‹ Histoire des littératures étrangères: considérées dans leurs rapports avec le développement de (volume 2)Chapitre 83 sur 112 · deschichle der Deutscheyi UtevaUir. III · texte numérisé non relu

deschichle der Deutscheyi UtevaUir. III

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l'ïlurope, agitée par le besoin et Yefboï d'une révvfailioB. L'initiateur qui fit connaître et aimer Roussean an jeoie Herdcr, ce ne fut pas moins que le grand philosophe Kant, l'un (le Hcn professeurs à Rônigsberg. Kant a^ait pour tout ornement, dans son cabinet de travail, le portrait de Jean-Jacques. « La pensée du maître , écriTait nn des élèves do Kant à Herdcr, en 1766, ne quitte plus l'Aiigleterre, depuis que Hume et Rousseau y demeurent. > A son (exemple Horder, à cette époque incertaine de sa vie, fit de HouHsean son inspirateur et son modèle. Une des poésies les plus remanjuables de sa jeunesse se termice par ces paroles : « Viens, Rousseau, et sois mon guide. » Ce qui a fait le prestige irrésistible de l'écrivain français, le sentiment de la nature dans sa simplicité naïve, l'aversion pour les raffinements d'une civilisation corrompae, le besoin de remonter aux sources fraîches de la vie, agissait avec un attrait victorieux sur l'âme délicate et impressionnable du jeune allemand.

Mais dans un esprit original l'imitation n'est jamais une copie ; tandis que Jean-Jacques prenait pour objet de ses réformes l'État et la société, Herder, en véritable Allemand du dix-huitième siècle , restreignit les siennes à la ])o68i(>, à la religion, à Thistoirc. Il sentait que pour atteindre un changement sérieux et durable, il ne fallait point partir, comme Rousseau, d'une idée abstraite de l'homme, mais chercher l'humanité où elle se trouve en effet, dans son histoire, dans ses premiers monuments,' dans ses chants populaires, précieux vestiges de la vie des nations éteintes.

L'originalité véritable de Herder, l'idée dominante qui inspira tous ses travaux, fut cette conception de la poésie populaire, que personne avant lui n'avait eue au même degré. « J'ai étudié avec soin, écrit-il, la manière de penser des diverses nations ; et le résultat que j'ai obtenu, sans subtilité et sans système, c'est que chacune d'elles

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se crée des documents primitifs d'après sa religion, ses croyances, les traditions* de ses pères ; que ces documents ont apparu dans un langage poétique , sous une forme et un rythme poétiques. Tous les peuples de l'antiquité ont de pareils chants, dès que, spontanément et sans secours étranger, ils se sont élevés au-dessus de la barbarie. » Goethe a repris et formulé cette idée de la poésie, si nouvelle , si étrangère aux critiques du dix-huitième siècle : « La poésie, dit-il dans ses Mémoires, n'est point le domaine personnel d'un petit nombre de lettrés : elle est bien plutôt une faculté universelle, une propriété commune de chaque nation. » Il y avait dans cette idée de Herder toute une révolution littéraire et historique.

Si l'inspiration première de Herder était venue de France, ce fut dans son voyage de France qu'elle prit son développement. En quittant l'école et la cathédrale de Riga (1769), Herder changea d'horizon comme de séjour. Il sentait le besoin de « renoncer à d'inutiles critiques, à des recherches stériles; de s'élever au-dessus de vaines disputes. » Il déplorait « la puérilité de son éducation, la servitude qui a pesé sur son enfance, la futilité du siècle, l'incertitude de sa carrière ». — « Malheureux, s'écriaitil encore, tu as consumé dans des forêts (Silves) inutiles et grossières le feu de ta jeunesse et l'ardeur de ton génie. A quoi t'occupes-tu, et à quoi devrais-tu t'occuper? Oh! qu'une Euménide ne m'est-elle apparue pour me faire reculer, pour me chasser à jamais du domaine de la critique*. »

Sur le navire qui, pendant un mois, l'emporta de Riga à Nantes, dans la solitude de cette longue navigation qui le séparait des petits hommes et des petites choses, pendant les belles nuits d'été qu'il passa sur le pont, en pleine communion avec la nature, entre la mer et le ciel

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