‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 80 sur 137 · Corn, in Evangelium Joannis, p. 16, Paris · texte numérisé non relu

Corn, in Evangelium Joannis, p. 16, Paris

ment des propositions de Corluy\ pense que, pas plus que les synoptiques, saint Jean n'a rapporté littéralement, Verbatim^ les paroles du Seigneur. Il avait retenu les chefs principaux des discours et il les a reproduits exactement ; quant aux développements des idées, il n'en a donné qu'une relation abrégée. Il a exprimé dans sa langue propre le sens des paroles du Christ : « Consequitur ipsum Magistri sermones ac sententias proprio modo expressisse. Si itaque doctrinam Christi mente retinuit — ecquis id potuisse fieri negabit ? — etiam sermones illos fideliter ad mentem et sensum Christi, etsi non utique ad ipsa verba, conscribere potuit. »

Et d'ailleurs, pour qu'un discours soit tenu pour authentique, il n'est pas nécessaire qu'il soit rapporté mot à mot. Ainsi on s'accorde à regarder comme authentique le discours de l'empereur Claude, que rapporte Tacite"^, et cependant si on le compare au discours réel qui nous a été conservé par la Table claudienne, dont les fragments sont au musée de Lyon, on reconnaîtra que l'historien, tout en reproduisant fidèlement le fond du discours, a cependant résumé, remanié, amélioré même à sa façon le discours de l'empereur. Ce sont les idées de Claude, mais présentées par Tacite et avec le style de Tacite^.

Cependant, avant d'essayer de fixer avec quel degré

i. Commentarius in Evangelium secundum Joanncm, p. 49, Paris,

2, Annales, XI, 2i.

3. CrciiEVAL, Histoire de l'éloquence romaine, t. H, p. C4, Paris, 1893.

EVANGILE SELON SAINT .lEAN. 257

de précision l'auteur du IVo évangile a rapporté les paroles du Seigneur, remarquons qu'on ne peut être trop exigeant à ce sujet. Jésus a parlé en araméen, et les discours du IV" évangile sont en grec; cela déjà nous indique qu'il ne faut pas croire à une identité absolue de reproduction. De plus, un assez long espace de temps s'est écoulé entre la composition du IV" évangile et le moment où furent prononcés ces discours. Même en admettant que saint Jean ait médité souvent les paroles du Seigneur et qu'il se soit efforcé de les conserver, de mémoire ou par écrit, il est possible que ses efforts aient porté plutôt sur le sens général du discours que sur la littéralité même. Enfin, l'uniformité relative du style fait supposer que l'auteur a retravaillé les discours, tout au moins, au point de vue de la forme. Il est même certains discours où, à un moment donné, avons-nous déjà dit, les interlocuteurs ne sont plus les mêmes, III, 11; d'autres, où l'on voit assez clairement que l'écrivain s'est substitué à Notre-Seigneur pour résumer la doctrine de celui-ci, XII, 44-50; d'autres, enfin, dans lesquels on ne sait à qui s'adresse Jésus. Ainsi, ch. VIII, après la péricope de la femme adultère, l'évangéliste ajoute, f 12 : Jésus donc leur, aÙToîç, parla de nouveau. Ce n'est pas aux pharisiens que Jésus s'adresse puisqu'il est dit, f 9, qu'ils s'étaient retirés ou, si l'on rejette la péricope, il est.dit, VIII, 53, que les auditeurs s'en étaient allés chacun chez soi- Cependant, ce sont les pharisiens qui répondent f 13. Puis, f 21. Jésus leur, aùtoîi;, parla de nouveau, et ce sont, f 22, les Juifs qui répondent. Plus loin, l'évan-

