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mettre de côté, comme source des renseignements dirénée, les presbytrcs d'Asie, qui, avons-nous vu, avaient frayé en Asie avec Jean. Or, ces presbytrcs, vivant en Asie à l'époque où, d'après la tradition, a été écrit le IV" évangile, ont dû renseigner exactement saint Irénée.
Nous arrivons à la même conclusion au sujet de Polycarpe, évêque de Smyrne. Quel rapport a-t-il existé entre irénée et Polycarpe ? On a remarqué qu'Irénée, en parlant des presbytrcs, en mentionnait surtout un, qu'il appelle presbyter. Senior, qui avait été disciple des apôtres ou avait été instruit par ceux qui avaient entendu les apôtres. Ne peut-on pas supposer que ce presbytre ne serait autre que Polycarpe, évêque de Smyrne? irénée nous apprend qu'il a été lui-même sinon le disciple, du moins un auditeur habituel et attentif de Polycarpe. Bien qu'il dise qu'il l'a entendu, ou vu, Iti Traïç wv et s'v x^ Trpwr/) TjXixta, cela ne veut pas dire qu'il était tout à fait enfant; mais si l'on s'en tient à la signification de ces expressions dans le langage du temps, qu'il était un adolescent de quinze à vingt ans. C'est à ce résultat que l'on arrive, si l'on compare les données chronologiques, assez vagues et souvent conjecturales , que l'on admet sur les dates de naissance d'Irénéo, 135- 142, et de la mort de Polycarpe, 155. Or, à quinze ou vingt ans, Irénée pouvait parfaitement comprendre les enseignements de son maître qui, d'ailleurs, portaient sur des faits. Irénée affirme que Polycarpe a été disciple de Jean ; cela est parfaitement possible.
Polycarpc csl mort en 155. à Ykgc d'au moins quatrovingt-six ans. Il sorait donc né vers 69 après Jésus- Christ; par conséquent il a pu, vers 85-100. entendio en Asie Jean 1 apôtre et des disciples qui avaient vu le Seigneur. Nous avons donc une chaîne non interrompue de témoignages : Jean-Polycarpc-Irénéc. Il est probable que c'est de Polycarpe. qui avait connu Jean, qu'Irénéc a appris que celui-ci avait écrit un évangile. En tout cas , il est difficile de croire qu'il ait pu être trompé à ce sujet; c'est pourtant ce que 1 on suppose.
Parlant de Papias, Irénée dit que celui-ci a été disciple de Jean. Sur ce point, il fait erreur, car Papias laisse entendre qu'il ne connaît l'enseignement de Jean rapôtrc que par intermédiaire, et Eusèbe ' en outre aiïirme nettement le contraire. Irénée aurait donc confondu Jean l'apôtre et Jean le presbytrc; c'est de ce dernier que Papias aurait été le disciple. Mais Irénée naurait-il pas fait, dit-on, une même confusion au sujet de l'évangile et attribué à Jean l'apôtre l'œuvre de Jean le presbytre? Celui-ci, ajoutet-on, aurait été en effet disciple du Seigneur et c'est lui qui reposa sur la poitrine de Jésus. Il aurait joui d'une grande autorité en Asie, aurait vécu à Éphèse et c'est de lui que Polycarpc aurait été le disciple. Nous n'avons rien à dire sur ces dernières conjectures qui n'ont aucune base solide et dont quelques-unes sont démenties par les faits ; le seul point à discuter est la valeur du témoignage dlrénée sur l'origine du IV^ évangile.
Il est certain que, pour Irénée, Jean, le disciple du Seigneur, dans tous les passages où il en parle.
est Jean Tapôtre, fils de Zcbédée. On constate qu'une fois il s'est trompé dans son identification, en faisant de Papias le disciple de Jean l'apôtre. A-t-on le droit de conclure qu'il s'est toujours trompé, et principalement en un point, l'origine du IV*^ évangile, sur laquelle il lui était facile d'être renseigné? On ne doit pas oublier qu'au temps d'Irénée, le IV" évangile était connu de tous les contemporains, et qu'on devait savoir, surtout en Asie , quel en était l'auteur. Irénée a vécu avec tous ceux-ci, et, s'il s'est trompé sur l'origine du IV évangile, c'est que tous se sont trompés comme lui. Ne serait-ce pas extraordinaire que tous les contemporains aient fait la même confusion?
