‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 34 sur 118 · I. Adv. llacr · texte numérisé non relu

I. Adv. llacr

Nous avons relevé les traces les plus visibles qu'a laissées le IV" évangile dans les écrits du ii'" siècle; nous aurions pu en signaler d'autres. Nous pouvons donc conclure que, dans toute l'Eglise, il existait une tradition johannique, que l'on constate en Asie Mineure chez les presbytres, dont Irénée nous a rapporté les dires, chez Polycarpe, Papias, dans la lettre aux chrétiens de Smyrne, chez Méliton de Sardes, Claudius Apollinaire, Polycratc d'Ephèse; en Gaule, dans la lettre des chrétiens de Vienne et de Lyon à leurs frères de Phrygie et d'Asie, chez Irénée, dont il va être parlé plus en détail; à Antioche, chez Ignace martyr, Théophile d'Antioche; en Palestine, chez Justin et Tatien; à Alexandrie, dans l'épître de Barnabe, chez Clément d'Alexandrie et Origène, dont nous relèverons plus tard les témoignages; en Grèce et en Macédoine, dans l'épître à Diognète, chez Athénagore; à Rome, dans le Pasteur d'IIermas, dans le canon de Muratori, cité plus loin, chez Hippolyte; en Afrique, chez Tertullien, dans les Actes du martyre des saintes Perpétue et Félicité. Les hérétiques du ii" siècle, Naasséniens, Pérates, Séthiens, Justin, hérétique ophite, la Pistis Sophia, Basilides, Valcntin, Héracléon, Ptolémée, Marcus, Marcion, les docètes, les chrétiens judaïsants, les Ebionites, les Aloges, témoignent de l'existence de cette tradition johannique, qui n'a pu s'établir d'une façon aussi universelle que grâce à un écrit existant, écrit que, d'ailleurs, quelques-uns mentionnent. Cet écrit n'aurait pas joui d'une telle faveur, s'il n'avait eu une origine apostolique directe ou indirecte.

2*" Témoignages sur l'origine johannique du IV^ évangile. Les textes que nous avons relevés prouvent qu'au II" siècle existait, dans toute l'Eglise, un enseignement analogue à celui du IV' évangile, qui probablement en dérivait, et que quelques écrivains dépendaient littérairement de celui-ci. Nous devons maintenant présenter et discuter les témoignages des écrivains qui affirment nettement l'origine johannique du IV® évangile. Nous en possédons trois à peu près de la même époque et très catégoriques : celui du canon de Muratori. 170-210, celui de Théophile d'Antioche, 160, et celui d'Irénée, 175-190.

Le canon de Muratori est très explicite sur l'origine, la cause occasionnelle et les caractères distincts du IV^ évangile'. Ligne 9: Quarti Euangeliorum. lohannis ex decipolis cohortantibus condescipulis et cpiscopis suis, dixit : conieiunate mihi odie triduo et quid cuique fuerit reuelatum alterutrum nobis cnarrcmus. eadem nocle reuelatum Andrae ex apostolis ut rccogniscentibus cuntis lohannis suo nomine cunta discribiret et ideo licit uaria singulise uangeliorum libris principia doceantur, nihil tamen difîort credentium fedei cum uno ac principali spiritu declarata sinl. In omnibus omnia de natiuitatc de passione de rcsurrectionc de conucrsationc cum decipulis suis ac de gemino eius aducntu. Primo in homilitate dispcclus quod foit secundum potctalo regali pis preclarum quod fotorum est. Quid ergo minim si lohannes tam constantcr singula etiam in cpislii-

1. Ed. BucHANAN, 7A«i/ournaIo/TA. Studies, vol. vni,)). .'tOO, London.

lis suis profcram diccns in semetipsu que uidimus oculis nostris et auribus audiuimus et manus nostrae palpauerunt haec scripsimus uobis ? Sic enim non solum uisurem sed auditorem scd et scriptorem omnium mirabilium diis per ordinem profiletur. »

11 ressort de ce texte que l'auteur a voulu défendre le IV" évangile contre des adversaires qui en niaient l'origine apostolique et en contestaient la véracité historique ainsi que la valeur doctrinale. Si, comme le croient quelques critiques, Hippolyle, évêquede Porto, est l'auteur de ce canon, il a dû répondre ici aux attaques de ceux contre lesquels il avait écrit un livre : uirèp tovÎ xatà 'Iwdtvyjv eùotYYeXiou x«l ôtTroxaXu^sfa);.

On remarquera que Fauteur du canon appelle Jean : ex decipolis, tandis qu'André est qualifié de : ex apostolis ; de plus, Jean est exhorté par condescipulis et episcopis suis. Faut-il en conclure que le Jean auteur de l'évangile est un des disciples de Jésus, et non un apôtre ? Il est probable que Jean est qualifié de ex decipolis pour le distinguer du Jean nommé immédiatement avant, et qui est Jean-Baptiste. Mais pourquoi alors ne l'a-t-il pas distingué par ex apostolis? Il est certain cependant que l'auteur du canon vise ici Jean l'apôtre, puisqu'il aflirme que celui-ci a été témoin oculaire et auriculaire de Jésus.

Le témoignage de saint Irénée, évêque de Lyon, a été très discuté par ceux qui rejettent l'origine johan • nique du IV" évangile. Il fallait à tout prix en diminuer la valeur, car il est aussi formel que possible, et c'est sur lui que repose, en définitive, tout l'argument

d'authenticité externe, le seul véritablement probant.

Donnons d'abord les textes. Après avoir parlé des trois évangiles de Matthieu, Marc et Luc. Irénce' ajoute : 'ETisiTa 'Io)xvvr,ç, ô (jLa6r,T^ç tou Kupfou, ô xai eirl to c6î)T0; aÙTOïï (xva7re<jwv, xal aOro; IÇÉStoxe to eùoiy'fzkio'^ , Iv 'E<f sffw -zr^ç 'Affi'a; SiaTptêwv. « Ensuite Jean, le disciple du Seigneur, celui qui reposa sur la poitrine de celui-ci, donna, lui aussi, l'évangile, pendant qu'il résidait à Ephèse d'Asie ». Irénée rapporte ^ encore que Jean, le disciple du Seigneur, a écrit son évangile pour détruire les erreurs semées par Cérinthe et les Nicolaïtes. Il est inutile de prouver qu'lrénée a eu entre les mains notre IV" évangile canonique; il le cite presque à chaque page de son ouvrage', et très souvent il fait précéder ces citations des expressions suivantes : Quemadmodum Joanncs, Domini discipulus, confirmât... Testimonium perhibet Joanncs, Domini discipulus, in Evangelio dicens : ... Sic inchoavit (Joannes) in ea quae est secundum Evangelium doctrina : In principio erat Vcrbum. Et pour lui le disciple Jean était l'apôtre Jean, fds de Zébédéc. Deux fois il l'appelle apôtre, I, 9, 2 et I, 9, 3; il le range parmi les apôtres : Quidam autcm eorum non solum Joannem sed et alios aj)oslolos vidcrunt, II, 22, 5.

Constatons, tout d'abord , que pour saint Irénée il est certain : 1" que le IV" évangile a été publié par

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