géliste affirme que, sur les paroles de Jésus, beaucoup crurent en lui, f 30, puis Jésus s'adressant à ces croyants, f 31, les accuse, f 37, de vouloir le tuer, et f 44, d'être les fils du diable et de faire les œuvres de leur père. Alors les Juifs, y 48, répondent qu'il a un démon, et essayent de le lapider, f 59. Ces diverses observations nous obligent à conclure qu'il y a dans les discours du Seigneur, que rapporte l'évangéliste, un arrangement qui est du fait de celui-ci et ne répond pas toujours à la réalité. Il y a même une fin de discours, qui est un résumé de l'enseignement du Seigneur et qui est, d'ordinaire, attribué à l'évangéliste, XII, 44-50. Il est même probablement des paroles du Seigneur, maintenant réunies en discours dans le IV" évangile, qui ont pu être prononcées séparément. Mais si nous ne pouvons affirmer que le I V^ évangile reproduit littéralement les discours du Seigneur, nous pouvons, tout au moins, citer des sentences tellement caractéristiques, se présentant si nettement sous cette forme aplioristique qui rappelle les Logia des évangiles, qu'on devra reconnaître en elles la touche même du Seigneur. On ne retiendrait que celles-ci qu'on aurait encore tout l'enseignement du Seigneur dans le lY^ évangile. En voici quelquesunes * : Jn. ; I, 51; II, 16, 19. En vérité, en vérité, je te dis qu'à moins de naître d'en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu, III, 3. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'esprit est esprit, III, 6 ; III,

i. Quelques sentences sout données en entier; des autres on ne fournit que la référence.

8. Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai, n'aura plus jamais soif; mais l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau jaillissante jusqu'à la vie éternelle. IV, 14, 21. L'heure vient et elle est maintenant, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, IV, 23. Dieu est esprit, IV, 24, 31. Ma nourriture c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre, IV, 84, 44, 48; V, 14, 17, 19, 23, 30,40, 44. Travaillez, non pour la nourriture périssable mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, et que le Fils de l'homme vous donnera, VI, 27, 33. Je suis le pain de vie, celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif, VI. 35, 44. C'est l'esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien ; les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie, VI, 63 ; VII, 7, 17. Ne jugez pas selon l'apparence, mais portez un jugement juste, VII, 24. Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie, VIII, 12, 26. Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous délivrera, VIII, 32, 34, 36. Si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort, VIII, 51 ; IX, 4, 39, 41. Je suis la résurrection et la vie; celui qui croit en moi, quand même il serait mort, vivra, et quiconque vit et croit en moi ne mourra pas, XI, 25 ; XII, 24, 25, 26. Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, je les attirerai tous à moi, XII, 32, 36, 44. Je ne suis point venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde, XII, 47; XIII, 15, 20. Je vous donne un commande-

ment nouveau, que vous vous aimiez les uns les autres, XIII, 34, 35; XIV, I, 2. Je suis la voie et la vérité et la vie; personne ne va au Père, si ce n'est par moi, XIV, 6, 9, 15, 21, 27; XVII, I. Mon royaume n'est pas de ce monde, XVII, I, 36, 37, etc.

Il serait possible de multiplier ces sentences, car les discours du Seigneur dans le IV*^ évangile sont une suite de propositions aphoristiques. Si nous avons cité celles-ci, c'est qu'elles nous ont paru les plus caractéristiques. Elles portent toutes la même empreinte et, puisque nous en avons trouvé un bon nombre qui rappelaient de très près les sentences du Seigneur dans les synoptiques, nous pouvons conclure qu'elles émanent toutes de la même source, à savoir de Jésus-Christ.

Aucune des objections proposées contre l'authenticité des discours du Seigneur dans le IV*' évangile ne nous oblige donc à la nier; de plus, les rapprochements entre les discours du IV^ évangile et ceux que nous ont conservés les synoptiques établissent que des deux côtés les discours sont assez sensiblement les mêmes, comme forme et comme enseignement, pour qu'on doive admettre qu'ils émanent, au moins en substance, de la même source, à savoir de l'enseignement de Notre-Seigneur. De plus, si nous sommes obligé de reconnaître que l'auteur du IV® évangile a marqué de son empreinte littéraire les discours qu'il a rapportés, et que, quelquefois, il les a disposés d'après un arrangement qui lui appartient, nous pouvons cependant afTirmer qu'il a reproduit la substance de ces

discours et que, pour un très grand nombre de sentences, nous avons même une reproduction, qui semble littérale. Nous avons donc le droit de conclure à l'authenticité des discours du Seigneur que nous trouvons dans le IV*^ évangile. De plus, ayant établi que les récits rapportés par le IV'' évangile sont historiques, nous pouvons affirmer dune façon générale la valeur historique de l'évangile selon saint Jean.

