‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 64 sur 118 · II. — LES DISCOURS DU IV* ÉVANGILE · texte numérisé non relu

II. — LES DISCOURS DU IV* ÉVANGILE

La question de la valeur historique des discours du IV' évangile se présente sous un double aspect : i° Ces discours ont-ils été réellement prononcés par Notre- Seigneur, ou sont-ils des compositions libres, dues en entier à l'écrivain? 2° Ces discours étant démontrés authentiques, dans quelle mesure reproduisent-ils les paroles du Seigneur ?

1. Einleitung in das Neue Testament, Leipzig, 1899, II, p. Sî3.

1° A la première question nous répondons : Les discours du IV* évangile sont authentiques, car ils représentent en substance les paroles du Seigneur. Pour établir cette proposition nous allons d'abord répondre aux objections qui ont été faites contre l'authcnticilé de ces discours; puis, établir celle-ci d'une façon positive.

1. Les objections contre l'authenticité des discours du IV' évangile sont très nombreuses et de diverse nature ; il semble inutile de répondre à celles qui ne s'appuient pas sur les documents et sont, par conséquent, d'ordre subjectif. Parmi celles qui ont à leur base des faits ou des textes, nous reconnaissons qu'il en est de très spécieuses, difficiles à résoudre dans leur entier; mais nous croyons qu'on peut, tout au moins, présenter des explications qui atténuent suffisamment les difficultés.

Les discours du IV'" évangile sont, a-t-on dit, l'œuvre de l'auteur de cet évangile, car ils sont écrits dans la même langue que les récits de l'évangile. Or, nous constatons que cette langue du IV" évangile est très parliculièrc, presque artificielle.

Remarquons d'abord qu'il est possible de relever quelques différences entre la langue des discours du Seigneur ol celle des récits du IV" évangile. On signale dans les discours du Seigneur cent quarante-cinq mots qui ne se retrouvent pas dans le reste du IV* évangile ; trente-huit d'entre eux sont dans les discours des synoptiques. Inversement, cinq cents mots sont dans les récits du IV' évangile qu'on ne retrouve pas dans les

discours. Les mots particuliers à l'évangélislo sont absents des discours du Seigneur. Indiquons seulement le terme Xo'yoç au sens spécial du prologue. De plus, on ne trouve jamais l'ablatif absolu dans les discours du Seigneur et certaines constructions de phrase sont particulières à ceux-ci. En plusieurs passages, en outre, l'évangéliste exprime à sa manière des idées qu'on retrouve dans les discours du Seigneur. Ainsi, à diverses reprises, Jésus déclare qu'il a été envoyé, que Dieu a envoyé son Fils dans le monde, III, 16 ; XVII, 3, 4, tandis que l'évangéliste dira que le Logos était près de Dieu et qu'il est devenu chair, I, 1, 2, 14. 11 aihrmera encore que le Logos était en Dieu, tandis que Jésus dira : Moi et le Père nous sommes un, X, 30; XVII, 11, 21. L'expression : Xe'Yw &[jiïv, dix-neuf fois répétée, ainsi que d'autres, sont particulières aux discours du Seigneur.

D'ailleurs, on ne peut s'étonner qu'il existe une certaine uniformité de langue dans les diverses parties de l'écrit, puisque les discours du Seigneur sont des traductions del'araméen en grec, traduction qui a pu être faite par l'auteur des récits. Enfin, nous admettons une influence de l'auteur sur la rédaction des discours, influence qui se trahit surtout par l'uniformité de la langue.

Cette première objection est, croit-on, corroborée par ce fciitque, dans le IV"^^ évangile, Jean-Baptiste parle de la même manière que Jésus, émet les mêmes enseignements que celui-ci ; ces mêmes ressemblances peuvent être relevées aussi entre les discours du IV'" évangile et la première épître de Jean. Ainsi, Jean-Baptiste

dira : Celui qui vient, du ciel rend témoignage de ce qu'il a vu et entendu, mais nul ne reçoit son témoignage, III, 32. Or, Jésus avait dit, III, 11 : Nous rendons témoignage de ce que nous avons vu, mais vous ne recevez pas notre témoignage. Comment Jean-Baptiste aurait-il connu cette parole, que le Seigneur avait dite dans un entretien avec Nicodème? Cf. encore III, 36 et III, 16, 18.

