‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 49 sur 137 · H. — JEAN L APOTRE, FILS DE ZEJÎEDEE · texte numérisé non relu

H. — JEAN L APOTRE, FILS DE ZEJÎEDEE

Jean était fils de Zcbédéo et frère do Jacques; il était Galiléen et probablement de Bctlisaïda; son père était un pêcheur du lac de Tibériadc, Me. I, 19, 20. Sa mère était probablement Salomé, car parmi les femmes qui, de loin, regardaient le crucifiement de Jésus, Marc, XV, 40, nomme Salomé, tandis que Matthieu. XXVII, 56. appelle celle-ci la mère des fils de Zébédée. Jacques était probablement le fils aîné, car il est toujours nommé avant Jean. La famille devait être dans 1 aisance, puisque Zébédée a des serviteurs. Me. I, 20, et que la mère des fils de Zébédée est rangée parmi les femmes qui accompagnaient Jésus et le servaient, Mt. XXVII, 55. Jean fut appelé par Jésus avec son frère Jacques, immédiatement après lappel de Simon et d'André, Mt. IV. 21, 22 ; Me. I, 19. 20; Le. V, 10, 11. Il est possible même qu'il ait déjà auparavant connu Jésus, s'il faut l'identifier, comme nous le dirons, avec le disciple de Jean-Baptiste, qui était avec André et suivit Jésus, Jn. I, 37. Il fut choisi par Jésus pour être un des douze, qui étaient avec lui, Me. III, 17, et il reçut avec son frère le nom deBoanerges, que lévangéliste, Me. III. 17, dit signifier : fils du tonnerre.

II occupait une place prééminente parmi les disciples de Jésus, car il est toujours parmi ceux qui accompagnent Jésus dans les occasions importantes; avec Pierre et son frère Jacques, il fut choisi pour être témoin de la résurrection de la fille de Jaïr, Me. V, 37;

pour assister à la transfiguration du Seigneur, Me. IX, 2, pour être plus près de Jésus au jardin de Gethsémani, pendant son agonie. Me. XIV, 33. Il fut présent à la guérison de la belle-mère de Pierre, Me. I, 29; il interrogea Jésus sur le temps où aurait lieu la destruction de Jérusalem, Me. XIII, 3; il fut envoyé avec Pierre pour préparer la Pâque, Le. XXII, 8.

Quelques épisodes de la vie de Jean, racontés par les synoptiques, jettent un jour spécial sur son caractère. Lorsque les Samaritains refusèrent de recevoir Jésus et ses disciples, Jacques et Jean proposèrent à Jésus de faire descendre sur eux le feu du ciel, Le, IX, 54. Auparavant, Jean avait vu un homme qui chassait les démons au nom de Jésus, et il l'en avait empêché, parce qu'il n'était pas parmi les disciples, Le. IX, 49; Me. IX, 38. Jacques et Jean demandèrent à Jésus d'être assis dans sa gloire, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche. Me. X, 36, et les autres disciples s'indignèrent contre Jacques et Jean, Mt. X, 41. Il est vrai que, d'après Mt. XX, 20, c'est leur mère qui adressa la demande.

Ces divers traits paraissent en opposition avec l'opinion traditionnelle, qui s'est fixée, d'un Jean prototype de la bonté affectueuse et auteur du IV* évangile, l'évangile de l'amour. Il est vrai quil est souvent question dans le IV'' évangile de l'amour de Dieu pour les hommes et de celui que les hommes doivent à Dieu et se doivent les uns aux autres ; mais en aucun autre écrit du Nouveau Testament nous ne trouvons des paroles plus virulentes que dans le IV*" évangile contre le pécheur :

« La colèro de Dion demeure sur lui (sur celui qui ne croit pas au Fils ».III, 30. Cf. 111,18, 19; V, 29; Ylll, 23, 24; IX. 39; XV, 22-24. 11 appelle Judas un démon, VI, 70. le fils de perdition. XVII, 12, et les Juifs, fils du diable, VIII, 44. II explique de la même façon que les synoptiques l'incrédulité des Juifs, XII, 37-43.