S 11. — Langue du IV* évangile i.

1° Vocabulaire. Le vocabulaire du IV'' évangile est pauvre relativement à celui de chacun des évangiles synoptiques. Peu rapproché de celui de Marc, davantage de celui de Matthieu, il s'accorde souvent avec celui de Luc. 112 mots sont des aTraÇ XeYÔfxsva ; 8 de ces mots se trouvent dans le IV^ évangile pour la première fois : àitOffuvaYWYo;, àp/iTpt'xXivoç, Xevrtov, vitt-h-'û, TrpoaxuvviT>iç, TrpoffcpocYiov, îppaYÉXXiov, <];w(jl(ov. A remarquer que ce sont des mots d'usage courant, se rapportant à des objets de la vie ordinaire. Signalons parmi les aira^ \i'fô]xf^a. les expressions et les mots particuliers au IV® évangile : àXXa-/^ô6ev, (xur,v à u.r,v Xi-^^u» OfjLtv, àTC£xpî6y) xai eÎTre, '{kwzcôy.ou.o'j ^ epysaôai eîç tov xôffuov, jji.ovoY£vr^<;, £;éç/E(j6at Ix (àitô) ©sou, etc. Relevons les mots et les expressions fréquemment employés dans le IV^ évangile : fAÉvTot, oùSév, placé après le verbe, Trapoifxîa, xi iSia, TTiaîleiv, ôeojpeîv, 23 f., oùv, àXX' tva, etc. On trouve

1. Abbott, Jo/ianntue Vocabulary, honAon, iOOo.JokaymineGrammar, London, 1906.

surtout dans le IV* évangile des termes fréquemment répétés qui expriment les idées doctrinales qui sont le fond de cet écrit : ô Xôyoi;, ô (jt.ovoYev->,; uîo;, SoÇa, 20 f., to «pwç, 23 f. , :?) àXv]ôeia, 25 f . , {xapTupta, 14 f., [Aapxupéa), 33 f., yivwffxw, 55 f., (7r)(ji£Ïov, 17 f. , epYO'^i 27 f., Xaij(.éàvco, 44 f., ovofiia, 25 f., ô xôfffxoç, 78 f. , Çwi^, 36 f,, (lapi, itapaxXïjToç, ffY«itav Tov IlaTc'pa, 'Ir,(JOÙv, r, Eoyjxxri ■fi[X£pa, aî'vEiv Iv Xptfftw,

xi6r,[xt 'l'u/viv, etc. Le verbe tticteueiv, employé seul ou avec un régime au datif ou à l'accusatif avec les prépositions stç, 34 f., ôia. La conjonction on est le mot directeur de cet évangile, il est employé 90 fois.

Si nous comparons le vocabulaire du IV*" évangile avec celui des synoptiques, nous constatons que ces deux groupes d'écrits proviennent de sources différentes, cardes mots très fréquemment employés dans les synoptiques : xat' tûîav, àviaxavai, lx7tXr^(jao[xat, [iaTrri(7[jt,a, (XYaTCy)TÔç, itapaxaXéw, (yâ)(ji.a, TrpoffxaXéofiat, xaOaptÇoo, àito'pvéojjiai, Saijxo'via, IxêdtXXo), xaxw; eywv, TrpeaéÛTepoi, àYpô;, etc., en tout 220 mots ne sont pas dans le IV*^ évangile. En revanche 30 mots, outre les noms propres, très fréquemment employés dans le IV*" évangile : (jivvi, àvw, irapaxXïi-roç, IpojTolco, TtpoTspov, Triaî^w, 7C»)Xoç, àvtXéu), ÊXeuOepow, ô]/dpiov, etc., ne se retrouvent pas dans les synoptiques.