Observons d'abord qu'aucune des paroles de Jean- Baptiste que rapporte le IV* évangile n'est en opposition avec ce que les synoptiques racontent du Baptiste. Ainsi, est-ce que celui qui a entendu une voix du ciel, disant : Tu es mon Fils, le bien-aimc, en qui je me complais, Me. T, 11, n'a pas pu dire, Jn. III, 35 : Le Père aime le Fils et il a mis toutes choses entre ses mains? Après avoir vu l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe sur Jésus, Me. I, 10. Jean n'a-t-il pas pu dire : Car celui que Dieu a envoyé parle le langage de Dieu ; car Dieu no donne pas l'Esprit avec mesure? III, 34, Quant aux paroles de Jean-Baptiste qui rappelleraient une parole de Jésus à Nicodème, elles peuvent s'expliquer par le contexte sans qu'on soit obligé dtî supposer qu'il y a là une répétition d'une parole du Seigneur.

Pour ce qui est de l'uniformité de la langue, identique dans les récits du IV" évangile et dans les discours do Jean-Baptiste, ou d'autres interlocuteurs de Jésus, nous roptUerons l'observation déjà faite, à savoir que les discours ont été traduits de l'araméen par l'écrivain du IV' évangile. Quant aux idées qui seraient

aussi identiques, il ne pouvait guère en être autrement, puisque l'évangéliste choisissait dans les discours de ses personnages surtout celles qui s'adaptaient à son but et à la démonstration qu'il voulait faire de la messianité et de la divinité de Jésus.

En second lieu, nous ne contesterons pas que la Tépître de Jean est écrite dans la même langue que le IV" évangile et qu'elle reproduit des idées que nous trouvons dans les discours du Seigneur. Cette dernière observation prouve que l'apôtre était fortement imprégné des idées de son maître et qu'il les répétait avec complaisance. Son épître est en fait un tissu de sentences, qui proviennent de la prédication du Seigneur ou des entretiens de Jésus avec ses disciples. Mais quelle différence entre l'exposé traînant de l'épître, la répétition indéfinie des mêmes idées qu'on y constate, et l'exposé nerveux, rapide du IV" évangile, la richesse des enseignements qu'il contient! On peut relever aussi dans lépître des expressions : èxtou ôeoù Y^Y^vv/iTat. III, 9- IV 7; xpi^i^aàTrà toïï àyiov, H, 20; TcapaxXriTOç, II, 1, épithète appliquée à Jésus, toutes inconnues à l'évangile, lequel ne connaît pas non plus les doctrines principales de l'épître : la valeur expiatoire de la mort de Jésus, I, 7, 9; II, 2; IV, 10; la venue de l'Antichrist, II, 18, 22; l'attente du retour du Seigneur, II, 18, 28; III. 2.

On va plus loin et on affirme que l'évangéliste attribue au Seigneur ses propres doctrines ; en d'autres termes, qu'il n'y a aucune différence entre les doctrines des discours et celles qui sont particulières à l'écrivain du IV^ évangile. Cette observation ne peut s'appuyer

■z3i HISTOIRE DES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT.

sur des faits bien déterminés, puisque nous ignorons quelles étaient les doctrines particulières de Tévangéliste. Il serait plus exact de dire que l'cvangéliste a fait siennes les doctrines de son maître. Cependant, pour autant que nous distinguons ce qui lui appartient, nous constatons quil a d'ordinaire séparé ses reflexions ou ses doctrines de celles du Seigneur. Ainsi, VI, 64, il explique des paroles de Jésus : Jésus savait depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas. Et, II, 21 : 11 parlait du temple de son corps. Cf. VII, 39. Il fait des réflexions sur les événements qu'il raconte : Car ses frères eux-mêmes ne croyaient pas en lui, VII, 5. Quoiqu'il eût fait tant de miracles en leur présence, les Juifs ne croyaient pas en lui, XII, 37. Cf. XI, 51 ; XII, 43 ; XIX. 36, 37 ; VII, 30.

Nous avons vu dans le prologue de l'évangile un morceau qui émane certainement de l'auteur et qui peut nous indiquer quelques-unes des doctrines particulières de celui-ci. Or, on relève entre ce prologue et les discours du Seigneur des dilTérences très caractéristiques. Nous avons déjà signalé les difl'érences linguistiques. 11 snfllra donc de remarquer ce fait que le conce|)t, si parliculier, exprimé dans le prologue par le terme Xdyoç, Verbe, étant en Dieu dès le commencement, se retrouve, il est vrai, à un certain degré, dans les discours du Seigneur, quand celui-ci aflirme sa préexistence, VMI, .")S ; XVII, 5, mais que jamais J(''sus n'emploie le terme 6 Xô^oç dans ce sens-là. Pour lui. 6 Xôyo; signifie parole ou enseignement, V, 24 ; VIII, 31, 37, 43, .M, 52; XIV, 23, 24; XV, 3, 20. Si donc l'auteur avait

parlé par la bouche du Seigneur, il lui aurait certainement l'ait employer ce terme ô Xôyo; dans le sens de Verbe de Dieu. Jésus qui a parlé de la parole de Dieu, ôXoyoçToî! Oeoti, X, 35, aurait, comme le prologue, affirmé qu'il était lui-même celle Parole. Son raisonnement eût été concluant. Or, il n'en a rien fait.

