‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 39 sur 118 · I. Tlicolocfie johannique, p · texte numérisé non relu

I. Tlicolocfie johannique, p

manière bien plus directe, et s'appliquent surtout à accentuer les noms qui doivent leur servir de passe-port. Ici, nous ne voyons rien de pareil. L'auteur, en supposant qu'il ait voulu en imposer à ses lecteurs, aurait sans doute éprouvé le besoin de se poser comme apôtre d'une manière directe. Mais il y songe si peu qu'il n'ajoute pas même au nom du seul Jean qu'il y introduit nominativement, l'épithète de Baptiste qui lui est donnée partout ailleurs. On serait donc plutôt autorisé à dire qu'il tenait à faire oublier qu'il y en avait encore un autre, qui a pu jouer un rôle dans cette histoire. »

Mais a-t-on des raisons positives de croire que le disciple anonyme et le disciple bien-aimé sont Jean l'apôtre? Nous avouons ne pouvoir donner que des preuves indirectes, au moyen de combinaisons exégétiques. Observons, d'abord, que le disciple bien-aimé et le disciple anonyme sont un même personnage. L'identification ressort clairement de Jn. XX, 2-3. Après avoir vu que la pierre avait été enlevée du tombeau de Jésus, Marie de Magdala vient vers Simon Pierre et vers l'autre disciple que Jésus aimait : tov «XXov fxaOïjT^ Ôv i<pîXei ô 'lyjtToo;. Alors Pierre sortit, ainsi que l'autre disciple, ô àXXoç (A«6ir]Tr,;. Par conséquent, ce que nous prouverons de l'un i)ourra s'appliquer à l'autre.

Et d'abord le dis(!i[)le (jue Jésus aimait, était un apôtre, puisqu'il assistait au dernier repas de J('>sus avec les siens et que, seuls, les apôtres y ont participé, Mt. XXVI, 20; Me. XIV, 20. Or, un seul des apôtres, à savoir Jean, a pu être ce disciple. D'après les

évangiles synoptiques, trois apôtres paraissent avoir été dans une familiarité plus intime avec Jésus : Pierre, Jacques et Jean et aussi André. Or, Pierre est exclu par le fait qu'il est distingué par son nom du disciple que Jésus aimait, XX, 2, 3, et surtout, XXI, 7, 20, 21. La même conclusion est portée au sujet d'André qui, lui , est nommé au chapitre I, 37, 40, avec l'autre disciple. Le disciple bien-aimé ne peut être Jacques, puisqu'il est dit, XXI, 24, que c'est le disciple qui a écrit ces choses. Or, l'évangile a été écrit, d'après la tradition et d'après les critères internes, vers la fin du i" siècle, et Jacques a été mis à mort vers l'an 44. Reste donc Jean, fils de Zébédée; c'est donc lui, le disciple que Jésus aimait.

Cette conclusion ressort encore d'autres faits. Les paroles de Jésus au sujet du disciple bien-aimé, XXI, 22, sont rapportées de telle façon, qu'elles insinuent que le disciple est encore vivant. Or, comme ce disciple est celui qui a écrit l'évangile, lequel ne l'a été que vers la fin du i""" siècle, il s'ensuit que l'écrivain vivait encore à cette époque. Mais aucun des apôtres n'était, d'après la tradition, vivant à cette date, sinon Jean, fils de Zébédée.

De plus, si l'on examine de près le récit qui est fait de l'appel des disciples, I, 25-42, il ressort qu'il y eut deux paires de frères appelés ; la première nommée dans l'évangile était formée de Pierre et d'André et la seconde, non nommée, devait être, d'après les catalogues d'apôtres, transmis par les synoptiques, les fils de Zébédée, Jacques et Jean. Et l'on remarquera que

nulle part dans révangile, ainsi que nous Tavons dit. le frère de Jean n'a été nommé. C'est donc intentionnellement que l'auteur a passé sous silence Jean et Jacques, son frère. Qui donc, sinon l'auteur, a pu agir ainsi à l'égard des deux apôtres les plus en vue avec Pierre dans la communauté chrétienne primitive? Or, Jacques n'a pu être l'auteur de l'évangile, sa mort prématurée s'y oppose. Donc ce disciple bien-aimé qui a écrit l'évangile et qui a tu le nom des deux fils do Zébédée est Jean raj)otre.