Abbott^ démontre que Jean a employé certains mots, tels que Ttiaieua), l^ouffia, dans des sens très divers, et qu'il a manié avec beaucoup d'habileté les synonymes, ceux de voir, par exemple : ôetopeïv, ôeaaôat, ôpSv, pXÉiTetv.

l. Johan. Vocabular, p. 103.

aïpeiv ôcp6aX(xouç, tSelv ; de savoir : oîSa, yiviod^tw; daller, s'en aller : oTtocyto, itopeuofxat, aTrépyojxai; d'aimer : àY«7taw, cpiXï'u); d'envoyer : i-KoatéXKio, i:i[i.TZM; de faire : Ttpairdw, iroiéb), etc.

Le IV*" évangile donne aussi des sens très variés au même mot. Qu'on examine par exemple les divers concepts qui sont exprimés par Çojï]. Tantôt c'est le Christ qui est la vie, I, 4; XI, 25; XIV, 6, ou sa parole, VI, 63, ou la connaissance de Dieu, XVII, 3; tantôt la vie est considérée dans le croyant, qui la possède actuellement, V, 26; VI, 47, ou la possédera, V, 25, 29; VI 56; tantôt la vie est puissance, IV, 10; VI, 53; salut, X, 10; XIV, 19; tantôt c'est la vie éternelle, IV, 14 ; la vie personnelle, III, 15 ; V, 24 ; VI, 27, ou la vie naturelle, V, 25; VI, 57. On pourrait faire les mêmes observations au sujet de ôo$«, ï, 14: XI, 6, 40; XVII, 5, 24, etc.

L'auteur du IV*" évangile a des sentences qu'il aime à répéter, qui sont pour lui comme des motifs directeurs : £v aÙTÔi ^toY) ^v, I, 4, se retrouvent sous des aspects plus ou moins variés dans tout le cours de l'évangile, V, 26; VI, 35, 48,51; XI, 25: XIV, 6; III, 15, 16, 36, etc. : il en est de même pour ^ ^ca^ r,v to <pw; Twv riv6pto7rtov, I. 4, 5, 7, 8, 9 : III, 19: VIII, 12. etc.

2° Grammaire. Voici quelques remarques sur l'emploi des cas dans le IV*" évangile. Une fois, le nominatif semble avoir été employé pour le vocatif; Thomas dit à Jésus : 6 Kupio; (xou xai 5 Beo; (jlou, XX, 58. Le génitif absolu est employé avec les significations très différentes de : comme, II, 3; VI, 18; parce que, V, 13,

quoique, XII, 37: XXI, 11; il ne se trouve jamais dans les discours du Seigneur. Le génitif partitif se rencontre souvent avec Ix : I, 26, 35; VI, 64, 70, etc. Le datif de l'instrument est employé sans préposition. XXI, 8; le datif est employé pour marquer l'achèvement du temps, II, 20; pour fixer un moment. IV, 53. L'accusatif est employé adverbialement, tov àpieaov, au nombre, VI, 10; tvjv àp/r'v, d'abord, VIII, 25. Il est employé pour marquer le temps, mais non la durée, IV, 52, 53; par assimilation, ^ àyaTTY) •J^v :riYâTtYi(îa; fie, XVII, 26. Cf. Eph. II, 4.

Sur l'emploi des nombres nous avons déjà relevé quelques observations. Comme exemple de la liberté du IV® évangile, examinons le passage sur le bon pasteur, X, 1-27. Jean débute par mettre régulièrement le verbe au singulier avec un sujet au pluriel neutre : Ta Trpdêaxa... «y.ouei... TropEusxai... àxoXouôel; puis il passe au pluriel : oiSatriv, àxoXouôv-^aoudiv , pour revenir au singulier : o& ûùx laxtv Tot 7rpo6aTa,puis au pluriel : àxououffiv.

L'accord entre le déterminatif et le nominatif se fait quelquefois avec l'idée du personnage nommé et non avec le genre du nom, XVI, 13 : otav Sa IXÔv] IxeYvoç, xo TTveîîfxa. Cf. VI, 9. L'article est fréquemment employé pour insister sur le sens déterminatif : ô ttoijaV ^ xaXo;, X, 11; 6 fjLaôyjxriÇ ô aXXoç, ô -^MMaxhii xou àpytepÉoK, XVIII, 16; pour marquer l'harmonie ou lantithèse, ou l'emphase; il est répété devant les adjectifs possessifs, III. 29; V, 30; VII, 6, 17; VIII, 56; ou non, I, 9; VI, 32; II, 1; III, 16; XVIII, 16. Il est très rarement employé avec l'infinitif, 4 fois seulement, au lieu de

24 fois dans Matthieu, 15 fois dans Marc et 70 fois dans Luc.