En outre, il faudrait admettre aussi que Polycarpe n'a pas été le disciple de Jean l'apôtre, mais de Jean le presbytre. Encore ici, Irénée aurait confondu les mêmes personnages. Il est difficile de croire qu'Irénée a été à ce point inintelligent, et que, lorsque Polycarpe lui parlait du presbytre, il ait constamment compris l'apôtre.
On fait encore observer que le texte d'Irénée sur l'origine de l'évangile n'est pas exempt d'obscurité. Est-ce qu'Irénée, lorsqu'il affirme que Jean e^éSwxs 70 EuaYyéXiov £v 'EsÉdw, ne confondait pas la prédication évangélique avec l'évangile lui-même, car si, d'après l'opinion commune de son temps, Jean avait enseigné à Ephèse, il n'est pas prouvé qu'il ait publié lui-même son évangile? Cette observation ne peut être acceptée, car ce passage sur le lY" évangile fait suite immédiatement à celui où il est parlé de l'origine des évangiles
synoptiques; c'est donc évidemment de lévangile écrit que parle ici Irénée.
On objecte encore que ce Icmoignage de saint Ii'énc'O prouverait seulement que saint Jean aurait public Tévang-ile écrit, sous sa direction, par un de ses disciples, lequel aurait reproduit fidèlement ce que son maître rapportait des actions et des discours du Christ. Remarquons qu'aucun écrivain ancien n"a même insinui' que le !¥*= évangile aurait été écrit par un disciple de saint Jean. D'ailleurs, ou ce disciple a été seulement un secrétaire, ce qui réduit à rien son intervention, ou il a réellement composé l'évangile, et alors celui-ci ne peut plus être attribué à Jean lapôtrc.
D'autre part, ajoute-t-on. Irénée ne dit pas formellement qu'il a appris par les presbytrcs. les représentants pour lui delà tradition, que Jean était l'auteur du jye évangile. Il est donc possible que son affirmation ne soit qu'une conjecture, ainsi que l'insinue le P. Calmes ^ : « Irénée a entendu l'enseignement que Polycarpe donnait comme étant celui de Jean; d'autre part, il est familiarisé avec la doctrine du IV"^ évangile. C'est, semble-t-il, en comparant le contenu du livre avec l'enseignement de l'évêque de Smyrne qu'il arrive à conclure : l'apôtre Jean est l'auteur de l'évangile. » Quelle que soit la valeur de cette conjecture, il estim- })0ssible de croire qu'Irénée aurait affirmé l'origine johannique du IV" évangile, si telle n'avait pas été l'opinion de son temps.
En résumé, Irénéc avait reçu ses renseignements des presbytres d'Asie, de Papias et de Polycarpe; il devait tenir d'eux que Jean avait publié le IV*' évang-ile ; les arguments qu'on apporte contre la valeur de son témoignage ne peuvent Tinfirmer. Or, il attribue le IVn^^angile à Jean le disciple du Seigneur qui, pour lui, était Jean Fapôtre. Donc, d'après saint Irénée, le IV® évangile a pour auteur Jean l'apùtre.
Après Irénée la tradition ecclésiastique est unanime à attribuer le IV'' évangile à lapôtre Jean. Rappelons d'abord que Théophile d'Antioche ^ 169-187, avait, d'après saint Jérôme, composé une harmonie évangélique. Il affirme - nettement l'origine johannique du IV'' évangile : "Oôiv SiSàfDcoudi r,uLaî al ayiai ypaaat, xa'i iravTeç oi Tn/Euixarocpopot, e; wv 'I(oavv/;ç "kiyei- Iv àp"/rî r^v ôXo'yo; xal ô Xo'yoç :^v irpo; -rov ©cov... 'Eircira ^Eyei' xai ©soç r,w ô Xo'yoç. Le témoignage de Clément d'Alexandrie ^ est aussi très net : « Cependant. Jean, le dernier, voyant que les faits matériels avaient été racontés dans les évangiles, pressé par ses amis et divinement inspiré par l'Esprit, a composé un évangile spirituel. »
Tertullien '* constate que l'instrumentum evangelicum a eu pour auteurs les apôtres, et il nomme parmi eux Matthieu et Jean. Il affirme à Marcion qui ne recevait que l'évangile de Luc : Eadem auctoritas ecclesiarum apostolicarum caetcris quoque patrocinabitur
i. Ep. loi, ad Algasiam, quaesf. fi.