‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 79 sur 137 · XXIII · texte numérisé non relu

XXIII

On relèvera encore plusieurs paroles de Jésus qui,

sans être littéralement identiques dans le IV^ évangile et les synoptiques, expriment les mêmes pensées.

XV, 21. Ils vous feront tout cela à cause de mon nom.

XIV, 18. Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viendrai à vous.

XllI, 3. Jésus, sachant que le Père avait remis toutes choses entre ses mains.

Mt. X, 22. Vous serez haïs de tous à cause de mon nom.

Mt. XXVII, 20. Je suis tous les jours avec vous jusqu'à la fin du monde.

Mt. XI, 27. Toutes choses m'ont été remises par mon Père.

Cf. encore : Jn. III, 18 = Me. XVI, 16 ; Jn. VI, 46 = Mt. XI, 27; Jn. V, 29 = Mt. XXV, 46; Jn. VI, 35 = Mt. V, 6; Le. VI, 21; VI, 46; Jn. I, 18 = Mt. XL 27; Le. X, 22; Jn. XIV, 28 = Me. XIII, 32; Jn. XVI, 32 = Mt. XXVI, 35 ; Jn. XVIL 2 = Mt. XXVIII, 18 ; Jn. XX, 23 = Mt. XVIII; 18; XVI, 19, etc.

Nous pouvons relever aussi dans les synoptiques des paroles du Seigneur qui, sans être littéralement identiques, rappellent d'assez près celles que nous a conservées le IV*^ évangile. Matthieu, XI, 25, et Luc, X, 21, rapportent les paroles que Jésus adressa à ses disciples revenus pleins de joie de la mission où il les avait envoyés : En cotte heure il tressaillit de joie dans l'Esprit-Saint et dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux petits enfants. Oui, Père, parce qu'il t'a plu ainsi. De même, dans le IV" évangile, III, 35, Jésus dit : Toutes choses m'ont été remises par mon Père, et personne ne connaît qui est le Fils, si ce

n'est le Père, ni qui est le Père, si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.

Et cette parole du Seigneur que rapporteMatthieu, XI, 28-30 : Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et thargés, et moi, je vous soulagerai. Prenez mon jougsur vous, et recevez mes enseignements, parce que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes, car mon joug est doux et mon fardeau est léger, n'ont-elles pas un accent nettement johannique? Cette opposition, si souvent répétée dans saint Jean, de lumière et de ténèbres, est à la base des sentences du Seigneur dans Le. XI, 34-36 et Me. VI, 22, 23. Ces paroles du père de l'enfant prodigue à son fils aîné : Mon fils, tu es toujours avec moi et tout ce que j'ai est à toi. rappellent celles de Jésus à ses disciples, Jx. XVI, 10. Ce passage de Me. VI, 34 : Quand il sortit de la barque, Jésus vit une grande foule et il en eut pitié, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont point de berger, rappelle la parole de Jésus sur le bon pasteur, Jx. X, 7-17. Il serait possible de citer encore d'autres paroles du Seigneur, conservées par les synoptiques, et présentant une certaine ressemblance avec celles des discours du IV" évangile.

On a souvent remarqué qu'il y avait une frappante analogie entre les doctrines des épîtres pauliniennes et celles des discours du Seigneur dans le IV* évangile, surtout on ce qui concerne la personne de Jésus- Christ. Des deux côtés, sont affirmées la filiation divine de Jésus, Jx. I, 14 = Rom. I, 4, G ; V, 10; VIII,

3, etc.; la préexistence du Christ, Jn. VIII, 58 = Gai. IV, 4; Rom. VIII, 32; I Cor. VIII, 6; Phil. II, 2; la renaissance spirituelle du chrétien, Jn. III, 3, 5; V, 8— Tit. III, 5; Rom. VI, 4, 11; Col II, 12; I Cor. V, 7; l'union des fidèles avec le Christ, Jn. XIV, 20; XVII, 20-24 = /?o;w. VI, 6; la foi en Jésus-Christ et l'amour, conditions de la vie en Jésus, Jn.VI, 47; XIV, 1 ; XX, 31 = Gai. 111, 26 ; Eph. 111, 16, 17. Cf. Jx. XIV, 15; XV, 9-11 = Gai. V,6; Col. III, 14. On ne peut supposer une dépendance littéraire entre les épîtres pauliniennes et le IV^ évangile, car les doctrines ne sont pas présentées de la même façon et il y a très rarement similitude d'expressions ; elles ne sont pas non plus à un même degré de développement. 11 faut donc les reporter toutes à une même source, c'est-à-dire à l'enseignement de Jésus, ce qui nous oblige à conclure à leur authenticité dans les deux séries de documents.

Nous retrouvons aussi dans d'autres écrits du Nouveau Testament quelques échos des discours du Seigneur rapportés dans le IV® évangile. Ainsi, lorsque saint Pierre dit à ses lecteurs : Car vous étiez comme des brebis égarées, mais à présent vous êtes revenus au berger et au gardien de vos âmes. II, 25, ou aux presbytres : Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, non par contrainte mais volontairement, non par avarice mais par zèle, V, 2, ne rappelle-t-il pas l'allégorie du Seigneur sur le bon berger, Jn. X, I?

Remarquons enfin l'identité de certaines citations entre le IV'^ évangile et les synoptiques. Saint Jean constate que les Juifs ne croyaient pas en Jésus, bien

qu'il eût fait de nombreux miracles en leur présence. Il explique cette impossibilité de croire en citant le même texte d'Isaïe, VI, 9, dont Jésus s'était servi pour annoncer à ses disciples que les Juifs endurciraient leur cœur et fermeraient leurs oreilles à son enseignement, Mt. XIII, 15; Me. IV, 12; Le. VIII, 10.

2° Et maintenant, dans quelle mesure de littéralité l'auteur du IV"" évangile a-t-il reproduit les paroles du Seigneur? II est difficile de répondre avec précision à cette question. Presque tous les critiques qui l'ont traitée, ont pensé que l'auteur du IV"" évangile, tout en reproduisant des discours du Seigneur, leur a fait cependant subir un travail de méditation, de réflexion, ou d'arrangement. Nous ne parlons pas de ceux qui supposent que ces discours sont dus tout entiers à la réflexion de l'auteur.

Observons d'abord que les critiques les plus conservateurs admettent que le IV^ évangéliste, en reproduisant les discours et les paroles du maître, a dû y mettre du sien, c'est-à-dire quelque chose de son style et de sa manière... Les enseignements du Christ, dit Chauvin, restés à l'état de souvenir dans la mémoire de l'apôtre, se mélangèrent nécessairement à sa pensée, à sa propre doctrine. Notre évangile n'est que le résultat de ce travail très personnel d'assimilation et de condensation ^

Knabenbauer 2, reproduisant à peu prés littérale-

1. Chauvin, Les idées de M. Loisy sur le JV' Év., p. n8,Paris, -1906.

Page 1