Grill, Entstehung des vterten Evangelium
pellation. Le Logos est toujours un être intermédiaire entre Dieu et l'homme ^ Ces coïncidences qui paraissent indiquer une dépendance littéraire du IV" évangile aux écrits philoniens sont plutôt fortuites, et ne peuvent prouver celle-ci, car ces épithètes ne s'appliquent pas dans Pliilon et dans le IV* évangile au même personnage; dans l'un c'est un être abstrait, dans l'autre c'est un être concret, vivant qu'elles désignent. De plus, pour que l'auteur du IV" évangile ait emprunté les qualificatifs de Philon, il faudrait supposer qu'il était un philosophe, ayant étudié les écrits volumineux et indigestes de Philon, et que des nombreuses contradictions, que présentent ceux-ci au sujet du Logos, il ait su former un portrait cohérent. Il est plus simple de croire que les deux écrivains ont eu, comme nous le verrons plus loin, des sources communes : l'Ancien Testament et les idées ambiantes sur le Logos.
Ainsi donc, ce n'est pas dans Philon que Jean a puisé son concept du Logos, Dieu, créateur et révélateur, vie et lumière des hommes, devenu chair dans le Christ Jésus.
h. A quelle source Jean a-t-il puisé? L'idée première et môme l'expression :1e Verbe de Dieu, viendrait de l'Ancien Testament. Sans rechercher l'idée du Logos dans l'Ange de Jahvé, Ex. III, 2, qui, f 4, est appelé
l.niiÉuiF.n,Le« idées philosophiques et religieuses de Philon d'Alexandrie, p. 8i, Pari», 1!))8. On trouvera dans cet ouvrage, p. 8.'»-llI, une étude coiiiplèto sur lu l.ogos do l'hilon, d'où il ressort nettement qu'il n'a rien de commun, sauf le nom, avec celui du IV» évangile.
Jahvé, nous pouvons en discerner des traces dans les Psaumes, XXXIII, G : Par la parole do Dieu les cieux ont été faits; CVII, 20 : Il envoya sa parole et les guérit; CXIJI, 20. Il envoie sa parole et il les fond; dans Isaïe, XL, 8 : La parole de notre Dieu subsiste éternellement; LV, 10 : Ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche, elle ne retourne point à moi sans effet, sans avoir exécuté ma volonté et accompli mes desseins; dans les Proverbes, d'après lesquels la Sagesse de Dieu, VIII, 22, 31, a été établie par Jahvé depuis l'éternité, était à l'œuvre auprès de lui, est la vie pour l'homme, et celui qui la hait aime la mort. Il serait possible d'en relever encore des traces surtout dans l'Ecclésiastique, dans le livre de la Sagesse, XVIII, 15 : Votre parole toute-puissante fondit des cieux, du trône royal, guerrier impitoyable, au milieu de la terre de mort, portant comme un glaive aigu votre commandement sincère et, se tenant debout, elle remplit toutes choses de mort et d'une part elle touchait les cieux, de l'autre elle marchait sur la terre. On voit poindre ici très nettement la personnification de la parole de Dieu. Le terme même de ô Xo'yoç toîî Kuptou se trouve dans les Septante : Ps. XXXII, 6. Saint Luc attribue à la Sagesse de Dieu, XI, 49, des paroles dites parNotre-Seigneur, Mr. XXIII, 34. Celte combinaison de Dieu, vie et lumière, est nettement exprimée par le psalmiste, XXXVI, 9 : Car en loi (Jahvé) est la source de vie ; à ta lumière nous voyons la lumière. Jérémie avait dit aussi, II, 13 : Ils m'ont abandonné moi qui suis une source d'eau vive; cf. Jx. IV, 10.
« Les Juifs ^ s'étaient depuis longtemps habitués à considérer le Verbe ou la Parole de Dieu comme une puissance, émanée de lui, sans doute, mais ayant en quelque sorte une existence distincte et propre. Cette conception qui revient dans l'Apocalypse de Barucli LYI, 4, et dans le IV" Esdras, VI, 13, facilitait l'explication des anthropomorphismes bibliques, en rejetant sur un être intermédiaire ce que ceux-ci pouvaient avoir de choquant. » Dans les Targums d'Onkelos et de Jonathan bcnUziel on trouve les termes Memrâ, parole de Dieu, ou Schekinâ, présence de Dieu. Sur ce texte des Nombres, XXIII, 20 : Dominus Deus ejus est, le Targum dit : Memra Jehovae est eis auxilio, et Schekhina régis ejus inter eos. Dans le désert le peuple est conduit par la Memrâ.
Si l'auteur du IV® évangile a trouvé le terme Xoyo; dans l'Ancien Testament, dans le Targum, il a pu en trouver les attributs dans la tradition chrétienne et dans les Ecritures du Nouveau Testament. En effet, les attributs du Logos, que nous avons relevés plus haut, se retrouvent plus ou moins clairement exprimés dans les livres du Nouveau Testament : la divinité du Verbe, Jésus-Christ, Phil. Il, G; Ilehr. I, 8, 9; la divinité, l'éternité et la puissance créatrice de Jésus dans l'épîtrc aux Colossiens, I, 15-19. L'incarnation du Fils de Dieu est nellcment enseignée dans saint Luc, I, 31, quand rang*' dit à Marie : looù auXXiiui^r) Iv yafffplxal tï'S/) utôv... ouTo; ^aTai (a^y"< ^"^ ''^^^ 0'|/(aTOu xXr,0>^«Tai, et dans saint
\. TlXlKONT, op. cit., I>. 30.
Matthieu, I, 20 : 'Iojar,'f , w'o? Aauei'o, (xi?i cpoêrjO^ uapaXaCeiv Mapîav T/jV Yuvaîxoé cou* tô y^p èv auTrî Ye^v/jQsv ex irveûixarôç IdTtv aYtou. Toutes ces idées se retrouvent résumées et condensées en formules dans le prologue du lY" évangile.
Ainsi donc, c'est surtout dans l'Ancien Testament et aussi dans les discussions rabbiniques du temps que l'auteur du W" évangile a trouvé lidée première du Verbe de Dieu, vie et lumière. On a soutenu * cependant que les théories ambiantes sur le Logos avaient influé sur l'application à Jésus de cette appellation. Aux temps contemporains du IV" évangile, sous l'influence des idées stoïciennes, il était beaucoup parlé du Logos, 11 serait possible que, dans les milieux juifs ou chrétiens du i""" siècle, se soit opéré le mélange entre le concept grec et celui de l'Ancien Testament. Peut-être même que les chrétiens y auraient été amenés par leurs discussions avec les Grecs. Ceux-ci parlaient du Logos, raison éternelle, vivant en Dieu, et lumière intérieure de l'homme ; les chrétiens répondaient que ce Logos leur était connu parleurs livres saints, qu'il est devenu homme et a vécu parmi eux dans la personne de Jésus- Christ. Ce serait dans le IV' évangile qu'on trouverait pour la première fois celte adaptation du Logos à Jésus- Christ. Qu'elle ait été suggérée à saint Jean par la ressemblance entre le Logos stoïcien et celui de l'Ancien Testament, dont il retrouvait les traits dans J ésus-Christ, ce n'est pas impossible, mais, à notre avis, ce n'était