A ces détails biographiques extraits des synoptiques, nous pouvons ajouter ceux que donne le IV" évangile sur un certain disciple qu'il ne nomme pas, et sur le disciple que Jésus aimait. C'était 1 un et 1 autre, comm(> nous le démontrerons, Jean, fils de Zébédée.

Lors de l'arrestation de Jésus, l'autre disciple suivit Jésus avec Pierre jusque chez Anne ou chez Caïpheet, comme il était connu du grand-prêtre, il entra avec Jésus dans la cour, et introduisit Pierre, XVIII, 15, 16. Au dernier repas que le Seigneur prit avec les siens, le disciple que Jésus aimait reposa sa tête sur la poitrine du Seigneur et, sur l'invitation de Pierre, lui demanda le nom de celui qui devait le trahir, XIII, 27, 26. Il était au pied de la croix et Jésus le donna pour fils à sa mère, et lui donna Marie pour mère. Il prit depuis lors Marie cliez lui, XIX, 23-27. C'est à Pierre et à lui que Marie de Magdala vint annoncer qu'on avait enlevé le Seigneur du sépulcre. Il devança Pierre au sépulcre et constata que les bandes qui entouraient le corps étaient à terre, XX, 2, 5. Entré dans le sépulcre, il vit et il crut, XX, 8. C'est le disciple que Jésus aimait, qui reconnut le Seigneur, sur les bords dulacdeTibériade. XXI, 7. Enfin, Pierre ayant demandé à Jésus ce que deviendrait le disciple qu'il aimait, le Seigneur

répondit qu'il ne lui importait pas sil voulait qu'il demeurât jusqu'à ce qu'il vienne. Réponse que les frères interprétèrent à tort, comme une prédiction du Seigneur que ce disciple ne mourrait pas, XXI. 21-23. Nous verrons plus tard que c'est ce même disciple qui rend témoignage du contenu du IV^ évangile et qui a écrit ce livre.

Dans les Actes des Apôtres, Jean est placé au second rang parmi les apôtres, I, 13; il est associé à Pierre pour la guérison du paralytique à la Porte Belle, III. 4; avec lui, il parle au peuple. IV, 1 ; il est jeté en prison, IV, 3; il est traduit devant le sanhédrin, ib. 7; il répond avec hardiesse bien qu'illettré, IV, 13. Avec Pierre il est envoyé en Samarie, VIII, 15, pour y constater l'œuvre de l'évangélisation; il impose les mains aux nouveaux convertis, qui reçoivent le Saint-Esprit. Avec Jacques et Céplias, les colonnes de l'Église, il donne la main d'association à Paul, Gai. II, 9.

S'il faut identifier Jean Fapôtre avec l'auteur de l'Apocalypse, ce que nous discuterons plus tard, nous retrouvons le lils de Zébédée dans ce livre ; Jésus lui a envoyé son ange pour lui révéler les événements qui doivent bientôt arriver. Ap. I, 1; Jean écrit aux sept églises d'Asie, I, 4, lui leur frère, exilé dans l'île de Patmos, à cause du témoignage qu'il a rendu à Jésus- Christ, I, 9; c'est lui qui a entendu et vu les choses qui sont racontées dans ce livre, XXII, 8.

Avant d'aborder les renseignements de la tradition sur Jean, nous devons d'abord résoudre une question. Pourquoi Jean, fils de Zébédée, n'esl-il jamais nommé

dans le IV'' évangile? Esl-il le disciple anonyme, mcniionné en divers passages de cet évangile, et. en particulier, est-il le disciple que Jésus aimait et qui reposa sa tête sur la poitrine du Seigneur, lors du dernier repas, Jn. XIII, 23?