Mais pourquoi ce silence voulu sur son propre nom? On observe que Jean, prêchant lui-même son évangile, n'a pas dû se nommer par son nom ; il a préféré se désigner par une épithète : l'autre disciple ou le disciple que Jésus aimait. C'est ainsi que le Seigncuravaitlhabitude de se désigner lui-même par l'appellation de Fils de l'homme, au lieu de parler à la première personne. C'est donc par discrétion ou par modestie que Jean n\i jamais rapporté son propre nom dans l'évangile, et qu'il s'est désigné par celte épithète : le disciple que Jésus aimait, qui lui rappelait l'amour de son maître, de celui dont, à diverses reprises, il avait dit l'amour pour les hommes et pour ses disciples, XI, 5; XIII, 1,34; XV, 12.

On a pourtant soutenu que le disciple bien-aimé n'i'lait pas Jean l'apùtre. Ce disciph». observe-t-on, était un jeune homme de seize à dix-huit ans, trop jiMine pour être admis au nombre des apôtres, mais qui accompagnait partout Ji'sus. Né vers l'an 12, il aurait bi(>n i)U écrire ou dicter l'évangile vers l'an 98. D'après

Delff, ce disciple, natif de Jérusalem, aurait appartenu aux familles sacerdotales; cela expliquerait la connaissance qu'avait l'auteur du IV* évangile de tout ce qui regarde le grand-prêtre et ses serviteurs, jusqu'à leur nom, des séances môme secrètes du sanhédrin; et aussi des faits ignorés des synoptiques, qui se sont passés à Jérusalem et en Judée, et des discours qu'y a prononcés Jésus ; enfin, et surtout, cela expliquerait le témoignage de Polycrate^ : « Jean qui a reposé sur la poitrine du Seigneur, était prêtre et avait porté sur le front la lame d'or ». Ce disciple a pu être, plus tard, appelé apôtre, car primitivement ce titre n'était pas réservé aux douze. Celte hypothèse repose sur une suite dalTirmations invérifiables. Les quelques faits positifs sur lesquels elle s'appuie peuvent être expliqués autrement. Et d'abord, le disciple que Jésus aimait, était Galilécn. Le disciple bien-aimé et le disciple anonyme ne sont, avons-nous dit, qu'un même personnage. Or, le disciple anonyme était l'ami particulier de Pierre; nous les voyons toujours mentionnés ensemble, XX, 2 ; XXI, 20, etc. ; il est donc probable qu'il était son compatriote et natif comme lui de Belhsaïda. Le fils de Zébédée pouvait être connu du grand-prêtre ou, plus probablement, des serviteurs du grand prêtre, ce qui paraît plutôt ressortir du texte, sans être de famille sacerdotale. L'évangéliste a bien pu apprendre de Nicodèmc ce qui s'était dit au sanhédrin, et, puisqu'il était un des apôtres, qui suivaient partout Jésus, il a été témoin oculaire et auriculaire de

i. EisÈBE, Hist. eecl. V, 2t, 3.

ce qui s'était passé et dit à Jérusalem. Déplus, jamais personne dans les évangiles n'est dit apôtre en dehors des douze; par conséquent le disciple que Jésus aimait, ce jeune homme de dix-huit ans, n'a pas pu assister à la dernière cène, sil n'était pas un des douze apôtres. Nous verrons plus tard ce qu'il faut penser du témoignage de Polycrate.

Examinons maintenant les renseignements, assez rares, mais très précieux, que les écrivains des premiers siècles chrétiens nous ont laissés sur Jean, le fils de Zébédéc. D'après Terlullien', Jean l'apôtre, plongé dans de l'huile bouillante, n'en souffrit pas et ensuite fut relégué dans une île. D'après Eusèbe^, ce fut à Patmos, et au temps de Domitien, qu'eut lieu cette déportation. A l'avènement de Nerva, Jean, dit-il, quitta l'île où il était relégué, et il s'établit à Ephèse, ainsi que le rapporte une tradition de nos anciens^. 11 gouverna les églises d'Asie jusqu'au temps de Trajan^. D'après Clément d'Alexandrie^*, après la mort de Domitien, l'apôtre Jean quitta l'ile de Patmos pour Ephèse et il alla, appelé parles pays voisins des Gentils, tantôt y établir des évoques, tantôt y organiser des églises complètement, tantôt choisir comme clercs chacun de cou\ qui étaient signalés par l'Esprit. Saint Justin® discutant à Ephèse avec Tryphon lui dit : « Un homme

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