En outre, on ne retrouve pas dans les discours du Seigneur certaines idées du prologue que l'on devait s'attendre à y rencontrer, telle que celle du Logos créateur, lumière qui a brille dans les ténèbres, qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il y aurait même, d'après Reuss, entre le prologue et les discours du IV'' évangile, des différences doctrinales. Ainsi, ceuxci affirment la subordination du Fils au Père, tandis que celui-là enseigne leur parfaite égalité. Remarquons cependant que cette observation n'est pas fondée, car la subordination qu'enseignent les discours est simplement celle d'un Fils à son Père, ce qui n'exclut pas l'égalité de nature, mais l'établit au contraire.

On observe encore que les discours du IV évangile ont divers caractères qui ne permettent pas de les croire authentiques. Ils présentent presque tous le même procédé de composition, procédé qui repose sur une suite d'équivoques et de malentendus. Jésus émet d'abord une proposition qui, sous forme sensible, énonce une vérité d'ordre spirituel ; les interlocuteurs de Jésus la comprennent au sens littéral et matériel. Jésus reprend sa pensée et l'explique ; de nouveau, elle est mal comprise, et le dialogue continue de la même façon jusqu'à ce que Jésus expose sa pensée dans toute sa plénitude. Ainsi en est-il

lors de l'entretien avec Nicodème,avecla Samaritaine, avec la foule qui se rassemble autour de Jésus le lendemain de la multiplication des pains, avec les Juifs à Jérusalem. Cf. II. 20; III, 4, 9; IV, 11, 15, 33; VI, 28, 31, 34, 52 ; VII, 27, 35 ; VIII, 19, 22, 33, 39, 41, 52, 57 ; IX, 40; XI, 12; XIV, 5, 8, 22; XVI, 29. Les choses n'ont pas pu se passer ainsi, car ce serait supposer chez les interlocuteurs de Jésus une stupidité anormale, et aussi chez Notre-Seigneur un parti pris de tendre des pièges à ses interlocuteurs.

Ce procédé d'exposition peut sembler étrange et, cependant, il répond tout de même à la réalité des faits. Il suppose chez les interlocuteurs de Jésus simplement une inaptitude à sortir des réalités terrestres pour s'élever aux idées supra-sensibles. Or, est-ce qu'il ne devait pas en être ainsi chez un peuple, et même chez tout peuple, dont l'horizon était borné aux choses ordinaires de la vie? Nous en avons la preuve dans les évangiles synoptiques. Les disciples que Jésus avait choisis, à qui il avait prodigué ses leçons, montrent qu'ils n'ont à peu près rien compris aux enseignements de leur Maître, et celui-ci leur reproche leur inintelligence, Le. XXIV, 25; Me. VIII, 17, 18, Jésus leur avait dit : Gardez-vous du levain des pharisiens. Les disciples crurent que Jésus faisait allusion à l'oubli qu'ils avaient commis de prendre du pain, VIII, 10. C'est un malentendu analogue à ceux qu'on relève dans le IV* évangile. Et si les apôtres ne comprenaient pas les paroles figurées de leur Maître, pourquoi trouver étonnant que des interloculcurs passagers du Seigneur, Nicodème, la Samari-

taine, les Juifs n'aient pas compris des paroles de même nature? En fait, ce qui constitue la valeur de cette observation, ce n'est pas le procédé lui-même, mais la répétition du procédé. Mais rien n'empêche de croire que les entretiens du Seigneur ne se présentaient pas tous sous cette forme, et que l'évangéliste a choisi surtout ceux qui offraient une sorte d'argumentation par contraste. Car on ne peut contester que ces dialogues ont dû se développer ainsi.

Si l'on examine, en effet, ces conversations, on les trouvera très naturelles, très vivantes; et même, à y regarder de près, on reconnaîtra que les paroles du Seigneur pouvaient parfaitement être comprises comme l'ont fait les interlocuteurs. On avouera aussi que les interruptions des Juifs répondaient bien aux circonstances et cadraient exactement avec leur mentalité connue et les idées contemporaines. Ainsi en est-il pour les paroles suivantes : Nous sommes de la race d'Abraham, et nous n'avons jamais servi personne, VIII, 33. Es-tu donc plus grand que notre père Abraham? VIll, 53. Le Christ vient-il donc de Galilée? Ne vient-il pas de Bethléem? VII, 41, 42. Quand le Christ viendra, personne ne saura d'où il vient, Vil, 27. Comment peut-il nous donner sa chair à manger? VI, 52. Et cette parole des Juifs n'est-elle pas d'une logique exacte : « Celui-ci n'est-il pas Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère? Comment donc dit-il : Je suis descendu du ciel? » VI, 42. De plus, vers la fin du discours de Jésus à ses disciples, il y a un dialogue que n'aurait pu inventer un écrivain du ne siècle, parce que

toutes les questions qui y sont posées avaient été résolues par les événements. Comment aurait-il pu écrire sincèrement : Nous ne savons où tu vas et comment en connaîtrions-nous le chemin '(* XIV, 5. Qu'est-ce qu'il veut dire : Un pou de temps et vous ne me verrez plus; et de nouveau un peu de temps et vous me verrez ? Nous ne savons ce que cela veut dire, XVI, 17, 18.