.lean, le fils de Zébédce, qui, d'après les synoptiques et Paul, est parmi les autres apôtres un personnage très en vue, et dont il est parlé à diverses reprises dans ces écrits, n'est jamais nommé dans le IV® évangile. Il y a là certainement un parti pris, car les apôtres qui jouent un rôle quelconque dans le récit sont toujours désignés par leur nom. 11 est donc probable que Jean (>st caché sous un personnage anonyme. En effet, on voit paraître dans le IV" évangile un disciple anonyme ou désigné seulement par celte épithète : le disciple que Jésus aimait. Ces constatations font déjà supposer quil y a un lien entre Fauteur du IV'' évangile et les deux fils de Zébédée, car Jacques, le frère de Jean, nest jamais nommé non plus. Au chapitre XXI, 2. les fils de Zébédée sont mentionnés sous cette appellation vague parmi les autres disciples, qui étaient au bord de la mer de Tibériade, lors delà dernière apparition de Jésus. L'auteur, de parti pris, ne voulait donc pas les désigner par leur nom. On ne peut croire cependant qu'il ait agi ainsi afin de se faire passer pour Tapôtrc Jean ; il aurait plutôt, suivant lusage des écrivains de pseudépigraphes, dit nettement le nom du personnage qu'il prétendait être. « Les ouvrages supposés, dit Rcuss V trahissent généralement leur véritable origine dune

!. TMoloqie johanniquc, p. 100.

manière bien plus directe, et s'appliquent surtout à accentuer les noms qui doivent leur servir de passe-port. Ici, nous ne voyons rien de pareil. L'auteur, en supposant quil ait voulu en imposer à ses lecteurs, aurait sans doute éprouvé le besoin de se poser comme apôtre d'une manière directe. Mais il y songe si peu qu'il n'ajoute pas même au nom du seul Jean quil y introduit nominativement, l'épithète de Baptiste qui lui est donnée partout ailleurs. On serait donc plutôt autorisé à dire qu'il tenait à faire oublier quil y en avait encore un autre, qui a pu jouer un rôle dans cette histoire. »

Mais a-t-on des raisons positives de croire que le disciple anonyme et le disciple bien-aimé sont Jean l'apôtre? Nous avouons ne pouvoir donner que des preuves indirectes, au moyen de combinaisons exégétiques. Observons, d'abord, que le disciple bien-aimé et le disciple anonyme sont un même personnage. L'identification ressort clairement de Jx. XX, 2-3. Après avoir vu que la pierre avait été enlevée du tombeau de Jésus, Marie de Magdala vient vers Simon Pierre et vers lautre disciple que Jésus aimait : tov aXXov [jia6vir>,v âv scpiXei ô 'l/juouç. Alors Pierre sortit, ainsi que l'autre disciple, ô àXXoç }xa6r,Tr^;. Par conséquent, ce que nous prouverons de l'un pourra s'apjiliquer à l'autre.

Et d'abord le disciple que Jésus aimait, était un apôtre, puisqu'il assistait au dernier repas de Jésus avec les siens et que, seuls, les apôtres y ont participé, Mt. XXVI, 20; Me. XIV, 20. Or, un seul des apôtres, à savoir Jean, a pu cire ce disciple. D'après les

ÉVANGILE SELON SAINT JEAN. 8t>

évangiles synoptiques, trois apôtres paraissent avoir été dans une familiarité plus intime avec Jésus : Pierre, Jacques et Jean et aussi André. Or, Pierre est exclu par le fait qu'il est disting^ué par son nom du disciple que Jésus aimait, XX, 2, 3, et surtout, XXI, 7, 20, 21. La môme conclusion est portée au sujet d'André qui, lui, est nommé au chapitre I, 37, 40, avec Tautre disciple. Le disciple bien-aimé ne peut être Jacques, puisqu'il est dit, XXI, 24. que c'est le disciple qui a écrit ces choses. Or, l'évangile a été écrit, d'après la tradition et d'après les critères internes, vers la fin du i" siècle, et Jacques a été mis à mort vers Tan 44. Reste donc Jean, fils de Zébédée; c'est donc lui, le disciple que Jésus aimait.

Cette conclusion ressort encore d'autres faits. Les paroles de Jésus au sujet du disciple bien-aimé, XXI, 22, sont rapportées de telle façon, qu'elles insinuent que le disciple est encore vivant. Or, comme ce disciple est celui qui a écrit l'évangile, lequel ne l'a été que vers la fin du i""" siècle, il s'ensuit que l'écrivain vivait encore à cette époque. Mais aucun des apôtres n'était, d'après la tradition, vivant à celle dale, sinon Jean, fils de Zébédée.

