Bas apostoliche ZcUaîkr, p. o3j, Freiburg Br
des actes de Jésus et il avait entendu celui-ci enseigner quelles étaient ses relations avec le Père céleste. Et il est dans la nature des choses qu'étant le disciple que Jésus aimait, Jésus l'ait éclairé plus que quiconque sur sa nature divine. Et c'est bien ce qui se dégage du IV* évangile. Jean ne craint pas de faire ressortir vivement la nature humaine de Jésus. Celui-ci est un homme constitué comme tout homme. Il a faim, il mange, il boit, il est fatigué, il pleure, son âme est troublée, il reçoit des soufflets, il est battu de verges, couronné d'épines, enfin crucifié. Mais, d'autre part, Jean redit les sublimes enseignements qu'il a entendus. Il ne parle pas de lui-même, il n'émet pas des théories qui sont les siennes. Il ne raisonne pas sur Jésus, il est simplement un écho qui répète ce qu'une autre bouche a dit. Dans ces conditions, quelle impossibilité y a-t-il à ce que le IV*" évangile ait été écrit par un ami personnel de Jésus? Pour nous, non seulement nous n'en voyons pas, mais nous croyons même que seul un ami, vivant intimement avec son Maître, a pu le connaître aussi bien, et en parler avec autant d'affection et de sincérité.
Relevons encore une objection qui est dirigée directement contre l'origine johannique du IV*^ évangile. Les églises d'Asie Mineure, adoptant la coutume juive, célébraient la Pâque le 14'' jour du premier mois de l'année juive. Elles commémoraient ainsi le dernier repas de Jésus avec ses disciples. Or, elles appuyaient leur coutume sur l'autorité de Jean l'apôtre, qui avait introduit et approuvé cet usage. Mais, dans ce cas, Jean
ne peut être l'auteur du IV'' évangile, puisque, d'après celui-ci, Jésus aurait été crucifié avant que les Juifs aient mangé la Pàque; par conséquent, le dernier repas aurait eu lieu le 13" jour et non le 14*'. Remarquons dabord que cette observation ne peut être présentée par ceux qui nient le séjour de Jean à Ephèse. Il est. d'ailleurs, inutile de discuter longuement cette objection; actuellement, elle est abandonnée parce qu'on a reconnu que le IV*" évangile n'avait pas à être appelé en témoignage sur la question en litige, puisque celle-ci portait simplement sur le jour de la célébration de la Pâque chez les chrétiens. Devait-on suivre la coutume juive et la célébrer le 14'^ jour de nisan ou devait-on la célébrer le jour de la résurrection de Jésus-Christ? Telle était la controverse. Jamais les évangiles synoptiques, non plus que le IV*" évangile, n'ont été appelés par les tenants de l'une des deux coutumes en faveur de leur opinion.
De cette longue étude sur le IV'' évangile nous pouvons conclure que l'auteur était un juif palestinien, contemporain de Notre-Seigneur et témoin oculaire des faits qu'il raconte et auriculaire des discours qu'il rapporte. Or, tel était Jean, l'apôtre. Rien ne s'oppose donc à ce que l'auteur du IV'' évangile ait été Jean l'apôtre. Au contraire, d'après quelques traits relatés dans l'évangile, le disciple que Jésus aimait est celui qui a écrit l'évangile et ce disciple était Jean l'apôtre- De plus, la tradition unanime attribue le IV" évangile à Jean; nous devons donc conclure que Jean l'apôtre est l'auteur de cet évangile.
S 3. — But de l'auteur du IV'' évangile.
Dès Tantiquité on s'est demandé dans quel but le IV* évangile avait été écrit et, de nos jours encore, les critiques ne sont point en parfait accord sur ce point.
Pour Origène ' aucun des évangélistes n'a manifesté aussi clairement que Jean la divinité de Jésus. C'est aussi l'opinion d'Eusèbe^, de saint Jérôme^, de saint Augustin ■'*, qui remarque que les trois premiers évangélistes ont dit peu de choses sur la divinité de Jésus, tandis que Jean a parlé de la divinité du Seigneur comme aucun autre. A ce point de vue se rattache celui de Clément d'Alexandrie ^. Le dernier de tous, Jean, voyant, dit-il, que les faits matériels, xà (jwixaTtxot, avaient été exposés dans les évangiles, pressé par ses amis et inspiré par l'Esprit, écrivit un évangile spirituel, 7tv£u[AaTixôv. Epiphane ^ croit aussi que Jean a dit des choses spirituelles, Tcveui/aT'.xà, tandis que les autres évangélistes ont rapporté les choses matérielles, Ta Gapxty.ot, de sorte que par les quatre évangiles nous apprenons tout ce qui concerne la chair et la divinité du Christ.
i. In Joan., t. I, 1.
■2. Hisl. eccl. m, Ci.