Le quatrième Évangile, Paris
non pas précisément dogmatique. L'auteur veut confirmer pratiquement le chrétien dans la foi, laquelle est l'adhésion de lame tout entière au Christ, la vie de l'âme dans le Christ, conçu comme Verbe incarné, principe de régénération spirituelle, aliment de vie surnaturelle. Les idées johanniques ne sont que la forme intellectuelle de cette foi qui, dans son fond, est l'union mystique du Christ et du fidèle, l'inhabitation du Christ dans le croyant et du croyant dans le Christ (p. 94).' Dans cet évangile on trouve non seulement la pensée de Jésus, mais aussi tout le mouvement, qui s'est opéré dans la pensée chrétienne depuis Jésus jusqu'au temps où l'auteur anonyme écrivait. L'œuvre est puissamment une et tous les emprunts faits aux doctrines ambiantes sont complètement assimilés. Le P. Calmes ^ maintint l'origine johannique du IV'' évangile, mais d'une façon médiate seulement. Il faut chercher la source principale de l'évangile dans cet enseignement oral qui, vers la fin du i'^'' siècle, florissait en Asie Mineure et dont l'apôtre saint Jean fut l'âme. L'apôtre bien-aimé recueillant ses souvenirs personnels, les commentant devant ses disciples et en déduisant les principes du dogme chrétien, tels sont, à n'en pas douter, les faits qui ont présidé à la formation du dernier évangile. Le P. Calmes soutint aussi le caractère historique des faits racontés, tout en admettant le caractère didactique et allégorique du livre, produit de méditations et de spéculations profondes.
i. L'Evangile selon saint Jean, l'aris, l!)Oi.
Le fond historique est mis au service de renseignement théologique. D'ailleurs, rallégoric n'a pas dans le IV® évangile les proportions qu'on lui attribue et, aux endroits où il est permis d'en constater la présence, elle ne va pas jusqu'à ruiner le fond historique du récit.
Pour Drummond ^ l'origine johannique du IV* évangile est démontrée par les témoignages des écrivains du ii^-iii* siècle et par l'examen interne de l'évangile. L'auteur a écrit une biographie de Jésus, destinée à faire mieux comprendre ce qu'était le Seigneur. Il ne dépend pas de Philon. Les discours ne sont pas une reproduction littérale des paroles de Jésus ; ils en sont à un certain degré l'interprétation, telle qu'elle était adoptée dans les communautés chrétiennes du temps. Ils contiennent cependant un grand nombre de discours authentiques et de Logia du Seigneur, litténv lement reproduits.
Stanton ^ affirma que Justin a connu le IV'^ évangile et s'en est servi; il le tint pour le rapport fidèle du témoignage d'un disciple personnel de Jésus sur les paroles et les actes du Christ, p. 91. L'évidence externe se prononce nettement en faveur du séjour de l'apôtre Jean en Asie et lui attribue le IV" évangile. Il est possible pourtant que Ton ait substitué l'idée que l'apôtre était proprement l'auteur à celle qui lui accordait seulement le rôle d'un témoin qui aurait rapporté les paroles du Maître. D'après Wrede ^, le IV*" évangile est un
i. The charade}- and aulhorship of Ihe fourtli Gospel, London, 1003.