‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 75 sur 137 · LoisY, Autour d'un peiil livre, p. 91, Paris, lOOi · texte numérisé non relu

LoisY, Autour d'un peiil livre, p. 91, Paris, lOOi

est humain en lui; le Fils de Dieu ne peut éprouver les faiblesses humaines et elles lui sont épargnées'.

Les miracles qu'opère le Jésus des synoptiques sont, ajoute-l-on, des miracles de bienfaisance, de charité ; ils sont accordés à la foi de ceux qui les demandent ; les sept miracles racontés dans le IV*" évangile sont des signes destinés à glorifier le Logos et à prouver la mission divine de Jésus, à glorifier Jésus et à faire naître la foi en lui. Ils ont tous un certain caractère magique. « Le Christ étonne la Galilée et surtout Jérusalem par les prodiges les plus extraordinaires^ ». Il n'est rapporté aucune guérison de démoniaques.

Dans les synoptiques, Jésus exerce son ministère, qui dure un an, en Galilée, en Phénicie et en Pérée, et c'est pendant la dernière semaine seulement qu'il vit et parle à Jérusalem; son auditoire ordinaire, c'est la foule du peuple assez longtemps sympathique. Dans le IV*-' évangile, Jésus exerce son ministère qui dure au moins deux ans et demi, peut-être trois ans ou trois ans et demi, surtout à Jérusalem; il y va au moins quatre fois, et là, il discourt avec les Juifs, c'està-dire avec des adversaires, avec les pharisiens. Ses auditeurs ne sont plus des pêcheurs, mais des gens qui discutent des questions métaphysiques.

Dans les synoptiques, Jésus prépare lentement la révélation de sa qualité de Messie ; il la fait connaître progressivement par ses actes, par ses enseignements

i. Die Schriften des Neuen Testament, 1" Band : Das Johannes Evangclium, p. 179, Gottingen,lt)07. H. LoiSY, Autour d'un petit livre, p. 00,

à ses disciples jusqu'au jour où devant le sanhédrin il la proclame nettement. 11 devait, en effet, préparer les esprits à comprendre qu'il n'était pas le Messie temporel que les Juifs attendaient, mais un Messie spirituel. C'est sur le chemin de Césarée, Me. VIII, 27 ss., que Pierre proclame pour la première fois sa croyance à la dignité messianique de son maître. C'est de sa prison, où il avait entendu parler des œuvres de Jésus, que Jean-Baptiste lui envoie demander s'il est celui qui doit venir, Mt. XI, 2, 3. Dans le IV® évangile, la messianité de Jésus est proclamée dès le commencement par lui-même, I, 5, par Jean-Baptiste, I, 26 ss., et par les premiers disciples, I, 41 ss. Il n'y a aucune progression dans la révélation de ce caractère messianique du Seigneur. Dès le début du IV*" évangile, Jésus est le Fils de Dieu, le Messie.

Le IV"* évangile n'a pas la tenue d'un récit historique, car il n'y a dans l'exposé des faits ni progression, ni développement. Dès les premières lignes, la thèse est posée : antagonisme entre Jésus et les Juifs, opposition entre la lumière et les ténèbres, contraste entre la foi des disciples et l'incrédulité des Juifs ; tout le long de l'évangile se reproduit cette même situation, sans qu'il y ait avancement ou recul.

Le IV'= évangile ne se présente pas non plus comme un livre historique, mais comme un livre d'enseignement. La mise en scène aboutit toujours à un exposé doctrinal. Dans l'entretien avec Nicodème, après quelques questions et des réponses, III, 2 ss., le discours de Jésus s'adresse à tous et Nicodème disparaît, III,

12 ss. Même procédé pour l'épisode des Grecs qui demandent à voir Jésus, XII, 20, 21.

Sauf pour quelques faits peu nombreux, que nous relèverons plus tard, les récits du IV*^ évangile sont différents de ceux des synoptiques. Cet évangile en ajoute que ne connaissent pas les synoptiques, bien qu'ils soient capitaux, et en omet de très importants, rapportés par ceux-ci. Ainsi, il raconte le miracle de Cana, l'entretien avec Nicodème, avec la Samaritaine, la guérison du paralytique de Béthesda, de l'aveuglené, l'histoire de la femme adultère, la résurrection de Lazare, le lavement des pieds lors du dernier repas, les conversations de Pilate avec Jésus, la remise de Marie au disciple bien-aimé, la conversation de Jésus avec Marie-Madeleine dans le jardin, l'incrédulité de Thomas, vaincue par une apparition de Jésus, tous faits inconnus aux synoptiques. On est étonné surtout que la résurrection de Lazare qui, d'après le IV" évangile, XI, 47 ss., a été une des causes déterminantes de l'arrestation immédiate de Jésus, ne soit pas même mentionnée par les synoptiques. D'autre part, le IV'' évangile omet les récits de l'enfance, la généalogie de Jésus, le baptême dans le Jourdain, la tentation au désert, le pardon accordé à la pécheresse dans Luc, la transfiguration, toutes les guérisons : de l'homme à la main sèche, du sourd-muet, des lépreux, des possédés. Il ometencore l'institution de l'Eucharistie, l'agonie au Jardin des Oliviers, la sueur do sang, le déchirement du voile du temple, diverses apparitions de Jésus ressuscité, tous faits qu'on lit dans les synoptiques.

Enfin, la valeur historique du 1V'= évangile a été battue en brèche surtout par l'hypothèse qui voit dans les récits de cet écrit une suite d'allégories ou de symboles destinés à établir une thèse théologique. Tout a été ordonné, même les récits qui dérivent des synoptiques, pour aboutir à « montrer le Christ comme une manifestation sensible de l'être divin... Discours et récits contribuent à cette révélation du Sauveur : les faits racontés comme symboles directs et signes expressifs des réalités spirituelles : les discours comme illustration et complément des récits, comme explication de leur sens profond^ ».

On a relevé aussi un certain nombre de divergences particulières. La chronologie du lY" évangile est, sur quelques points, en désaccord avec celle des synoptiques. D'après Marc, I, 14 et Matthieu, IV, 12, Jésus ne commença son ministère qu'après l'emprisonnement de Jean-Baptiste; d'après Jean, III, 23 ss. Jésus avait déjà fait des miracles à Jérusalem et rassemblé autour de lui des disciples qui baptisaient, que Jean- Baptiste baptisait encore à Ainon, car, dit le IV"^^ évangile, il n'avait pas encore été mis en prison.

D'après les synoptiques, Jésus avait purifié le temple vers la fin de son ministère; d'après le IV'- évangile, au commencement. Suivant les premiers, Jésus est mort le quinzième jour de Nisan; d'après le second, le quatorzième jour.

On identifie d'ordinaire le repas de Béthanie, ra-

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