Das Evangelium der Wahrheit, Berlin
Sensé % de son côté, soutint que l'auteur du IV* évangile était l'ébionite Ccrinthe. Wendt^ supposa l'existence de Logia johanniqucs ou discours du Seigneur, précédés de courtes introductions et rédigés par l'apôtre Jean. Un rédacteur les aurait enchâssés dans un récit historique, reproduisant la tradition do son temps sur la vie de Jésus. Soltau^ adopta une opinion analogue. Briggs^ arriva à peu près aux mêmes résultats, en attribuant l'ordre qui règne dans l'évangile et la chronologie des faits au dernier rédacteur, qui a arrangé les faits plutôt suivant le sujet que suivant leur ordre dans le temps. « L'évangile de Jean est aussi partiellement une compilation, où entrent un évangile primitif de Jean en langue hébraïque et l'hymne du Logos dans le prologue. » Jean Réville ^ rejeta comme sans valeur le témoignage d'Irénéc ; tout, dans le IV® évangile, est type et allégorie; le disciple anonyme est un personnage typique comme tous ceux que l'évangéliste a introduits dans la tradition évangéliquc; ce n'est pas lui qui a écrit l'évangile; l'auteur n'était ni témoin oculaire, ni apôtre. Les discours, qu'il fait prononcer à Jésus, sont fictifs; les personnages n'ont aucune réalité historique; les données géographi(iues souvent sont inexactes. « Il n'y a vrais(>mblabloniont
1. A frte enquiry into the oriyin of IIk' fourlh Gospel, l.ondoii,
•i. Die Lchre Jcbu, GOttinRen, 1(KM. Daa Johannesevangelium, c.ritting en, DKK).
a. Zeiltchr. fur dir Nfutcst, \^m<., (liesscn, UWI. *■ Inlr. to Ihc stuily of holy HcriiJt., New-York, lK!i:i. K. Le quatrième h^vangile, Paris, 1001.
pas une seule parole de cet évangile qui soit la reproduction exacte d'une parole de Jésus, ni un seul événement qui soit rapporté tel qu'il s'est passe, pour lui-même, et non pour sa portée symbolique », p. 336. « Le IV*^ évangile c'est l'Apocalypse spirituelle, la révélation du sens profond de l'évangile par un idéaliste alexandrin, l'adaptation de l'Évangile araméen à l'esprit grec, la piété chrétienne définitivement dégagée de toute compromission avec le réalisme juif et avec les fantasmagories de l'imagination messianique », p. 335. « Le IV" évangile a été la consignation par écrit des traditions idéalistes, nées dans l'Asie hellénique, comme nos évangiles synoptiques auraient été antérieurement la consignation par écrit des traditions positives, qui venaient de Galilée ou de Jérusalem », p. 335.
D'après Moffatt^ la réflexion théologique sur les paroles de Jésus, déjà en travail dans les évangiles synoptiques, et dont un exemple nous est parvenu dans les Logia de Behnesa, prend un développement complet dans le IV* évangile. Jésus est peint dans les termes de la métaphysique courante; la réflexion mystique sur les réminiscences des paroles de Jésus est accompagnée d'antithèses telles que lumière et ténèbres, vie et mort. La façon dont l'auteur traite son sujet prouve qu'il ne vivait plus en un temps où il pouvait être dominé par la tradition synoptique. D'après Gore'^, l'apôtre Jean a écrit un supplément
i. The hislorical New Testament, Edinbuigh, 1901. 2. The problem of Ihe fourth Gospel, London,1905.
aux évangiles synoptiques d'une façon subjective comme aurait fait un idéaliste. Grill' rattacha le IV* évangile au gnosticisme. L'idée du Logos y est dominante ; les rapports avec Philon sont étroits ; seulement, à la place du Logos philonien, impersonnel, l'auteur inconnu a substitue la parole de Dieu, personnifiée dans la Bible ; mais il n'a pas voulu se servir du terme qui avait été employé par les gnostiques. Les autres termes de l'évangile doivent être interprétés comme en opposition avec le gnosticisme. Le Fils d(^ riiomme n'est pas un homme, mais une hypostase de Dieu sous forme humaine avec laquelle le Christ vit dans une union mystique réelle.
