‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 30 sur 118 · Adv. Jlacr. V · texte numérisé non relu

Adv. Jlacr. V

évangiles de Matthieu et de Marc. Voilà le poiut délicat sur lequel on a beaucoup insisté et discuté. Observons d'abord que nous n'avons qu'une très petite ])artie de l'ouvrage de Papias et que nous n'avons pas non plus de témoignage de Papias sur l'évangile de Luc. Mais pourquoi Eusèbe, qui nous rapporte son témoignage sur Matthieu et Marc, ne relève-t-il pas aussi celui sur Luc et Jean, si vraiment Papias a parlé de ces deux évangiles? On a donné diverses raisons de ce silence. Eusèbe, a-t-on dit, ne relevait que les témoignages des auteurs en faveur des livres conlesLés. Ceci n'est pas très exact. Il rapporte le témoignage d'I renée en faveur des quatre évangiles canoniques ; il nous fait connaître même celui de Papias sur la première épître de Jean et sur celle de Pierre, (jui, pour lui, ne sont pas des écrits contestés. En fait, Eusèbe relevait d'ordinaire ce que les auteurs avaient dit de spécial sur les écrits incontestés; quand ces écrivains n'offraient aucune particularité, il ne disait pas ([u ils avaient connu ces écrits. Ainsi, Théophile d'Antiocheacité le IV® évangile sous le nom de Jean. Eusèbe mentionne les trois livres de Théophile adressés à Aulolycus, mais ne dit pas que Théophile a connu lévangile de Jean. En somme, le silence de Papias est assez déconcertant. On no peut cependant en conclure f|u il n'a pas connu le IV" évangile, et cela d'autant plus que dans l'argument placé en tête de l'évangile selon saint Jean dans les Cod. Vatic. Alex. 14 du IX* siècle et Toletanus du x° siècle, on lit : Evangelium Johannis maniiestatum et datum est Ecclesiis ab Jo-

hanneadhucincorporcconstituto, sicut Papias nomine Hierapolitanus, discipulus Johannis carus, in exotericis id est in extremis quinque libris retulit.

On a relevé des ressemblances assez frappantes entre le IV" évangile et l'évangile de Pierre, écrit vers 110-130. Les critiques^ s'accordent à supposer que l'auteur s'est servi du IV® évangile, mais très librement, comme, du reste, des synoptiques. Il parle du jardin de Joseph, que seul le IV" évangile, XIX, 41, a mentionné; de Jésus crucifié au milieu des deux voleurs, comme Jn. XIX, 18 ; des clous pour les mains seulement, de même que Jean, XX, 20, 25, 27; de Jésus, que Pilate fait asseoir au tribunal, comme Jean, probablement, XIX, 13 : c'est le même verbe Ixdôtffev qui est employé. Il rappelle la loi juive, qui défend de garder les cadavres après le coucher du soleil; même observation chez Jean, XIX, 31.

11 serait possible de retrouver des traces du I V" évangile dans les Actes de Pierre et les Actes de Jean, bien que Corssen^ les ait niées.

Actiis PetrP, p. 46 : Abrelinqucrc vostanquam parvulos sine matrc = Jn. XIV, 18; p. 53 : Deus omnipotcns misit fîlium suum in saeculo = Jn. III, 17 ; [). 54 : Filius perditionis = Jn. XVII, 12; id : Patrem quem nomo vidit unquam = J.v. I, 18; p. 07 : Ipse est in Paire cl Paler in co = Jn. XVII, 21.

1. nr.SDr.r. IlAniiis, Gospel of Peter, p. Ut.London, 18!>3. IlAnnACK, liruch- Mncki- (les ICcnngvliums und der Apok. des Petrus, p. 38, Leipzig, 189;».

2. Mon. Pruloye zu den vier £u., Leipzig, WM, :». Ed. n. Lii'siuit, Leipzig, iKUi.

ActaJoannis^,p.l9b: 'IwawT), (i9i yivou àirioTo; àW.à tticttô;.

p. 198 : 0ûpa £Îu.t soi xpoûovTt

p. 201 : •yivwaxe ydip [it ô).ov irapà T(}) TraTpl x«i tôv TiaTépa Tiap' ê|i,o{.

Jn. XX, 27 : (Ai^ yîvoy âuiaxo;

X, 7 : iytâ eljxi ïj 6ûpa tûv 7tpo6àTa)v, X, 9.

XIV, 10 : Où niffTeOtt; ôtt é-yw èv Tcj) TcaTpi xal 6 na-nr.p èv È(xoî iffxiv ■-.

