Raleigh's letter, in Ghalmefs Â^^ology, page
LITr. SEPT.
18 L'ANGLËTEHHK.
teur avait liôù cent ans plus tôt qu'en France, au «eiziette siècle, à l'aurore même de la Renaissance et des tçmps modernes. Cette circonstance enrichit le génie de tous les avantages qu'elle enlevait au goût. L'antiquité classique venait de sortir des cloîtres : elle se montrait encore légèrement voilée, et dans ce demi^jour si favorable à l'invention poétique. Elle éclairait déjà sans éblouir encore : elle provoquait le talent sans étouffer l'originalité. Aucun modèle consacré ne s'imposait à l'admiration; aucune autorité ne dictait ses lois tyranniques. Les lecteurs étaient moins dédaigneux et les écrivains moins timides ; les uns jugeaient plus par jsentiment que par critique, les autres composaient moins par métier que par inspiration. <c Un reste d'imagination romanesque, dit Campbell^ se faisait reconnaître dans les mœurs et les superstitions du peuple. L'allégorie courait les rues, pourrait-on dire, dans les fêtes et les cérémonies publiques; la philosophie des âmes les plus élevées conservait une tendance à l'enthousiasme poétique. Cet esprit de poésie se retrouvait dans l'héroïsme pratique. Quelques-uns des héros de ce temps semblent moins des hommes ordinaires que des êtres empruntés i la fiction et parés de tout l'éclat de ses rêves. C'était un siècle de loyauté, d'exploits aventureux et d'émotions généreuses*. »
Lorsqu'en 1575, Robert Dudley, comte de Leicester, reçut Elisabeth dans son magnifique château de Eenil* worth, ce fut une longue fête mythologique ^et allégorique, où tous les jeux de la fantaisie et de l'érudition classique se mêlèrent pendant dix-neuf jours. La reine, à son arrivée, fut accueillie et complimentée par la Dame du lac, accompagnée de deux nymphes portées sur uni île flottante, éclairée par une brillante illumination; puis vinrent des géants du temps d'Arthur. Le cortège eut à