‹ Histoire des littératures étrangères condidérées dans leurs rapports avec leChapitre 87 sur 113 · Éludes iur VEspagne^ pages 43 et suivantes · texte numérisé non relu

Éludes iur VEspagne^ pages 43 et suivantes

GALDERON DE LA BARGA» 317

ffement à rhorizon, il y a une grande croix formée de deux débris de chêne que Toutil du charpentier n'a pas même équarris. G est un de ces paysages aux couleurs tranchées, qui s'accordent avec toutes les pensées terribles et toutes les fureurs de Tâme; là doivent se réfugier les bandoleroSf là des ennemis acharnés doivent commencer et finir un combat mortel.

PTallons pas plus loia, dit Tan d'eux. Tirez votre épée : tous êtes gentilhomine, sans doute; il faut vous battre.

— Très bieiil el pour vous répondre avec le fer, il suffirait que vous m'eussiez conduit ici. Mais quelle est votre plainte? que voulez-vous de moi? J*ai besoin de le savoir avant de nous battre.

— Me plaindre! Oui, j*ai à me plaindre : c'est un outrage trop grand pour que je le dise. Ma voix s*y refuse; je voudrais le taire, je voudrais l'oublier, vous le redoublez en me le rappelant. Connaissez-vous ces lettres?

•^ Jetez-les à terre, je les ramasserai.

— Les voici . . Eh bienl vous avez p&li; vous êtes troublé.

— Misérable, cent fois misérable quiconque fie ses secrets au papier.

— Vous connaissez ces lettres?

— Elles sont de moi toutes, je ne le nie pas.

— Eh bienl moi, je suis le fils de Lisardo Grucio, gentilhomme; vous étiez mon ami; vous avez séduit ma sœur Julia. Vous êtes pauvre et n'aurez jamais ma sœur. Demain, pour que la pureté de mon nom ne soit pas tf^mie, elle sera consacrée à Dieu ; par volonté ou par force, elle sera religieuse. Quant à vous, rendez-moi raison. Que Tun de nous meure, et qu il meure ici. Si c'est vous, ma sœur ne sera pas votre mattresse : si c'est moi, je ne le verrai pas.

-~ Je vous ai écouté, je me suis contenu. Lisardo, modérez-vous de même et entendez ma réponse, il faut que l'un ou l'autre tombe sur cette place. C'est bien ; mais sachez quel personnage est devant vous : un homme qui ne craint rien, et qui se sent conduit par une main invisible. Bla vie s'est passée dans les prodiges. Répétez au monde ce que je vais vous dire, si vous me voyez mourir; et qu'un oubli étemel ne couvre pas ces étranges, ces grands et sublimes miracles. Je ne sais quel fut mon père; je ne l'ai jamais connu. On m'a dit qne j'étais né au pied d'une croix, le ciel pour dais, une pierre pour berceau. Trois jours je pleurai, trois jours les bétes féroces errèrent autour de moi san& toucher à l'enfant abandonné. Je ne mourrai pas de faim, car je suis né au pied de la croix. Un berger, errant dans les âpres solitudes de ces monts, à la recherche de sa brebis égarée, me recueillit par miséricorde. Son nom était Eusèbe : il m'appela Eusèbc de la Croix,

Suit la longue énumératipn des prodiges par lesquels la croix Ta constamment protégé, malgré ses désordres et ses vices. Eusèbe a échappé à l'incendie, au naufrage, au feu de Tennemi, toujours par Tinfluence, par la protection évidente du signe sacré. %

— Je suis mystérieusement prédestinéjLisardo; ne vous attaquez pas à moi. La mort ne voudra pas de moi, vous dis-je. Les murs d'un couvent ne protégeront pas votre sœur. Je suis prêt à vous satisfaire ; car ap* prenez que nul n*a des passions plus terribles, nul n'a plus soif de sang, nul n'est plus éloigné de craindre, que cet homme qui est devant vous, Eusèbe de la Croix.

~ Eusèbe, que la langue se taise ; c'est au fer de parler.

Est-ce là poser assez fièrement ses acteurs? Et quel effrayant mélange de sang, de foi, de cruautés ! Go paysage, ces routes sombres, ces bandits, cette croix au milieu, ce duel à mort, cette main invisible d'un Dieu qui, pour quelque raison inconnue et profonde, guide et protège Eusèbe le meurtrier, homme de volupté et de sang, Tharmonie des idées, des faits, des passions et des caractères, tout est complet.

On conçoit l'indignation d'un moraliste contre de psreil» tableaux: leur influence sur Topinion d'un peuple est d6« tcslable. Un des personnages de la pièce en fait lui-même la remarque sous une forme plaisante :

Las devociones Nunca faltan del todo à los ladrones*.

Mais au point de vue de Tart, rien n'est plus frappant et plus magnifique. La fatalité d'Eschyle et de Sophocle ^tait loin d'être aussi terrible Séparons la question d'art de la question de philosophie. L'idolâtrie du symbole, voilà le texte de Galderon. Le sujet donné, il est impossible d'en

Un filet de déTOtion Ne manque jamais au larroa.

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