Nous ne croyons donc pas nécessaire de voir avec Reuss ' dans ces personnages mis en scène « des types représentant diverses classes d'homme, toutes conviées à la communion du Seigneur, mais toutes également incapables de comprendre cet appel au moyen de leur intelligence naturelle et mondaine... Pas une de ces objections qu'ils présentent ici n'appartient à l'histoire; elles appartiennent toutes à la forme de la rédaction ; elles sont tout simplement un moyen rhétorique ou dialectique pour un auteur qui n'en avait pas beaucoup à sa disposition. Il voulait opposer la doctrine évangélique, cette doctrine si sublime, si spirituelle, à l'esprit et aux conceptions du monde qui, dans son grossier matérialisme, n'arrive point à en sonder les profondeurs. »

On insiste et on reproche encore aux discours du I Y" évangile leur obscurité et leur monotonie. Au lieu de « s'abaisser, dit Ucuss -', au niveau de l'intelligence du commun peuple, do manière à l'élever, à l'écUiirer, en ]>uisaiit ses Icrons dans l'expérience, en les rattachant aux c'oncej)lions traditionnelles, comme nous le lui

1. Ilisl. tif lu lln'-oliiyie c/ir. au .tiVc/r (tjioslolii/tic l. Il, p. 'il.'i, 4lt, •i. Thtfvloyie Johanniijue, \t. 51, Paris, INTÎK

voyons faire à chaque page des autres récits, on dirait qu'ici Jésus tient à parler en énigmes, à planer toujours dans les régions supérieures, inaccessibles à l'entendement du vulgaire. Est-ce bien ainsi qu'il a enseigné? Estce un pareil enseignement qui a pu attirer et captiver la Coule, gagner les cœurs, faire naître cette foi enthousiaste (jui a survécu à la catastrophe du Golgotha? » Bref, le Christ johannique n'était pas compris de ses auditeurs, et souvent même ils manifestaient leur étonnement de cet enseignement.

En soutenant Tauthenticilé des discours du IV* évangile, nous ne prétendons pas que Jésus ait constamment parlé comme il le fait dans le IV'' évangile. Nous croyons qu'à la masse populaire il a présenté ses enseignements tels que nous les ont conservés les synoptiques. Mais lorsqu'il a eu à discuter avec des pharisiens, des scribes, avec des gens habitués à la casuistique rabbinique, il s'est adapté à leur manière ordinaire de parler. D'un côté donc nous avons, suivant la différence du public, un enseignement populaire; de l'autre, une discussion théologique. Et d'ailleurs, ces paroles du Seigneur, d'une si haute portée religieuse, si on les pénètre jusque dans leur profondeur, sont, d'ordinaire, présentées sous une forme simple et peuvent être comprises dans leur sens premier. Quel que soit le peu d'intelligence qu'ont montré les apôtres en certaines circonstances, ils devaient comprendre les derniers discours de leur Maître et la preuve c'est que, lorsqu'ils ne comprenaient pas, ils demandaient des explications, XVI, 17.

D'autres interlocuteurs de Jésus ont compris ses en-

seignements : Nicodème qui demande qu'on entende Jésus avant de le condamner, YII, 50, 51 ; les Samaritains qui déclarent savoir par les paroles de Jésus qu'il est le Sauveur du monde, IV. 39; Simon Pierre qui déclare que lui et ses compagnons ont connu que Jésus était le Christ, Fils de Dieu, VI, 70 ; les Juifs qui crurent en lui, VII, 40, 41 ; VIII, 30, 31. Ceux qui voulaient tuer Jésus, le comprenaient, X, 32, 33. Enfin, on reconnaîtra qu'il y a aussi dans les synoptiques des discussions de casuistique légale, qui devaient peu intéresser les foules. D'autre part, avons-nous déjà dit, il est aussi quelques passages des synoptiques, rappelant que Jésus n'a pas été compris de ses auditeurs. Me. VI, 52; VIII, 17, 21; IX, 32; Le. XXVIII, 34; IX, 45. En fait, saint Jean poursuivait un but et, redisons-le encore, il n'a conservé que les paroles du Seigneur, qui faisaient ressortir la divinité et l'union du Fils avec le Père pour promouvoir la foi qui sauvera celui qui croira.

