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CHAPITRE XVII

DËCADENGE DE L'ESPAGNE.

Conséquences de l'absolutisme ro^al et de rinquisitioo. Vide des formes liUéraires. — Le gongorisme.

Pendant que Calderon et ses brillants disciples, ses rivaux quelquefois de succès et de mérite, Moreto, Rojas, Zarate, vingt autres qu'il serait aisé de nommer, jetaient sur le théâtre espagnol, un éclat incomparable, la puissance du pays, le caractère national, la littérature ellemême, qui en est l'expression, subissaient une progressive et rapide décadence. Nous venons de faire, dans les précédents chapitres, ce que faisait l'Espagne elle-même : nous avons livré notre imagination, notre pensée tout entière, à ces charmeurs séduisants qui faisaient profession dePégaret*

]. riiilarètc Ghasles Etvdes sur P Espagne, page 130.

au milieu de leurs ingénieux mensonges, de bercer son sommeil de leurs douces et mélodieuses paroles A la fin l'Espagne se réveilla et se vit avec découragement telle qu'elle était, vaincue, pauvre, asservie, épuisée.

Depuis longtemps le ver rongeur lui travaillait les entrailles. Gharles-Quint, ce Napoléon du seizième siècle, avait versé l'Espagne sur l'Europe et écrasé par sa guerre des communeros tous les restes de liberté politique épargnés par le cardinal Ximenes. Philippe II semblait agrandir encore la monarchie : il effrayait l'Angleterre et la France, annexait le Portugal et les îles Philippines ; mais il commençait à perdre les Pays-Bas, signait avec Henri IV le traité de Yervins, laissait le commerce et l'industrie ruinés par ses expéditions militaires, l'Espagne peuplée de moines et de soldats, orgueilleux mendiants, dédaigneux du travail : l'or d'Amérique contribuait à éblouir la nation et à lui cacher sa réelle misère. Philippe III, plus docile encore à l'influence cléricale, chassait six cent mille descendants des Mores, ouvriers, artisans,^ agriculteurs, les plus habiles, les plus laborieux du royaume : il préludait en grand à la faute de Louis XIY révoquant Tédit de Nantes et chassant les protestants de France.

La chute s'accélère sous l'insouciant Philippe lY. La Catalogne se révolte, le Roussiilon est cédé à la France, la Jamaïque à l'Angleterre, le Portugal se détache de la monarchie espagnole. Cependant les impôts augmentent, les monnaies sont altérées, la dette publique est frauduleusement réduite. Des villages, des villes entières restent dépeuplées. Séville perd les trois quarts de ses habitants, Tolède un tiers, Ségovie, Médina del Gampo davantage encore : tout le pays s'appauvrit, s'épuise; alors s'étend de plus en plus le désert, le despohlado^ que le voyageur rencontre encore si souvent aujourd'hui.

Le règne de Charles II est marqué de tous côtés par des dilapidations et des ruines : pas une des grandes forte-

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