On 86 rappelle ici les Contes de Charles Nodier
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1. La raison raisonnante est donc nettement exclue des œuvres romantiques. Novalis va jusqu'à dire que la vraie poésie ne doit produire en nous qu'un effet musical, une impression vague, indéfinie ; il voudrait même, si c'était possible, qu'elle n'eût point de sujet du tout. « Pourquoi faut- il un sujet dans un poème? » demande Ludovico à son ami Florestan dans les Voyages de Stembald. De là vient la prédilection des romantiques pour la musique de la langue, pour les formes de la versification méridional^, les assonances, les allitérations ; de là leur éloignement pour tout ce qui est composition précise et ferme dessin de caractères ; une pensée nuageuse, flottante, qui s'exhale spontanément comme un souffle, peut seule exprimer le pressentiment, le mystère, le surhumain'.
Cette ivresse de la fantaisie ne pouvait durer longtemps. U n'est pas possible à la pensée de l'homme de vivre exclusivement de ses rêves. Vers l'année 1799 un changement remarquable s'accomplit au sein de l'école romantique. Elle sentit le besoin de sortir du monde de la sensation personnelle et de trouver pour la poésie un terrain plus solide. Ce terrain ne fut pourtant ni la réalité présente, ni l'histoire, qui semblaient vulgaires et prosaïques. On s'imagina que ce qui manquait surtout à la poésie moderne c'était une mythologie. Frédéric Schlegel affirmait dans son manifeste que « ce qui fit la grandeur de la poésie grecque, c'est qu'elle s'appuya sur la mythologie ». On en était encore, malgré les travaux de Herder et de Heyne, à considérer la mythologie comme l'invention arbitraire des poètes-etdes prêtres. Regrettant de n'avoir point de mythologie, on résolut d'un créer une. On songea d'abord à celle des Grecs, qu'on prétendait rajeunir par les idées de Spinoza et de Schelling ; on pensa aussi aux dogmes reli-
L On pense naturellement ici à un grand nombre de nos romantiques, aux Orientales de Victor Hugo, à Théophile Gautier, etc.
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gieux des Hindous^ où Schlegel trouvait le romantisme le plus élevé [dashôchste Romantische). Après quelques essais dans cette direction, on crut s'apercevoir que le catholicisme du moyen âge répondait mieux encore aux caprices de la fantaisie. « L'homme religieux, écrivait Frédéric, dans son Athénée, est naturellement poète. » Les Chants spirituels de Novalis. les Sonnets spirituels d'Auguste- G. Schlegel, ses refontes d'anciennes légendes, plusieurs, poèmes de Frédéric, Geneviève et Octavien de Tieck, sont d'éclatants témoignages de cette nouvelle passion pour le. catholicisme du moyen âge.
Il faut bien remarquer que, dans sa première évolution^ ce catholicisme rétrospectif n'avait rien de convaincu, rien de sérieusement religieux. C'était une belle forme d'art, un sol plus ferme, capable de soutenir les caprices de l'ima^ gination. Auguste-Guillaume Schlegel dans sa vieillesse, écrivant à une dame française, lui dit positivement qu'il n'y avait là qu'une « pure prédilection d'artiste ». C'était ce que fut chez nous Tœuvre poétique de Chateaubriand et de son cortège. Cette fleur artificielle de poésie pouvait, dans sa fraîcheur, tromper les yeux par un certain éclat : elle était incapable de végéter et de vivre.
De cette passion factice pour le moyen âge sortirent pourtant des fruits précieux. La critique littéraire devint moins exclusive. Les idées semées par Herder atteignirent leur complet développement : partout et dans tous lés genres on apprit à apprécier l'inspiration naïve, spontanée, populaire. Ici encore, les frères Schlegel brillent au premier rang. Auguste-Gruillaumc fit à Vienne, en 1808, son cours bien connu, même en France, Sur Vart et la littérature dramatiques. S*il fut injuste envers nous, il nous apprit à être justes envers les étrangers. Ses relations intimes avec un des plus beaux génies de la France, M"»* de Staël, introduisirent ses idées, modifiées et corrigées, parmi les littérateurs français du dix-neuvième siècle.
La seience du moyen âge dut au romantisme de remar* quables progrès. Auguste-Guillaume Sehlegel, refondit le Tristan de Gotfried de Strasbourg; il se proposait de donner un travail analogue sur les Niebelungen. Par ses conseils et son exemple, Tieck fut entraîné à de semblables publications : l'édition qu'il donna des Minnelieder (Poèmes d'amour)^ 1803, eut une importance considérable. Il fut le premier qui distingua et classa les différents cycles épiques, 4es Niebelungen^ les légendes de la Table- Ronde^ celles de Charlemagne,
L'état politique de TAllemagne en face de Napoléon I*', les douleurs de l'invasion et de la conquête, ne firent qu'accélérer ce mouvement des esprits. Les Allemands de 1806 firent comme les Français de 18)6, ils cherchèrent avec amour dans un passé glorieux la consolation et l'oubli des malheurs présents. Yon der Hagen publia avec une exactitude incomplète, mais suffisante pour les pre^ miers besoins, l'épopée nationale des Niehelungen et d'autres poèmes allemands du moyen âge, et introduisit ces études dans l'éducation universitaire; Clément Brentano et Achim d'Arnim publièrent un recueil des meilleurs lieder populaires; Josef Gôrres édita les Livres populaires de r Allemagne; dès l'année 1806 les frères Grimm avaient formé le plan de leur publication des Contes de Venfance et du foyer. La philologie de la vieille Allemagne était créée.