Quant à l'opinion de Sabatier et do Jiilicher, soutenant qu'il n'y a dans tout l'évangile qu'un seul discours, et à celle de Reuss, qui en découvre deux, nous les trouvons démenties par la thèse que présente chacun des discours. Dans le discours à Nicodème, il est question de la nature spirituelle du royaume de Dieu; dans l'entretien avec la Samaritaine, de la spiritualité de Dieu et de l'universalité du culte do Dieu en esprit et en vérité ; dans le discours aux Juifs de Jérusalem, de la communauté d'action entre le Père et le Fils; dans le discours après la multiplication des pains, de Jésus, nourriture spirituelle du croyant; plus tard, de Jésus, lumière du monde, rr-

surrection et vie ; dans les discours aux disciples, de l'union du Père avec le Fils et des croyants avec le Père •*t le Fils. Il n'est pas un seul des discours du Seigneur, <|ui n'exprime une idée nouvelle.

Il est tout aussi inexact de soutenir que les personnages sont des types représentatifs d'une idée. Qu'ils lient été choisis en particulier pour présenter cette idée aux lecteurs, nous l'admettons, mais cela ne prouve pas qu'ils soient de pures entités, des êtres d'imagination. Ils sont, au contraire, bien vivants et très distincts les uns des autres. Il est difficile de croire que Jean- Baptiste, la Samaritaine, Marthe et Marie soient des abstractions.

On s'est demandé aussi comment l'évangéliste a pu rapporter les conversations qu'il n'avait pas entendues, telles que celle avec Nicodème; à la rigueur cependant on peut penser que celui-ci l'a répétée. Mais la conversation avec la Samaritaine, qui a pu la répéter à l'évangéliste, et surtout qui a rapporté le colloque avec Pilate, XYllI, 33-38, lequel eut lieu dans le prétoire où les Juifs n'étaient pas? V, 38. Cet entretien a-t-il été rapporté par un des gardes? En fait, nous ne savons rien à ce sujet, et toute conjecture serait vaine.

On fait remarquer encore qu'il était impossible à un homme de retenir les longs discours que nous lisons dans le IV« évangile et cela d'autant plus que ces discours sont de nature très abstraite, et expriment des doctrines d'une haute portée théologique. Cette observation serait juste si l'on soutenait que le I V"= évangile reproduit littéralement les paroles du Seigneur ; elle

l'est beaucoup moins si l'on croit qu'il ne nous en donni que la substance. Nous aurons à examiner ce qu'il fau penser à ce sujet. En tout cas, on ne voit pas pourquo Jean n'aurait pas retenu les paroles de son Maître, qu étaient lobjet de sa méditation journalière et qu'i devait d'autant plus s'efforcer de pénétrer et de con server dans sa mémoire qu'elles étaient plus difficiles ; comprendre. Pourquoi d'ailleurs refuser de suppose) que Jean a gardé par écrit quelques-unes des parole; du Seigneur? Nous ne voulons pas dire que Jean, le calame à la main, prenait des notes quand son Maître parlait, mais pourquoi n'aurait-il pas, plus tard, tenté de conserver par l'écriture les sentences qui l'avaienl le plus frappé? La forme aphoristique des paroles di Seigneur s'expliquerait bien par ce procédé. Rien d'ailleurs ne nous oblige à croire que Jean a écrit son évangile vers la fin de sa vie. De plus, les enseignements de son Maître étaient le fond de sa prédication ; il les a répétés souvent et ainsi il en renouvelait chaque jour le souvenir. Nous verrons enfin que tous les discours du IV^" évangile roulent autour d'une idée directrice, qui pouvait servir de centre et de point d'appui ou de repère à la mémoire de l'écrivain. Enfin et surtout, il est probable que nous n'avons dans le IV'" évangilequ'une assez petite partie des parolesdu Seigneur et, par suite, que Jean n'a répété que ce dont il se souvenait. Ainsi, le dernier entretien d(; Jésus avec ses disciples a duré certainement plusieurs heures. Or, si on lit de suite, et sans interruption, cet entretien dans les ch, XIll-XVII, la lecture durera un peu plus d'une

heure. On peut donc supposer que récrivain n'a rapporté qu'une partie des paroles du Seigneur, à savoir, celles dont il avait gardé mémoire ou qui l'avaient le plus frappé. Il est facile de voir, d'ailleurs, qu'il y a des lacunes dans la suite des discours; les idées se suivent assez souvent sans s'enchaîner. On a un certain développement autour d'une pensée; puis on passe à une autre, sans qu'il y ait liaison apparente entre les deux idées. Quelquefois même les interlocuteurs sont changés sans que l'on en soit averti par quoi que ce soit. Ainsi, m, ir , Jésus parle à Nicodème, puis 11*" ss., il s'adresse à tous les hommes.