Les pronoms démonstratifs reçoivent des sens spéciaux : aCiTo'ç signifie lui-même ; IxeTvo; est emphatique ; oStoç, celui-ci, même ; le pronom personnel est emphatique, 1, 20, 26; le relatif subit tantôt l'attraction, IV, 50, tantôt non, II, 22. Au lieu du génitif du pronom personnel Jean emploie plus souvent l'adjectif possessif, surtout i[j.6ci au lieu de [aou, 34 fois tandis que Matthieu l'a 5 fois, Marc 2 fois, Luc 3 fois. Seul dans le Nouveau Testament il le sépare du nom en le faisant précéder de l'article : ■^yapà ri Ijxti, III, 29; ^ xpiatç ^ lar^, V, 30 ; c'est sous cette forme qu'il l'emploie le plus souvent, 27 fois contre 7 fois suivant la forme ordinaire 6 IfjLoç, suivi d'un nom.

Le IV*^ évangile emploie l'aoriste quand on attendrait le parfait, X, 32; XII, 28. et inversement, le parfait quand on attend l'aoriste, XV, 24; XVI, 27. Le plus-que-parfait est beaucoup plus employé que dans les évangiles synoptiques. Le présent historique est aussi fréquemment employé que dans Marc. Le présent est employé quand on attend le futur : XVI, 15 Sii TOÎÎTo eiTTOv oTi EX TOu Ijxoû XafxêtxvEt, xai âvoLy^eXeX ^f*ï^) c'est pourquoi j'ai dit qu'il prend (pour prendra, comme il dit f 14) du mien et vous l'annoncera. Le présent est encore employé pour le futur, XX, 17; VII, -33, 34; XI, 47 : Ti Trotoïï[^.£v pour TroniffOfjiev. Le participe aoriste est employé quand on attend le participe futur, XVI, 2 : àW ipyt-zai wpa ?va itaç ô àTroy.xetvaç uixaç, une heure

vient (viendra) où quiconque vous aura tué. Le parti-

cipe présent avec l'article est employé pour établir une loi générale, qui embrasse le présent et le futur : XIII, 20, ô Xaixêavojv av xtva 7r£u.'|/w £[jl£ ^afxêavsi. Cf. VI, 35. Le JV° évangile distingue bien entre l'aoriste et le subjonctif présent : X, 38, iva -{vont xa\ yivcoux-riTe, mais si je fais (les œuvres de mon Père) encore que vous ne me croyiez pas, croyez ces œuvres afin que vous ayez su et que vous reconnaissiez que le Père est en moi. Le IV* évangile emploie fréquemment lâv avec le subjonctif présent ou aoriste et on ne voit pas bien la différence de signification; ainsi : VllI, 31, sàv uixeïç {XEivï^TS Iv TÔi Xoyw Tw IfJiw, éXrfiox; [jcaôriTai jjlou laxe xat YvwcredÔe Trjv àX^ÔEiav. M£ivr,Te est mis ici pour le présent, lequel a un sens futur. Jean n'a pu vouloir dire : Si vous avez persisté dans ma doctrine, ce qui serait une contrevérité, puisqu'il s'adressait aux Juifs.

L'optatif n'est jamais employé dans le IV*^ évangile. La leçon, XIII, 24 : Neuet oOv toutw 2t(xti)v Ui-c^o^ TruôÉaôai xi; àv £i7),qu on trouve dans ADrAAn, est une corruption ; le vrai texte est : Xiyît aùrov eittè xt'.; èffxtv. Le participe est fréquemment employé pour signifier la cause : IV, 6, '0 ouv 'Iviffouî xexoTciaxwç Ix r?)? ôSoiTropiaç, Jésus fatigué, c'est-à-dire parce qu'il était fatigué. Plus loin, le participe est employé quand on attendrait une conjonction et un mode personnel ; IV, 9 : IIô)!; au 'louSaïo; wv Ttap' i[).oZ tteTv aiXETç y^vaixoç 2a[jLap£ixiooç outrriç ; Comment (pourquoi), puisque tu es Juif, me demandes-tu à boire puisque je suis une femme samaritaine?