Saint Justin a certainement connu le IV* évangile. IMusieurs expressions caractéristiques de cet évangile : cpûi;, XÔYoç, oipS, (jlovoyeviiç, etc. se retrouvent dans ses écrits, lesquels sont d'ailleurs pénétrés des enseignements jolianniques. Le Christ est le Fils de Dieu, son Verbe, qui s'est fait chair et est devenu homme,

1 Ap. XXXII; LXIII; LXVI = Jn. I, 4. Jésus est le Fils, venu d'auprès de Dieu, I Ap. VI = Jn. III, 31; VIII, 42. Le Christ est le premier-né de Dieu, son Verbe auquel tous les hommes participent; voilà co que nous avons appris, I Ap. XL VI, 2 = Jn. I, 1. Son Fils (de Dieu), le seul qui soit appelé proprement Fils, le Verbe existant avec lui et engendré avant la créalion, lorsque, au commencement, il fit et ordonna toutes choses, est appelé Christ parce qu'il est oint et que Dieu a tout ordonné par lui, II Ap. VI = Jn. 1. 1-14. Cf. encore I Ap. LXI, 4 = Jn. III, 3-5; LXVI,

2 = VI, 54, 57; XXXIII, 11 = XIV, 29; LU. 12 = XIX, 37. De l'examen de toutes ces citations et d'autres passages des écrits de saint Justin sur la personne du Christ, on doit conclure que les doctrines christologiques, qui sont encore en germe dans le IV* évan-

l.Ed. BojiNET, Lipsiae, 1898.

3. Cf. Cameulysck, De quarli Ev. auctore, p. 4i, Lovaaii, 1899.

gilc, sont pleinement développées dans l'apologiste du milieu du ii'' siècle.

Comme citations approximatives du IV" évangile par Justin nous relèverons ce passage du Dialogue avec Tryphon : « Et comme les hommes supposaient qu'il (Jean-Baptiste) était le Christ, il leur criait luimême : Je ne suis pas le Christ, mais je suis la voix de celui qui crie, Jn. I, 20-28. Jésus a guéri les aveugles de naissance, toùç èx. yeveTriç Trvipouç », Dial. LXIX. Jean seul emploie ce terme èx. y^vet^c, IX, 1, pour désigner une guérison d'aveugle. Justin cite le texte de Zacharic, Xll, 16, en adoptant une variante qui se reti'ouve dans Jn. XIX, 37, o<{/ovTai elç Sv iÇsxév-njaav, leçon qui ne reproduit ni le texte hébreu, ni celui des Septante. Cette variante, il est vrai, se retrouve dans l'Apocalypse. Parlant du baptême, Justin rappelle,

I Ap. LXI, 4, que le Christ a dit : Si vous ne renaissez, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux.

II est bien évident pour tout le monde que ceux qui sont nés une fois ne peuvent pas rentrer dans le sein de leur mère. Ceci rappelle Jn. III, 3-5, mais la citation n'est pas textuelle. Aussi a-t-elle été beaucoup discutée et quelques-uns la rapprochent de Mr. XVIII, 3.

Nous ne j)ouvons donner aucun passage de saint Justin qui soit littéralement emprunté au IV" évangile, mais il cm est à peu près do môme pour les évangiles synoptiques. Justin rappelait les faits évangéliques et les enseign(»ments du Seigneur, tels qu'il les avait lus dans les Mémoires des apôtres, qu'on appelle

("vangiles, mais il ne s'astreignait pas à les citer textuellement.

Justin rangeait d'ailleurs le IV* évangile parmi les Mémoires des apôtres, qu'on lisait dans les assemblées des fidèles après les écrits des prophètes et, par conséquent, qu'on tenait pour écriture inspirée de Dieu. L'affirmation de Justin à ce sujet est très nette. « J'ai montré précédemment, dit-il à Tryphon, Dial. CV, qu'il était le Fils unique du Père de toutes choses. (jtovoYev:^; tw TcaTpi = Jn. I, 14, 18, proprement son Lo- ^os, sa Puissance, né de lui,XoYoçxai Sûva|xiç ■•{v^viYr^\i.i'io^ - Jn. I, 13, et ensuite devenu homme par une vierge, ainsi que nous l'avons appris par les Mémoires. » 11 })araît peu probable que Justin n'en appelle ici aux Mémoires que pour le dernier fait cité. On relèvera aussi d'autres rapprochements entre Jean et Justin dans des passages que celui-ci dit empruntés des Mémoires. Dial. C = Jn. VI, 69.