On objecte surtout les différences profondes, tant dans la forme que pour le fond, qui existent entre les discours du Seigneur que reproduisent les synoptiques et ceux que présente le IV* évangile. Les discours des premiers sont simples, populaires, pratiques, à la jtorléc des foules, émaillés de sentences brèves, nettement exprimées, quelquefois même paradoxales, et donc faciles à retenir, tandis que ceux du IV'' évangile sont profonds, métaphysiques, d'une haute portée dogmatique, intelligibles seulement à des esprits préparés par une culture religieuse et philosophique. L'enseignement en paraboles n'existe plus dans le IV- évangile. Les doctrines principales qu'enseigne Jésus dans les évangiles synoptiques : le royaume de Dieu, les fins dernières, fin du monde, retour de Jésus, juge de 1 humanité, ne se retrouvent pas dans le IV" évangile qui en présente d'autres inconnues aux synoptiques : préexistence divine de Jésus, incarnation du Verbe en

Jésus. Les conditions du salut sont même changées : dans les synoptiques, il est parlé de la justice du royaume, c'est-à-dire des vertus morales que le fidèle doit pratiquer ; dans le IV* évangile, la condition de la vie éternelle c'est l'union à Jésus par la foi.

Nous reconnaissons d'abord que les paroles de Jésus sont simples, populaires dans les synoptiques et, à un certain degré, ont une portée mystique ou métaphysique dans le IV*" évangile. Ainsi que nous l'avons dit, cette différence de tenue s'explique par la diversité des sujets traités et surtout des interlocuteurs. On ne peut en conclure qu'il y a là une impossibilité psychologique, que le même personnage n'a pas pu prononcer les discours des synoptiques et ceux du IV" évangile. Un puissant esprit peut savoir s'adapter à ses auditeurs et leur parler simplement dans le langage populaire, lorsqu'il s'adresse à des foules, et, au contraire, (^xposer les plus hautes spéculations métaphysiques ou mystiques, quand il discute avec des docteurs. Or, toile a été la position de Jésus. 11 a eu des rapports avec les foules de Galilée et avec les scribes et les pharisiens de Jérusalem. Or, de même (ju'on ne comprendrait pas qu'il (îxposât aux foules les mystères les plus profonds de sa personnalité, de même on ne comprendrait pas qu'il les exposât aux scribes dans le langage des synoptiques. La forme des deux côtés a donc été adaptée aux sujets traités et aux auditeurs. D'ailleurs, si on y regardait de i)lus près, les différences ne sont pas aussi profondes qu'elles lo paraissent. H y a une certaine ressemblance extérieure entre les paroles de Jésus

dans les synoptiques et dans le IV*" évangile. Ainsi quf nous le montrerons plus tard, nous retrouvons dans le IV'^ évangile ces sentences du Seigneur, brèves et bien frappées, aphoristiques, si caractéristiques des discours des synoptiques. On peut en compter un très grand nombre.

Les paraboles sont absentes, il est vrai, du IV* évangile, mais on a pour les remplacer les allégories du bon pasteur, de la porte, de la vigne, du cep et des sarments. On a même quelques sentences qui contiennent le germe d'une parabole : Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit, mais tu ignores d'où il vient et où il va, 111, 8. Quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient pas à la lumière, afin que ses œuvres ne soient pas blâmées, III, 20. Inversement, on trouvera dans les discours des synoptiques des sentences qui rappellent la couleur mystique du IV*" évangile. Mt. V, 6 : Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés, que l'on peut comparer à Jn. VII, 37 : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi; à IV, 14 : Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif, ou à VI, 57 : Celui qui me mange vivra par moi. Cf. Mt. X, 40 = Jn. XIII, 20; Mt. X, 39 = Jn. XII, 25 ; Mt. XII, 8 = Jn. V, 16 ; Mt. XVI, 6-12 = Jn. VI, 27.

Nous avons reconnu que les doctrines enseignées dans le IV" évangile n'étaient pas celles qu'on trouve d'ordinaire dans les synoptiques, remarquons cependant qu'on retrouve à un certain degré chez les uns et les autres les mêmes doctrines caractéristiques; en

d'autres termes, que les enseignements des synopti quesne sont pas inconnus au IV" évangile et vice-versa Ainsi, l'expression : le royaume de Dieu, pacriXeia tou 0eoî; ne se rencontre que deux fois dans le IV* évangile : 1 moins de naître d'en haut, dit Jésus à Nicodème, on n peut pas voir le royaume de Dieu... à moins de naîtr de l'eau et de l'Esprit on ne peut entrer dans leroyaum de Dieu, III, 3, 5. Ces deux sentences prouvent qu cette idée du royaume de Dieu n'était pas inconnue l'écrivain du IV'' évangile. Mais il préfère employé l'expression: la vie, Xfa^^ la vie éternelle, Cw^i «îwvioç, qi exprime une idée analogue. Pour saint Jean, le royaum de Dieu, c'est la vie en Jésus par la foi ici-bas et dan l'éternité.