A côté des antiquités germaniques, on cultiva les littératures romanes. Les productions les plus remarquables de l'Italie, de l'Espagne, du Portugal, les œuvres de Dante, de Galderon, celles de Cervantes,' de Camoêns, jusqu'alors inconnu en Allemagne, Pétrarque, Boccace, Arioste, Le Tasse, les autres grands poètes italiens furent traduits ou analysés, et reçurent les justes hommages de la critique. Alors seulement l'histoire des littératures devint possible*
Avec elle naquit la science des mythes et légendes : la Symbolique de Creuzer est la fille légitime du romantisme.
Malgré l'éclat et les succès du romantique flamboyant^ on sentait le besoin de revenir du passé au présent, de vivre chez soi et dans la réalité qui nous entoure, de trouver la poésie au coin du feu, au coin du champ voisin, au tournant du sentier Ce fut la tâche de l'école souabe^ à la tête de laquelle est le poète Uhland (1787-1862), et dont les principaux noms sont Gustave Schwab (1792-1850), Justin Kerner (1786-1862), Emmanuel Frôhlich (1796), Gustave Pfizer (1807), Edouard Morike (1804).
L'un d'eux, le médecin-poète Justin Kerner, caractérise le but et les tendances générales de Técole dans des vers charmants, que nous allons essayer de traduire :
* Où dois-je porter mes pas. moi voyageur étranger, pour trouver, ô bons Souabes, votre école poétique?
— Étranger voyageur, je vais te le dire volontiers. Traverse ces prairies éclairées ; entre dans le bois sombre, où se dresse le sapin, le grand arbre qui un jour, mât robuste, voguera sur la mer ; où de branche en branche saute en chantant le joyeux essaim des oiseaux ; où le chevreuil avec ses yeux brillants regarde à travers le sombre hallier ; où le cerf élancé se pose sur le roc de granit. Sors ensuite de l'épaisseur du bois, dans les champs où, sous un rayon doré, des collines couvertes de pampre accueillent ton regard, dans la vallée du bleu Neckar; où la moisson d'épis dorés flotte et ondoie comme une mer, tandis qu'en haut dans le ciel bleu l'alouette chante son hymne joyeux ; où le vendangeur, où le moissonneur, font retentir de leur refrain la montagne et la plaine. C'estlà qu'on trouve l'école des nobles Souabes, et leur maître s'appelle — la nature. »
L'école souabe c'est le romantisme sans système, la passion de la nature sans métaphysique, la vie commune avec sa simple et naïve poésie. On se croirait eu Angleterre chez les lakists, avec Wordsworth et Coleridge.
L'inspiration patriotique vint aussi en 1813 arracher les poètes allemands aux rêves nébuleux du romantisme. Napoléon I" penchait vers sdti déclin : l'Allemagne long-
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temps servilc se redressa contre le lion mourant. Des sociétés secrètes se formèrent ; les étudiants quittèrent la plume pour le fusil; les poètes enivrèrent la foule de leurs chants de liberté. Alors naquirent les Sonnets cuirassés (die geharnischten Sonette) de Rûckert, La lyre ei Vépée de Théodore Kœrner, les hymnes pieux et enthousiastes de Schenckendorf, les Chants de guerre de Moritz Arndt. Toute une nation, confédérée par la haine, répéta ces chants pré» curseurs de T unité germanique [Wass ist des Deutschen Vaterland?); jamais la poésie populaire n'avait jeté un pareil éclat.
Cette Marseillaise multiple fut le chant, non du cygne, mais de Taigle noire aux deux serres rapaces. La grande époque littéraire était terminée ; une nouvelle carrière allait s'ouvrir. La science positive et toutes ses applications, la métaphysique matérialiste et toutes ses impuissances^, la politique égoïste et toutes ses convoitises remplacèrent les beaux rêves de Tidéal. L'Allemagne avait été pendant un demi-siècle le génie des arts^ l'Hellade de l'Europe : elle voulut être une puissante nation ; elle le devint. Paul-Louis Courier disait, à la naissance du premier empire français: « Être Bonaparte et se faire Sire, quelle déchéance! »
1 . On nous pardonnera do ne point faire entrer dans noire revue purement littéraire l'exposition du grand mouvement philosophique de l'Allemagne. Les travaux de Kant,de Fichte, de Schelling, de Hegel, de Schopenhauer, de Uartman, n'appartiennent pas plus à l'histoire de la littérature que ceux de Liebig, de Bunsen, de Garus, de Yirchow. Les lettres et les sciences se touchent et se pénètrent, mais ne se confondent paà.