LES CONQUÉRANTS BARBARES
myre et de Persépolis. Quant aux laïques, ils s'éloignaient de plus en pins de tous les souvenirs classiques. La langue môme de l'ancienne Rome avait cessé d'être la leur. Un idiome nouveau s'était enfin constitué, et proclamait ainsi la formation définitive d'un nouveau peuple. C'est le premier fait purement littéraire sur lequel nous devons nous arrêter. Le latin, cet industrieux langage, produit et instrument d'une élégante civilisation, ne pouvait survivre à la société qui l'avait créé. Elle-même avait eu peine à le préserver de toute atteinte. Ce savant idiome était comme une machine immense, compliquée de mille rouages, pleine de détails délicats et fragiles; il donnait de merveilleux résultats sous une impulsion habile, mais ne pouvait supporter sans se rompre l'efibrt d'une main inexpérimentée. Déjà, sous les premiers Césars, le peuple de Rome secouait parfois rudement le joug de la grammaire, a Nous savons que souvent, dit Quintilien, des théâtres tout entiers et l'immense foule qui remplit le cirque se sont exclamés en un langage barbare ^ » Nous trouvons dans les recueils d'inscriptions antiques les fautes les plus grossières gravées par les sculpteurs sur les tombeauï mêmes de la famille impériale ^. L'universalité du latin nuisit encore à sa pureté. Les provinces reçurent la langue ainsi que le gouvernement de Rome, mais elles lui rendirent bientôt Tune et l'autre, altérés par la barbarie. Grâce aux troupes étrangères qui finirent par constituer toute son armée, Rome était envahie par les barbares même avant l'époque des invasions. Lorsque celles-ci fondirent violemment sur l'Italie, elles achevèrent de détruire une langue déjà si ébranlée. Les vainqueurs voulurent adopter celle des