Les enseignements sur les fins dernières, sur le re tour de Jésus, ne font pas dans le IV" évangile l'objc d'un discours spécial comme dans les synoptiques mais on en retrouve l'idée à diverses reprises : Et quan jo m'en serai allé, dira Jésus à ses apôtres, et que j vous fiurai préparé une place, je reviendrai et je vou prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous soye également, XIV, 3. Ne pensez pas que je vous accus auprès de mon Père ; il est quoiqu'un qui vous accuse Moïse, V, 45. Le Père a donné au Fils le pouvoir d juger, parce qu'il est Fils d'homme. Ne vous en éton nez pas, parce que le moment vient où tous ceux qi sont dans le tombeau entendront sa voix et sortiront ceux qui auront fait le bien, pour la résurrection do 1 vie; ceux qui auront fait le mal, pour la résurrection d jugement, V, 27-29. A quatre reprises différentes, Jésu

afTirme qu'il ressuscitera le croyant au dernier jour : Afin que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour, VI, 40. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour, VI, 54. Cf. VI, 39, 44. Si le IV'' évangile ne retrace pas le tableau des événements des derniers jours, on reconnaîtra qu'il dit ce qui est essentiel.

Et, de même, les doctrines caractéristiques du IV' évangile se retrouvent dans les synoptiques. La préexistence divine de Jésus est nettement affirmée par le IV" évangile. Et si vous voyiez le Fils de l'homme monter là où il était auparavant, VI, 62. En vérité, en vérité, je vous dis, avant qu'Abraham fût, je suis, VllI. 58. Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j'avais auprès de toi avani que le monde fût, XVII, 5. Ces doctrines enseignées, aussi, nettement par saint Paul : (Jésus-Christ), qui est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature; parce que, en lui, ont été créées toutes choses, tout est par lui et pour lui; tout subsiste en lui. Col. I, 15-17, étaient en germe dans les évangiles synoptiques. Ils affirment en effet la filiation divine et la messianité de Jésus, ce qui implique sa préexistence. Celui-ci appelle Dieu « mon Père », Mt. X, 33; XI, 27. etc., et il établit entre lui et Dieu une relation filiale absolue, toute différente de celle qui existe entre Dieu et les hommes. Elle ressort aussi de cette parole du Seigneur : Si David appelle le Christ son Seigneur, comment est-il son fils? Mt. XXII, 45.

îl est inexact enfin d'affirmer que les conditions du salut ne sont pas les mêmes dans le IV'' évangile que dans les synoptiques, parce que dans celui-là il est tout entier dans la foi en Jésus. En fait, il en est de même dans les synoptiques. Si, dans le TV'" évangile, Jésus a dit : Quiconque me reçoit reçoit celui qui m'a envoyé, III, 20, il a dit exactement les mêmes paroles dans Mt, X, 40. Dans les synoptiques Jésus affirme qu'il avouera devant son Père celui qui l'aura avoué devant les hommes, Mt. X, 32; Me. VIII, 38. Celui qui aura perdu son âme à cause de lui la retrouvera, Mt. X, 39; Le. IX, 54. Celui qui aspire à la perfection devra le suivre. Mt. XX, 21; Le. IX, 23. Cf. Mt. X, 37,38; XI, 28-30; Le. X, 16. « En définitive, fait remarquer Godet V la position centrale qu'occupe la personne du Christ dans l'enseignement johannique lui est tout aussi décidément attribuée dans celui des trois premiers évangiles. Les préceptes moraux que donne Jésus dans ceux-ci sont mis en relation intime avec sa propre personne, et parmi les. devoirs de la vie humaine celui qui prime tous les autres est chez eux comme chez Jean la foi au Christ, condition indispensable du salut. »

En résumé, chacun des évangiles, les synoptiques tout aussi bien que le IV" évangile, insiste plus spécialement sur quelques enseignements, mais ce qui est caractéristique des synoptiques se retrouve à un certain degré dans le IV" évangile, et inversement.

