surtout en Lombardie, comme un désert, comme une triste solitude : beaucoup de villes sont entièrement détruites, d'autres en partie démolies ou abandonnées. La plupart sont devenues des villages, peuplés d'un petit nombre d'habitants misérables; tous les autres ont succombé aux guerres et aux contagions, ou cherché par la fuite des asiles qu'ils croyaient plus sûrs. La dépopulation en vient même à un tel excès que les empereurs, et en particulier les Othon, sont obligés d'envoyer des Allemands, leurs sujets, pour repeupler en Italie certains cantons de leurs domaines. Les incendies, les ravages, la rareté des habitants, ont anéanti tous les travaux de défense, toutes les digues qui seules peuvent protéger le sol contre les torrents des Alpes et de l'Apennin. Partout s'étendent de vastes marais qui submergent et détruisent les routes. Toute communication est entravée : ce n est, que

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par les crètos des collines que les voyageurs osent de temps en temps s'aventurer au milieu des dangers de tout genre qui les menacent.

L'industrie et les arts ont disparu, excepté les travaux les plus indispensables à la vie, ou ceux qui s'appliquent aux métaux et à la fabrication des armes. Le peu de pein* tures et de sculptures qui nous restent de cette époque sont extrêmement grossières; encore sont-elles rarement l'ouvrage des Italiens; leurs auteurs sont plutOt des Grecs, presque aussi barbares eux-mêmes. L'architecture n'était pas moins dégénérée. On détruisait alors plus qu'on ne bâtissait. La plupart des maisons en Italie étaient faites de bois et de craie, mal fondées et couvertes en chaume. Les habitants étaient si pauvres, et l'ennemi était si près* t

L'analogie suffirait pour nous apprendre quel devait être à cette époque l'état intellectuel de l'Italie. U est clair qu'il ne faut chercher aucun des exercices de la pensée chez un peuple pour qui sont brisés tous les liens de la société civile L'Église seule sauva du naufrage de la barbarie quelques débris de la civilisation antique. Les couvents, sans être capables de produire aucun écrivain de quelque valeur, conservaient au moins les manuscrits, les copiaient, enseignaient à les lire, à les comprendre. Le christianisme établit pour ainsi dire un pont au-deçsus du chaos, et rattacha ensemble les deux périodes de la civilisation. Sans lui l'Europe aurait pu sans doute s'éveiller de nouveau à la vie de l'intelligence, mais le génie des temps modernes n'aurait pas reçu le riche héritage de l'antiquité. Rome et la Grèce n'auraient laissé dans la tradition que de vagues souvenirs, et les monuments de leur puissance n'eussent fait naître parmi les générations nouvelles que le vague sentiment d'admiration et de rêverie avec lequel nous contemplons aujourd'hui les restes de Pal-

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