Le IV- évangile emploie souvent le participe pour introduire les événements importants : XIII, 1-4 : I,

38, fftpacpetç 8è 6 'Irjdoïï; >ca\ ôeaaotfxevo;. Cf. V, 6; VI, 5; VI, 61; XIX, 28, tous passages où le participe introduit des actes importants de Jésus. L'emploi des voix est à peu près régulier dans le IV*" évangile, sauf pour quelques verbes à la voix moyenne.

Faisons quelques remarques seulement sur Femploi des particules dans le IV' évangile. Nous verrons que souvent les conjonctions sont supprimées. 'AXXa, pour marquer la différence, surtout la contrariété : non ceci, mais cela, se rencontre fréquemment par suite de l'habitude de l'écrivain de tout présenter sous un double aspect. AÉ, rarement adversatif, signifie plutôt : ensuite. MÉv et Se, 5 fois dans le IV*' évangile, se trouvent 2 fois seulement dans les discours du Seigneur et cela dans son dernier discours à ses disciples. Nous avons déjà parlé de l'emploi de iva. Cet emploi répété montre bien la mentalité de l'auteur qui, à tout, voit un but, un dessein : Jean a été envoyé, tva (ji.aprjpvi<7vi, I, 7, 8; le Fils, tva oo)6îi ôxo'fffjLoç, III, 17. Jésus parle, iva ufxeTç ffojô^te, V, 34 etc. Le IV^ évangile à lui seul emploie fva aussi souvent que les synoptiques réunis, 150 fois contre 155 fois.

La conjonction xat au sens narratif est peu employée, excepté dans le F' chapitre: Ivàpy^^vôXoYo;... xalôXoyoç... xai 0£o<;. Nous avons ici une imitation du commencement de la Genèse. Kai'est employé dans le IV*^ évangile pour faire ressortir une affirmation ou une négation : I, 10, 11; III, 11, 12; pour signifier : cependant, III, 19; IV, 20; VI, 49 : oî TraTÉpeç 6(jlwv t<^a.-^ov to jAolvva... xat (XTrÉôavov. Cette signification de xat provient de l'araméen. Kat

introduit souvent une sorte d'exclamation, II, 20; VIII, 57; XI, 8; il signifie encore aussi, XII, 10. Après une protaseavec à', eî, xaôwi;, on trouve fréquemment xai dans Tapodose, V, 19-26 : St yàp àv ix.iiyo<i ttoi^ xauxa xat ô uto; ô(xo(oi)ç Ttoisï... wffTTêp... xai. Cf. VIII, 19; XIV, 7; XII, 26. Signalons encore la fréquente répétition de xat ôfxsTc;, Kaîest d'ordinaire combiné par craseavec i^oi, Ifxoi, l^>.s, av (excepté V, 24), Ixet; toujours avec Ixetvo;, moins XIX, 35. "On, très fréquent, est employé avec les sens très divers de : que, parce que; il est suspensif, explicatif, cause d'action, preuve ou simplement introductif d'un fait, I, 20 : xa\ a)(jLoXoYT'i<i£v oTilyw oùx tl\t.\ ô XpisToç.

Comme formule de transition entre les faits, le IV* évangile emploie (xeTà toîîto ou xauta, dans les premiers chapitres I-VII ; il y revient encore quatre fois, XI, 7, 11; XIII, 7; XIX, 28, 38, mais dans les chapitres XI-XVI, XVIII-XXI, la formule de liaison est le plus ordinairement o5v, laquelle conjonction se retrouve très souvent, même dans les premiers chapitres, en tout 195 fois, contre 56 fois dans Matthieu, 4 fois dans Marc et 30 fois dans Luc.

Comme liaison entre les sentences relevons aussi les termes de comparaison : xaÔw<;... ou-rwç. Cf. III, 14; V, 19, 21, 23, 26, 30; VI, 31, 58, etc.