I. Com. »ur l'Év. de aainl Jean, t. 1, p. lui, Neucliatel. i902.

Nous tenons pour justes les observations qu'a faites Reuss' sur les discours du IV" évangile : « Jésus avait l'habitude de profiter de toutes les occasions pour ramener les esprits à des considérations d'un ordre plus élevé et sous sa main les premiers objets que le hasard lui offrait, servaient alors de point d'appui palpable pour les intelligences les moins exercées. Cette élévation même des idées doit être la garantie de leur authenticité. Partout l'histoire atteste la distance qui séparait les disciples du maître, les peines infinies qu'ils avaient à comprendre sa pensée, à suivre son regard dans l'avenir. Il sera difficile d'attribuer à l'un d'eux des conceptions aussi pures que celles qui distinguent le IV* évangile. Certes, qu'il ait été philosophe, helléniste ou pêcheur galiléen, si cette eschatologie si complètement dégagée du judaïsme, si cette idée spirituelle du miracle, si cette profondeur du sentiment religieux lui appartient en propre comme à son auteur, et ne lui vient pas de la bouche de Jésus, le disciple est plus grand que le Maître. Nous le verrons, parlant de son propre fonds, s'appuyer sur des opinions populaires, se méprendre sur le sens et la portée de certaines paroles du Seigneur, descendre dans une sphère inférieure pour les conceptions théologiques, et nous donner ainsi par le contraste même la mesure de la grandeur de l'idéal. V, 4 ; 11, 21 ; Vil . 39; XI, 51. » Cf. surtout les épîtres de Jean et l'Apocalypse avec les discours du IV* évangile.

1. Histoire de la th. chrét, au siècle apostolique, t. Il, p. 404.

2. Après avoir montre qu'il n'y a aucune raison plausible qui permette de soutenir que les discours du Seigneur rapportés par le IV" évangile ne sont pas authentiques, nous pouvons aller plus loin et affirmer qu'ils sont authentiques, parce que nous y retrouvons, ainsi que nous l'avons déjà montré, des doctrines du Seigneur que nous ont conservées les synoptiques, et, même, un bon nombre de sentences du Seigneur qui étaient déjà dans les autres évangiles. Cette authenticité est corroborée par ce fait qu'il y a identité de doctrines entre ces discours du IV" évangile et les épîtres paulinicnnes.

Nous relèverons tout d'abord des sentences du Seigneur qui sont textuellement identiques dans le IV" évangile et dans les synoptiques.

Jn. II, 19. Jésus leur répondit : Détruisez ce temple et je le relèverai en trois jours.

IV, il. Car .Jésus lui-niénie avait déclaré qu'un prophète n'est pas honoré dans sa patrie.

V, 8. Jé'susiui dit : I.èvc-toi, prends ton grabat et marche.

VI, x'O. C'est moi, n'ayez pas l^eur.

XII, 8. Car vous avez toujours des pauvres avec vous, mais moi vous ne m'avez pas

10UJ0UI"8.

Mt. XXVI, 61; XXVII, 10.

Celui-ci a dit : .le puis déli'uirc le temple de Dieu et le rebâtir en trois jours; Me. XIV, 58; XV, 29.

Le. IV, 21. En véi'ité je vous déclare que nul prophète n'est bien rceu dans sa patrie ; Mt, XIU, :)7; Me. VI, 4. Lo;/in de Hehnesa.

Mt. IX. (>. Lève-toi, prendj ton lit et va-t'en dans ta mai son; Me. II, 9; Le. V, 21.

Mt. XIV, 27. C'est moi, n'ayez pas peur; Me. VI, r»()

Mt. XXVI, 11. Car vous aveJ toujours des pauvres avec vous, mais moi vous ne m'avez pas to\ijours ; Me. XIV, 7,

' XII, 2.'). Celui qui aime son L àine (vie) la perdra et celui qui hait son àme (vie) en ce monde la consei'vera en la vie éternelle.

XII, 27. Maintenant mon àme est troublée,

XIII, 10. En vérité, en vérité, je vous dis, un serviteur n'est pas plus grand que son maître.

XIII, 20. Quiconque reçoit celui que j'ai onvojé me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé.

XIII, 21. En vérité, en vérité, je vous dis, un de vous me l l'ail ira.

XIII, 38. En vérité, en vérité, je te dis, le coq ne chantera point que tu ne m'aies renié trois fois,

XIV, 31. Levez- vous, partons d'ici !

XVIII, 11. Remets l'épée dans le fourreau.

XVIII, 20. J'ai toujoui-s enseigné dans la synagogue et dans le temple.

XVIII, 37. Alors Pilate lui dit : Donc, tu es roi. Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi.

Mt. X, 39. Celui qui aura trouvé son àme (vie) la perdra, et celui qui aura perdu son àme (vie) à cause de moi la trouvera: XVI, 25; Me. VIII, 35; Le, LX, 21; XVII. 33.

Mr, XXVI, 38, Mon âme est triste jusqu'à la mort; Me.

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