CHAPITRE XIX
L'ESPAGIVE EN FRANGE
Influence de la littératare espagnole sur la France.^ Coutumes^ modes, conversation parlée et écrite. — Antonio Ferez ; Balzac.
La puissance politique d*une nation ne produit pas nécessairement sa prépondérance littéraire, mais elle la prépare, elle l'accroît. L'Espagne, si grande sous Charles* Quint et sous Philippe II, si hrillante encore, malgré sa décadence progressive, sous les autres princes de la dynastie autrichienne, ne pouvait manquer d'attirer sur sa littérature, sur sa langue, sur ses arts et ses mœurs, l'attention curieuse des peuples. « Nation conquérante et poète, elle avait découvert un monde et le gardait; elle posait un pied sur le Pérou, l'autre sur l'Allemagne et la Flandre. Le monde entier avait les yeux sur elle *. » On tâche d'imiter ceux qu'on envie ; on imita l'Espagne. La France surtout, toujours avide de nouveautés, toujours ouverte aux modes étrangères, ne pouvait manquer d'en subir rinfluence. Les deux peuples, français et espagnol, avaient été violemment rapprochés par la guerre : la paix, les négociations, les mariages des princes, le mélange des cours les unirent encore davantage. Alors se produisit un phénomène moral qui s'accomolit toujours quand deux nations sont en contact: victorieuse ou vaincue, la plus éclairée prédomine. La France du seizième siècle reconnut dans sa rivale une certaine supériorité intellectuelle. Elle