LoisY, op. cit., p. C
rassis n'en viendra là. Puisqu'il en est ainsi, pourquoi appliquer un jugement différent aux évangiles synoptiques et au IV "^ évangile, et affirmer que les récits des uns sont historiques et ceux de l'autre allégoriques, quand on peut les traiter tous de la même façon? On ne peut donc soutenir que d'un bout à l'autre de l'évangile presque tout est allégorie, que les faits et les discours du Seigneur ont été choisis dans un but allégorique. La seule preuve qu'on donne de cette théorie cest qu'on peut tout expliquer ail égoriquement, faire même un système cohérent d'explications allégoriques. Mais cela ne prouve pas que l'auteur avait en vue de présenter dans un but doctrinal une suite d'allégories et de symboles sous forme de récits et de discours.
La teneur générale des évangiles ne s'accorde pas avec cette hypothèse, toute fantaisiste. Il y a dans les évangiles des récits qui ne sont pas historiques, tels que les paraboles des synoptiques, mais entre ces récits et ceux du IV'' évangile, qu'on qualifie de symboliques ou d'allégoriques, il n'y a aucune ressemblance. On voit très bien que le narrateur des premiers les donne comme des paraboles, tandis que nulle part saint Jean n'a présenté ses récits comme des fictions doctrinales. Et cela ressort d'autant mieux qu'en certains passages on ne peut douter qu'il ne rapporte des paroles allégoriques. Mais dans ce cas cette allégorie est nettement indiquée parle texte évangélique. Ainsi. Jésus déclare qu'il est le bon pasteur, qu'il est la porte, la porte des brebis, qu'il est la vie. la lumière et la vie, la résurrection et la vie, qu'il est la lumière du monde,
qu'il est le pain de la vie, le pain vivant, qu'il est la vigne véritable et que ses disciples sont les sarments: ce sont là certainement des expressions symboliques ou allégoriques sous lesquelles se cache la réalité.
Nous admettrions même que certains épisodes et des conversations aient été choisis par l'évangélisle pour leur valeur symbolique ou allégorique. « Le rapprochement entre le sacrifice du Calvaire et l'immolation de Tagneau pascal, dit Calmes', est manifeste; le rôle figuratif de l'eau et du sang est suffisamment indiqué par le témoignage solennel qui suit la mention du coup de lance ; on peut également soupçonner une allégorie dans l'épisode des vêtements et de la tunique sans couture. » Certains personnages, Nicocodème, la Samaritaine, l'apôtre Thomas peuvent être tenus pour représentatifs d'une certaine catégorie de personnes. L'entretien de Jésus avec Nicodème ou avec la Samaritaine présentent des détails symboliques, mais on devra reconnaître en même temps, au moins pour l'essentiel, la réalité des faits racontés ou des conversations rapportées.
Il est nécessaire de caractérisernettementla méthode de l'évangéliste. qui a vu la signification profonde des faits, et l'a quelquefois fait ressortir ; il écrivait un évangile spirituel, c'est-à-dire un récit où les faits réels étaient choisis pour établir un enseignement doctrinal, mais non un récit d'imagination oîi les faits étaient de son invention. C'est là ce que nous allons essayer de montrer.
S 10. — Valeur historique du IV' Évangile.
Appuyé sur l'évidence externe et interne, nous avons affirmé que Jean l'apôtre était l'auteur du IV^ évangile. Cette constatation est un argument de premier ordre en faveur de la valeur historique de l'écrit; il n'est pas le seul. Cette valeur historique peut, en outre, être établie par des preuves particulières d'ordre positif et d'ordre négatif.
Cependant nous n'affirmerons pas que le IV^ évangile soit un livre d'histoire au sens strict de ce mot, car une histoire d'un homme ou d'un pays est écrite uniquement dans le but de rapporter les événements aussi exactement que possible, dans leur ordre, dans leur enchaînement réel et dans leur importance relative. Tel n'a pas été le procédé de l'auteur du IV*^ évangile. Il n'a pas rapporté tous les faits de la vie de Jésus ; il en a laissé de côté quelques-uns de très importants ; il n'a pas toujours non plus suivi l'ordre des faits; bref, son livre n'est pas même, à proprement parler, une biographie. Ainsi que nous le montrerons plus tard, le caractère de cet écrit est tout différent. De là, on a conclu à la non-valeur historique du IV" évangile. Et pour la prouver, on a rassemblé toutes les divergences qu'offraient entre eux les évangiles synoptiques et le IV*^ évangile, soit dans les récits, soit dans les discours du Seigneur. On a essayé aussi de mettre l'auteur en contradiction avec lui-même]; on a enfin collectionné de prétendues impossibilités que
présenteraient quelques récits et la plupart des discours. Nous allons résumer ces observations; puis, pour faire ressortir la valeur historique du IV" évangile, nous montrerons les points nombreux où il est en accord avec les évangiles synoptiques; enfin, nous essayerons d'expliquer les divergences relevées, et établirons ainsi quel genre de caractère historique on peut attribuer au IV" évangile. Pour rester sur un terrain solide, nous nous en tenons à la comparaison entre le IV'' évangile et les évangiles synoptiques. Quant aux contradictions et aux impossibilités que l'on a cru relever dans cet écrit, nous les jugeons d'ordre trop subjectif pour qu'elles puissent être discutées scientifiquement. Nous serions d'ailleurs obligé d'entrer dans trop de détails.
Nous étudierons séparément les récits du IV^ évangile et les discours du Seigneur.