KlbtDE, lUtl. fccl. V, 30, y
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leur témoignage sur tout ce qu'ils ont dit. Mais, ajoulo-t-on, Ircnco na pas reçu les enseignements dii'ects des presbytres; lorsqu'il rapporte leurs lt3moignages, c'est d'une façon générale : Presbyteri mcminerunt, dicunt, sans ajouter : nobis. Il n'a reçu directement les enseignements que d'un seul presbytrc : « Quemadmodum audivi a quodam presbytero, qui audierat ab his qui apostolos viderant et ab his qui didicerant. » Il 1 appelle xpeîoawv «pioôii-cepoç, senior apostolorum discipulus. Ce presbytre était probablement Papias, et lorsqu'il rapporte les témoignages des presbytres, c'est à celui-ci qu'il les emprunte. Sa source unique, dit-on, serait donc Papias, et on verra plus tard qu'il l'a mal compris , et que, de plus . Papias était d'assez faible esprit. Nous répondons : Si Irénée a copié Papias, on ne comprend pas pourquoi il introduit ses citations par les mots ecpri, eipTjxai, ([ui indiquent plutôt ime tradition orale. De plus', après avoir cité le témoignage des presbytres, il ajoute : TaîÎTa Se xal Ilaiti'aç... IyYP*î<"Ç iTTiitapTUpei èv Trj TSTotpTT] Twv «iiToy piêXîwv. 11 distiuguc donc très nettement le témoignage de Papias de celui des presbytres, lesquels mcminerunt, et celui-là témoigne à nouveau, ÈTrifjiapTupeï, ces mêmes choses.
Quant à l'identification de Papias et du presbytre duquel Irénéc a reçu ses enseignements directs, elle ne repose sur aucun fondement; on peut l'affirmer, mais aussi la nier. En résumé, on n'a pas le droit de
i. EisÈBE, Hist, eccl.lU, 30, -2.
mettre de côté, comme source des renseignements d'Ircnée, les presbytres d'Asie, qui, avons-nous vu, avaient fraye en Asie avec Jean. Or, ces presbytres, vivant en Asie à l'époque où, d'après la tradition, a été écrit le IV'' évangile, ont dû renseigner exactement saint I renée.
Nous arrivons à la même conclusion au sujet de Polycarpe, évêquc de Smyrne. Quel rapport a-t-il existé entre Irénée et Polycarpe? On a remarqué qu'Irénéc, en parlant des presbytres, en mentionnait surtout un, qu'il appelle presbyter. Senior, qui avait été disciple des apôtres ou avait été instruit par ceux qui avaient entendu les apôtres. Ne peut-on pas supposer que ce presbytre ne serait autre que Polycarpe, évêque de Smyrne? Irénée nous apprend qu'il a été lui-même sinon le disciple, du moins un auditeur habituel et attentif de Polycarpe. Bien qu'il dise qu'il l'a entendu, ou vu, Iti Traî; wv et èv x^ ttpwtt) :fiXixi«, cela ne veut pas dire qu'il était tout à fait enfant; mais si l'on s'en tient à la signification de ces expressions dans le langage du temps, qu'il était un adolescent de quinze à vingt ans. C'est à ce résultat que l'on arrive, si l'on compare les données chronologiques, assez vagues et souvent conjecturales, que l'on admet sur les dates de naissance d'Irénée, 135- 142, et de la mort de Polycarpe, 155. Or, à quinze ou vingt ans, Irénée pouvait parfaitement comprendre les enseignements de son maître qui, d'ailleurs, portaient sur des faits. Irénée affirme que Polycarpe a été disciple de Jean ; cela est parfaitement possible.
Polycarpc est mort en 155, ù l'âge d'au moins quatrevingt-six ans. Il serait donc né vers 69 après Jésus- Christ; par conséquent il a pu, vers 85-100, entendre en Asie Jean l'apôtre et des disciples qui avaient vu le Seigneur. Nous avons donc une chaîne non interrompue de témoignages : Jean-Polycarpe-Irénée. Il est probable que c'est de Polycarpe, qui avait connu Jean. qu'Irénée a appris que celui-ci avait écrit un évangile. En tout cas , il est difficile de croire quil ait pu être trompé à ce sujet; c'est pourtant ce que l'on suppose.
Parlant de Papias, Irénée dit que celui-ci a été disciple de Jean. Sur ce point, il fait erreur, car Papias laisse entendre qu'il ne connaît l'enseignement de Jean l'apôtre que par intermédiaire, et Eusèbe * en outre afTirmc nettement le contraire. Irénée aurait donc confondu Jean l'apôtre et Jean le presbytre ; c est de ce dernier que Papias aurait été le disciple. Mais Irénée n'aurait-il pas fait, dit-on, une même confusion au sujet de l'évangile et attribué à Jean 1 apôtre l'œuvre de Jean le presbytre? Celui-ci, ajoutet-on, aurait été en effet disciple du Seigneur et c'est lui qui reposa sur la poitrine de Jésus. Il aurait joui d'une grande autorité en Asie, aurait vécu à Ephèse et c'est de lui que Polycarpe aurait été le disciple. Nous n'avons rien à dire sur ces dernières conjectures qui n'ont aucune base solide et dont quelques-unes sont démenties par les faits; le seul point à discuter est la valeur du témoignage d'Irénée sur l'origine du IV" évangile.
