‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 96 sur 118 · Slétone, Domilien,i · texte numérisé non relu

Slétone, Domilien,i

3i4 HISTOIRE DES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT.

et religieux, de ce monstre à deux cornes ^ Ce qui reste inexpliqué ce sont les prodiges qu'opère cette Bête : descente sur la terre du feu du ciel, statue parlante, A quoi l'auteur fait-il allusion? Probablement à des faits contemporains que nous ignorons.

2" Milieu historique. L'auteur de l'Apocalypse s'est souvenu d'événements qui se sont passés de son temps et qui lui ont fourni de grandioses images, L'Asie fut, en effet, à cette époque, le théâtre de phénomènes naturels, bien propres à frapper l'imagination d'un écrivain habitué à voir, ainsi que les anciens prophètes, dans les catastrophes de la nature, un symbole ou un effet de la colère de Dieu. Au premier siècle le sol de l'Asie trembla souvent. Au dire de Strabon 2, Philadelphie était une ville « pleine de tremblements de terre »» Dans cette région, à laquelle on donna le nom caractéristique de xaTaxexauuévY), brûlée, la terre était dans un perpétuel ébranlement. En l'an 17, douze villes furent détruites en une nuit. En l'an GO, Colosses et Laodicée subirent le même sort. A peine les villes étaient-elles relevées deleurs ruines qu'un tremblement de terre les abattait de nouveau. D'ailleurs, la nature caverneuse du sol, les eaux chaudes qui y abondent et les vapeurs empoisonnées qui s'en dégagent, indiquent la présence de ces feux souterrains qui, de temps en loinps, se manifestent par une explosion extérieure^.

1. niMSAV, The Lvtlcrs lo the scvcn Churchcs of Asia, p. 94 el OK, Undon, i\m.

i. Mil, 10, .'». l.iuiiTKooT, .S7, I'uuI'h Ej/iatle tothc Colosaians, p, 3, l.onilon, i»'.H.

En 63, 68, 69, les orages furent terribles; en 79, le Vésuve entra en éruption et détruisit les villes qui l'environnaient. Au nord-ouest de Naples, les champs phlégréens offraient leurs sources thermales, leurs miasmes sulfureux et quelquefois des vapeurs enflammées. Sous l'empereur Claude , la famine désola le monde romain et elle sévit encore plusieurs fois en Palestine. L'auteur de l'Apocalypse s'est souvenu de tout cela et nous en trouvons des traces dans son écrit.

L'état politique de l'empire n'était pas moins troublé que la nature. A Rome, les empereurs se succédaient rapidement et la plupart périssaient de mort violente. Divers compétiteurs se disputaient le pouvoir , les armes à la main ; l'empire était un véritable champ de carnage. D'autre part, la jeune Église chrétienne avait eu à subir de nombreuses tribulations. A Jérusalem et en Palestine, elle avait été en butte aux persécutions dos Juifs. Ceux-ci même l'avaient poursuivie de leur haine partout où elle s'était établie. A Rome, déjà au temps de Claude, confondus avec les Juifs, les chrétiens avaient été chassés de la ville. Néron se livra sur la communauté chrétienne de Rome aux plus sauvages excès ; il fit égorger, brûler, jeter aux bètes, tous les fidèles de Rome. Il les soumit aux tortures les plus infâmes que puisse inventer une imagination dépravée. Il est à croire que cette persécution eut sa répercussion dans les provinces. Si elle ne fut pas toujours sanglante, elle se traduisit par mille tracasseries, et nous pouvons croire que, dans les villes d'Asie, on

obligeait les chrétiens à participer au culte de l'empereur et à recevoir par là une sorte de marque. Ceux qui refusaient étaient probablement exclus des avantages et des privilèges delà commune. C'est sans doute ce qu'a voulu rappeler l'auteur de l'Apocalypse, quand il dit que la Bête, montée de la terre, fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, hommes libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front, et que personne ne pût ni acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la Bête ou le nombre de son nom.

Bientôt, d'ailleurs, la persécution, qui s'était plus ou moins apaisée sous les premiers Flaviens, revint, ainsi que nous l'avons déjà dit, à ses premières violences sous Domitien, lequel, plus que ses prédécesseurs, affirma sa divinité. D'après Suétone, ses ordres commençaient ainsi : Dominus et Deus noster hoc ficri jubet ; Notre-Seigneur et Dieu ordonne que cela soit fait. Et tous ceux qui refusaient d'adorer le divin empereur étaient poursuivis et condamnés pour crime d'impiété. Domitien, nous dit Eusèbe \ montra une grande cruauté; il finit par se montrer le successeur de Néron dans sa haine et sa lutte contre Dieu. C'est de son temps que saint Jean fut exilé ù Patmos, à cause du témoignage qu'il avait rendu à Jésus-(]hrist. Les fidèles eurent aussi à souffrir des persécutions ouvertes ou cachées de la part des Juifs, obstinés h no pas vouh)ir reconnaître Jésus comme le

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