On fait observer que saint Justin a désigné nominativement Jean, l'un des apôtres du Christ, comme l'auteur de l'Apocalypse. Pourquoi n'a-t-il pas dit aussi, s'il le croyait, qu'il était l'auteur du IV* évangile? Remarquons que nulle part Justin ne déclare quels sont les auteurs des Mémoires. Ajoutons qu'actuellement la grande majorité des critiques, Zahn. Resch, Thoma, von Engelhardt, von der Goltz, Harnack, Bousset, Loisy, Drummond, reconnaissent que saint Justin s'est servi du IV* évangile aussi bien que des synoptiques.

A peu près vers la même époque, 160-180, ont élo

écrites les Homélies clémentines. On y trouve des allusions assez claires au IV'' évangile : Hom. XIX, 22, il est parlé de l'aveugle-né comme dans l'évangile de Jean, IX, 2, 3. On trouve aussi dans ces Homélies des expressions johanniques : 'i^tdatrit,, \\\, 25 = Jx. VIII, 44; Je suis la porte, i\ ttûXti, de la vie, III, 52 = Jn. X, 7, 9. Cf. Hom. cl. XI, 26 = Jn. HI, 5, etc.

Probablement vers 175-180, Tatien harmonisa les quatre évangiles pour en former un seul évangile , le Diatcssaron ; le I V*^ évangile y est incorporé presque en entier, sauf quelques versets. En tête du Diatessaron se trouve le prologue, Jn. 1, 1-15 et, àlafm, lechapitrc XXI. Dans son Oratio ad Graecos, 13, Tatien cite un passage du IV® évangile : xa\ touto I^tIv «pa to e?p7)[ji^voi' ^ (TxoTta TO (pw; où xaTaXa(jt,6avEi.

Dans la lettre des églises de Vienne et de Lyon nous trouvons citée presque textuellement une parole du Seigneur qu'on trouve seulement dans Jean, XVI, 2.

Dans le Reste des paroles de Baruch, IX, 3, éd. IlAnius, nous trouvons une réminiscence de Jean, 1, 9 : TO tpw; TO ^XïjOivov TO (pwTiÇôv [II. Les traces johanniques dans Aristides, éd. Hennecke, sont plutôt vagues : ch. 15 = Jn. 1,13, 14etch. 16=V11I, 12 ch.; 14 = XXI,

Los premiers gnostiques semblent avoir connu le IV" évangile. D'après Lightfoot \ les Naasséniens ou Ophilos cl les Pérales, dont Ilippolyle ne distingue pas nettement les erreurs, auraient connu et cite cx-

i. liihlirnl /.'ss-ii/.H. I.oiidon, l«93.

plicitemcnt le IV" évangile. Voici quelques-unes des références qu'il donne. Pour les Naasséniens : Hippo- LYTE, Réf. haer. V, 8 = Jn. I, 3; V, 9 = I,9;V, 8 = III, 5;V, 7= IV, 12, 14 etc. Pour les Pérales : V, 16 = 1, 1-4; III, 14; V, 12= III, 17; V, 17 = VIII, 44;X, 7. Vérification faite , je n'ai pu distinguer dans ces passages •les citations, ou même des réminiscences du IV* évangile. Lightfoot relève aussi des citations dans la Pistis Sophia, qui me paraissent aussi peu discernables que les précédentes. Basilides, vers 133, d'après Harnack, vers 120-125, d'après Zahn, aurait écrit vingt-quatre livres sur l'évangile de Jean et cité au moins deux paroles du Seigneur extraites du IV" évangile : ^v to <pâ)« m «XyjOivov, 8 cpWT(Çei TtotVTa avOptoitov lp}(()[jLevov sîç tov xo(T(jiov, Jn. 1,9. Valentin, 135-160, aurait emprunté l'idée de son ogdoade au prologue du IV* évangile. Presque tous les noms qui la composent : Xoyoç, «px^l, à>>iOeiot, Tta-n^p, ^w^ àvôpwTroç, s'y retrouvent. Hippolyte ^ attribue à Valentin une citation du IV" évangile X, 8 : ^éyei 6 SwTiip- TTavxe; oî irpb èfxoîî èÀyiXuôÔTSi; xXÉTCTai xai Xr)(iTai eiiiv. TerluUien - affirme que Valentin se servait de tout l'instrument évangélique, integro instrumento. Nous savons d'ailleurs par Irénée ' que les disciples de Valentin, J^tolémée, Héracléon, Théodote, Marcus, usaient de la manière la plus complète de l'évangile de Jean. Marcion aurait, d'après Tertullien*, rejeté les évan-

\. Philosophoumena, VI, 35.

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