11 est certain que, pour Irénée, Jean, le disciple du Seigneur, dans tous les passages où il en parle.
est Jean Tapôtre, fils de Zcbédée. On constate qu'une fois il s'est trompé dans son identification, en faisant de Papias le disciple de Jean l'apôtre. A-t-on le droit de conclure qu'il s'est toujours trompé, et principalement en un point, l'origine du IV" évangile, sur laquelle il lui était facile d'être renseigne? On ne doit pas oublier qu'au temps d'irénée, le IV® évangile était connu de tous les contemporains, et qu'on devait savoir, surtout en Asie, quel en était l'auteur. Irénée a vécu avec tous ceux-ci, et, s'il s'est trompé sur l'origine du iV*" évangile, c'est que tous se sont trompés comme lui. Ne serait-ce pas extraordinaire que tous les contemporains aient fait la même confusion?
En outre, il faudrait admettre aussi que Polycarpe n'a pas été le disciple de Jean l'apôtre, mais de Jean le presbytre. Encore ici, irénée aurait confondu les mêmes personnages. Il est difficile de croire qu'Irénée a été à ce point inintelligent, et que, lorsque Polycarpo lui parlait du presbytre, il ait constamment compris l'apôtre.
On fait encore observer que le texte d'irénée sur l'origine de l'évangile n'est pas exempt d'obscurité. Est-ce qu'Irénée, lorsqu'il affirme que Jean èÇéSioxe to eOayyOaov tv 'E^t'ato, ne confondait pas la prédication évangélique avec l'évangile lui-môme, car si, d'après l'opinion commune de son temps, Jean avait enseigné à Ephèse, il n'est pas prouvé qu'il ait publié lui-mômc son évangile? Celte observation ne peut être acceptée, car ce passage sur le IV" évangile fait suite immédiatement à celui où il est parlé de l'origine des évangilos
synoptiques; c'est donc évidemment de l'évangile écrit que parle ici Irénée.
On objecte encore que ce témoignage de saint Irénéo prouverait seulement que saint Jean aurait public l'évangile écrit, sous sa direction, par un de ses disciples, lequel aurait reproduit fidèlement ce que son maître rapportait des actions et des discours du Christ. Remarquons qu'aucun écrivain ancien n'a même insinué que le IV" évangile aurait été écrit par un disciple d<^ saint Jean. D'ailleurs, ou ce disciple a été seulement un secrétaire, ce qui réduit à rien son intervention, ou il a réellement composé l'évangile, et alors celui-ci ne peut plus être attribué à Jean l'apôtre.
D'autre part, ajoute-t-on, Irénée ne dit pas formelloinont qu'il a appris par les presbytres. les représentants pour lui delà tradition, que Jean était l'auteur du IV" évangile. Il est donc possible que son affirmation lie soit qu'une conjecture, ainsi que l'insinue le P. Calmes * : « Irénée a entendu l'enseignement que Polycarpe donnait comme étant celui de Jean; d'autre part, il est familiarisé avec la doctrine du IV" évangile. C'est, somble-t-il, en comparant le contenu du livre avec renseignement do l'évêque de Smyrne qu'il arrive à ronclure : l'apôtre Jean est l'auteur de l'évangile. » Quelle que soit la valeur de cette conjecture, il est impossible de croire qu'Irénée aurait affirmé l'origine johannique du IV" évangile, si telle n'avait pas été l'opinion de son temps.
t. Evangile selon saint Jean, p. 17.
En résume, Irénée avait reçu ses renseignements des presbytres d'Asie, de Papias et de Polycarpe; il devait tenir d'eux que Jean avait publié le IV'' évangile ; les arguments qu'on apporte contre la valeur de son témoignage ne peuvent l'infirmer. Or, il attribue le IV" évangile à Jean le disciple du Seigneur qui, pour lui, était Jean l'apôtre. Donc, d'après saint Irénée, le IV'' évangile a pour auteur Jean l'apôtre.
Après Irénée la tradition ecclésiastique est unanime à attribuer le IV" évangile à l'apôtre Jean. Rappelons d'abord que Théophile d'Antioche % 169-187, avait, d'après saint Jérôme, composé une harmonie évangélique. Il adirmc - nettement l'origine johannique du IV" évangile : "Oôiv SiSàcxoufft ^[xS; a! Sytai yp*?»^» ''«i ««VT£Ç oî TTVEujxaTOcpdpoi, èÇ uiv 'I(«)avvv)ç ^éyEi' Iv àp'/r^ t;v ô ^oyo; xat 6 Xo'yo; t^v itpb; tov ^sÔv... 'ETretra ^eysi* xxl 0£o; ï^v Ô Xo'yoc, Le témoignage de Clément d'Alexandrie ^ est aussi très net : « Cependant, Jean, le dernier, voyant que les faits matériels avaient été racontés dans les évangiles, pressé par ses amis et divinement inspiré par l'Esprit, a composé un évangile spirituel. »
Tertullion * constate que l'inslrumentum evangelicum a eu pour auteurs les apôtres, et il nomme parmi eux Mattliieu et Jean. Il afTirmo à Marcion qui ne recevait que l'évangile de Luc : Eadcm auctoritas ecclcsiarum aposlolicarum cacteris cpioquc patrocinabitur