De plus, si l'on examine de près le récit qui est fait de l'appel des disciples, I, 25-42, il ressort qu'il y eut deux paires do frères appelés; la première nommée dans l'évangile était formée de Pierre et d'André et la seconde, non nommée, devait être, d'après les catalogues d'apùlres, transmis par les synoptiques, les fils de Zébédée, Jacques et Jean. Et l'on remarquera que

nulle part dans lévangile, ainsi que nous l'avons dit, le frère de Jean n'a été nommé. C'est donc intentionnellement que l'auteur a passe sous silence Jean et Jacques, son frère. Qui donc, sinon l'auteur, a pu agir ainsi à l'égard des deux apôtres les plus en vue avec Pierre dans la commvmauté chrétienne primitive? Or, Jacques n'a pu être l'auteur de l'évangile, sa mort prématurée s'y oppose. Donc ce disciple bien-aimé qui a écrit l'évangile et qui a tu le nom des deux fils de Zébédée est Jean l'apôtre.

Mais pourquoi ce silence voulu sur son propre nom ? On observe que Jean, prêchant lui-même son évangile, n'a pas dû se nommer par son nom ; il a préféré se désigner par une épithète : l'autre disciple ou le disciple que Jésus aimait. C'est ainsi que le Seigneur avait l'habitude de se désigner lui-même par l'appellation de Fils de l'homme, au lieu de parler à la première personne. C'est donc par discrétion ou par modestie que Jean n'a jamais rapporté son propre nom dans l'évangile, et qu'il s'est désigné par cette épithète : le disciple que Jésus aimait, qui lui rappelait l'amour de son maître, de celui dont, à diverses reprises, il avait dit l'amour pour les hommes et pour ses disciples, XI, 5; XIII, 1,34; XV, 12.

On a pourtant soutenu que le disciple bien-aimé n'était pas Jean l'apôtre. Ce disciple, observe-t-on, était un jeune homme de seize à dix-huit ans, trop jeune pour être admis au nombre des apôtres, mais qui accompagnait partout Jésus. Né vers l'an 12, il aurait bien pu écrire ou dicter l'évangile vers l'an 98. D'après

Dolff, ce disciple, natif de .Icrusalem, aurait appartenu aux familles sacerdotales; cela expliquerait la connaissance qu'avait l'auteur du IV* évangile de tout ce qui regarde le grand-prêtre et ses serviteurs, jusqu'à leur nom, des séances même secrètes du sanhédrin; et aussi des faits ignorés des synoptiques, qui se sont passés à Jérusalem et en Judée, et des discours qu'y a prononcés Jésus; enfin, et surtout, cela expliquerait le témoignage de Polycrate' : « Jean qui a reposé sur la poitrine du Seigneur, était prêtre et avait porté sur le front la lame dor ». Ce disciple a pu être, plus tard, appelé apôtre, car primitivement ce titre n'était pas réservé aux douze. Cette hypothèse repose sur une suite d'affirmations invérifiables. Les quelques faits positifs sur lesquels elle s'appuie peuvent être expliqués autrement. Et d'ahord. le disciple que Jésus aimait, était Galiléen. Le disciple bien-aimé et le disciple anonyme ne sont, avons-nous dit, qu'un même personnage. Or, le disciple anonyme était l'ami particulier de Pierre; nous les voyons toujours mentionnés ensemble, XX, 2 ; XXI. 20, etc. ; il est donc probable qu'il était son compatriote et natif comme lui de Bethsaïda. Le fds de Zébédée pouvait être connu du grand-prêtre ou, plus probablement, des serviteurs du grand prêtre, ce qui paraît plutôt ressortir du texte, sans être de famille sacerdotale. L'évangélistc a bien pu apprendre de Nicodème ce qui s'était dit au sanhédrin, et, puisqu'il était un des apôtres, qui suivaient partout Jésus, il a été témoin oculaire et auriculaire de

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