Loisy' tint comme à peu près non avenus les témoignages anciens sur l'origine johannique de l'évangile. Pour lui, l'auteur était un converti du judaïsme hellénique, initié aux idées de Philon; il a écrit pour un petit groupe d'initiés. Son livre n'est pas historique, mais allégorique, mystique et symbolique. Il n'a aucun souci de la vie réelle du Christ; s'il emploie quelquefois des données chronologiques ou géographiques, c'est pour placer dans un cadre ses allégories et ses symboles. Il était prêt à conserver comme à sacrifier de l'histoire tout ce que le bien do son enseignement lui paraissait réclamer. Il utilise comme symbole les faits qu'il a empruntés ;\ la tradition; il en compose môme de nouveaux à l'aide de données prises çà et lu. Le but du livre est principalement didactique, mais
t. Unteri. ùber die Knltt. des IV Ev., Tiiblngen, llHM. «. Le quatrième Évangile, Paris, i003.
lion pas précisément dogmatique. L'auteur veut confirmer pratiquement le chrétien dans la foi, lacpielle est l'adhésion de l'âme tout entière au Christ, la vie do l'âme dans le Christ, conçu comme Verbe incarné, principe de régénération spirituelle, aliment de vie surnaturelle. Les idées johanniques ne sont que la forme intellectuelle de cette foi qui, dans son fond, est l'union mystique du Christ et du fidèle, l'inhabilation du Christ dans le croyant et du croyant dans le Christ (p. 94). Dans cet évangile on trouve non seulement la pensée de Jésus, mais aussi tout le mouvement, qui s'est opéré dans la pensée chrétienne depuis Jésus jusqu'au temps où l'auteur anonyme écrivait. L'œuvre est puissamment une et tous les emprunts faits aux doctrines ambiantes sont complètement assimilés. Le P. Calmes ^ maintint l'origine johannique du IV® évangile, mais d'une façon médiate seulement. Il faut chercher la source principale de l'évangile dans cet enseignement oral qui, vers la fin du i" siècle, Horissait en Asie Mineure et dont l'apôtre saint Jean fut l'âme. L'apôtre bien-aimé recueillant ses souvenirs personnels, les commentant devant ses disciples et en déduisant les principes du dogme chrétien, tels sont, à n'en pas douter, les faits qui ont présidé à la formation du dernier évangile. Le P. Calmes soutint aussi le caractère historique des faits racontés, tout en admettant le caractère didactique et allégorique du livre, produit de méditations et de spéculations profondes.
Le fond historique est mis au service de l'enseignement théologique. D'ailleurs, lallégoric n'a pas dans le IV® évangile les proportions qu'on lui attribue et, aux endroits où il est permis d'en constater la présence, elle ne va pas jusqu'à ruiner le fond historique du récit.
PourDrummond * lorigine johannique du IV" évangile est démontrée par les témoignages des écrivains du II"-!!!*' siècle et par l'examen interne de l'évangile L'auteur a écrit une biographie de Jésus, destinée à faire mieux comprendre ce qu'était le Seigneur. Il ne dépend pas de Philon. Les discours ne sont pas une reproduction littérale des paroles de Jésus ; ils en sont à un certain degré l'interprétation, telle qu'elle étail adoptée dans les communautés chrétiennes du temps. Ils contiennent cependant un grand nombre de discours authentiques et de Logia du Seigneur, littéralement reproduits.
Stanton ^ affirma que Justin a connu le IV" évangile et s'en est servi; il le tint pour le rapport fidèle du témoignage d'un disciple personnel de Jésus sur les paroles etlcs actes du Christ, p. 91. L'évidence externe se prononce nettement en faveur du séjour de l'apôtre Jean en Asie et lui attribue le IV'' évangile. Il est possible pourtant que l'on ait substitué l'idée que Tapôlre était proprement l'auteur à celle qui lui accordait seulement le rôle d'un témoin qui aurait rapporté les i)arolesdu Maître. D'après Wrede ^, le IV'' évangile est un
1. The cfiarartrr nml nutfiorsliij) of Ihe fourlli Gospel, I.undon, JOO.'l.