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Ticknor, ouvrage cité, tome II, chap. rc xxi

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échelles pour sortir des régions infernales et prendre leurs places sur la scène. Quant au costume, il va sans dire qu'il était purement espagnol, comme au reste il était français en France. Goriolan était yêlu comme don Juan d'Autriche ; Aristote se présentait avec une perruque frisée et des souliers à boucles. Le diable était mis décemment comme un abbé castillan, à Texcoption que ses bas étaient couleur de feu, et qu'il portait des cornes. On comprend que l'anachronisme de la mise en scène conduisait naturellement à l'anachronisme du style. Les poètes dédaignaient, un peu à tort peut-être, le cadre matériel de l'œuvre : Figueroa et Ouevara regardaient comme indigne d'une inspiration poétique de faire dépendre le succès d'une pièce des moyens accessoires de la représentation.

La circonstance extérieure la plus décisive peut-être pour le caractère du drame, c'était la nature de l'auditoire. Au pied des différents étages des maisons qui enveloppaient la cour et constituaient les loges, devant les gradins réservés aux hommes du monde, et la cazy>ela où les femmes, strictement enfermées, se pressaient les unes contre les autres, s'étendait le parterre, le vrai tribunal qui décidait de la fortune de la pièce. Là, se rassemblaient en foule les artisans, les boutiquiers de la ville, tous portant la cape, l'épée et le poignard, tous s'appelant caballeros. Debout, à droite et à gauche, comme des soldats rangés en bataille, leur posture, leur rude maintien leur a fait donner le nom de mousquetaires, mosqueteroB, C'est la plus formidable et la plus turbulente partie de l'auditoire. Pour un sou et demi par personne, ils ont acheté le droit de siffler la pièce qui leur déplaît, et ils en usent sans miséricorde. Un d'eux, cordonnier de son métier, exerçait en 1680 un empire souverain au parterre. Un poète, qui désirait s'as* fiurer son suffrage, l'alla trouver avant la représentation et lui offrit cent réaux pour applaudir. Mais le mosque"

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tero répondit fièrement : « On verra si la pièce est bonne. » Et la pièce fut sifflée.

Tel avait été le public de Lope de Yega, tel fut celui d» Galderon. «c Jamais, dit Philarète Ghasles, on n'aurait fait adopter à de tels spectateurs un drame d'imitation savante, un théâtre latin, une contrefaçon même excellente d'Eschyle, un reflet pédantesque ou heureux de Térence ou de Sophocle. Ils demandaient du plaisir avant tout. La distraction qu'ils venaient chercher et qu'ils payaient quelques 'ina/ravédis s'envolait comme la fumée de leur» cigares. Personne ne songeait aux règles, à la pureté de la forme, aux modèles que les anciens avaient pu laisser. On s'embarrassait médiocrement des préceptes de la moralité sévère. Le drame est un étemel séducteur qui flatte souvent les rois et toujours le public. Tuer un homme, matar à un hombre est le mot qui se reproduit le plus fréquemment dans les pièces du théâtre espagnol. La vengeance est fort honorée : le point d'honneur est divinisé* On respecte toujours Dieu et la Trinité ; mais on estime surtout la Vierge et les saints. Ce que Ton adore avant tout, c'est le symbole : un signe de croix fait revivre les morts. L'homicide qui se réfugie sous une croix de grand chemin échappe à la loi qui va le frapper. Les brigands sont honorés pourvu cp'ils prient; les jeunes femmes sont hardies et coquettes, les serviteurs sont insolents, et le parterre ne se tient pas de joie, quant un flot de proverbes burlesques, banale littérature de ceux qui n'en connaissent pas d'autres, sort de la bouche d'un valet. »

Ajoutons pourtant, comme correctif et comme contraste, que ce même parterre, qui porte la cape et l'épée, même quand il dîne d'un oignon cru, qui se dit et se croit noble, étant « vieux chrétien et fils des Ooths «^ exige de ses dramaturges la profusion de la plus éclatante poésie. U faut, pour obtenir ses applaudissements, posséder toutes les richesses de la langue, toute l'harmonie de la versification

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castillane, toutes les combinaisons les plus ingénieuses de rinlrigue.

ce Formé d'éléments semblables, dit le critique que nous avons déjà cité, un drame conserve une grande valeur historique, quelle que soit d'ailleurs sa valeur littéraire. Il révèle les sentiments les plus profonds d'une nation tout entière. On apprend en l'étudiant comment cette nation a vécu et comment elle est morte ; quelles excuses elle trouvait pour pallier ses vices, quelles vertus elle avait adoptées, de quels prétextes elle parait ses mauvais penchants, quel genre de flatterie elle exigeait et sous quels rapports elle s'estimait elle-même'. »

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