Signalons parmi les figures de grammaire que l'on retrouve le plus souvent dans le IV" évangile : 1, L'asyndeton, qui consiste à supprimer dans une phrase les particules conjonctives : I, 26; 41-43; III, 31 ô avwôcv £p)^0[X£Voç... ô wv èx. T^ç Y^i^-*' ^ ^^- "^^^ oùpavoû £pj(0(xe-

voç. Cf. III, 31, 32, 33; V, 23, etc. Il faut ranger parmi

les asyndetons toutes les phrases qui commencent par un verbe, dont il est parlé plus loin.

2. L'anacoluthe, lorsqu'il y a changement de construction dans la phrase : YI, 39, iva tcôcvS SéSwxév [xoi [xt) àiroXeao) èl aurov. Cf. VIT, 38.

3. L'ellipse, lorsqu'on supprime un mot qui peut être suppléé par le contexte : IV, 25, oTSa on ô Meaçt'a; ipytTOL'.... lyco tliiu Cf. XIII, 8, 9; XVIII, 39; YI, 62. Il y a ellipse dans cette expression de Jésus : lyw état, VI, 20; VIII, 24, Cet emploi elliptique de v{m eîfjtt, sans prédicat, se trouve 9 fois dans le IV® évangile. Nulle part on ne retrouve cette formule. Le IV" évangile supprime quelquefois laxi. Tt Ifxol xai dot, II, 4. Tt irfoq cré, XXI, 22. Si nous pouvions entrer dans le détail de ces formes grammaticales, nous constaterions qu'il existe dans l'emploi qui en a été fait une foule de différences très subtiles.

3- Stt/le du 7P évangile. Les caractéristiques les plus remarquables sont les répétitions et les variations de phrase, le redoublement des mots ou des propositions et les parenthèses.

1 . Répétitions de phrases ou de propositions : pa7tT(- ^eiv Iv SSaTi, I. 33, 26, 31 ; xai èxeï Ijjistvav, II. 12; IV, 40; X, 40; [jLapTupia àXvie-/iç, V, 31, .32; YIII, 13, 14; xataêatvwv EX Toîi oùpavoïï, VI, 33, 41, 50, 51, 58, etc.Abbott relève soixante exemples de cette répétition de propositions.

Ces répétitions prennent souvent la forme de la figure grammaticale appelée chiasme, lorsque le commencement et la fin d'une sentence sont sembla-

bles. L'exemple le plus remarquable est celui du prologue, I, 1-4 : Iv àpyr^ i^v ô Xo'yoç, x«i bXôyotiYiy irpoç tov 0£ov, xal 0eoç ^v ôXdyoç. Cf. III, 31; VII, 24; ^lU, 16. Abbot' relève vingt-quatre exemples de chiasme, entre ceux qui rentrent dans la catégorie des répétitions. On trouve aussi de nombreux exemples de paronomase, figure analogue à la précédente. Cf. X, 11; XIII, 20; XVII, 2, 9, 11,12; VIIL 38, 44, etc.

2. Variations de sentences. Quelquefois Jésus répète des paroles qu'il a déjà dites auparavant, et il ne les répète pas toujours dans les mêmes termes. Les variations sont uniquement d'expressions et pour la plupart du temps insignifiantes. Voici les plus caractérisées : VI, 44 : otjSstç Suvaxai sXôeTv Trpo'ç [xe, làv \j.\ h Tt«Tïip, ô Ttéuii^a; [XE, IXxuffV) aitôv, et VI, 65 : sipïixa ujxTv on oùSài; ouvaTHi IXôeîv Trpo'ç (/s làv \l-^ vj SeSotxevov auTw ex tou Tratpoç. Cf. VIII, 51 et VIII, 52.

3. Redoublement de sentences. On trouve dans le IV" évangile des redoublements par affirmation et par négation.

A. Redoublements affirmatifs. I, 7, 8 : oOxoi; i^Xôev eU [xaptupiav, iv« [jiapTup-/i(ivi Trapi toïï cpMTOç... oùx r,v Ixêïvo; TO coiôç àXX' iva jxapTup>i(TV] TT£p\ TOU cpono'ç. Cf. IV, 23, 24; Xlîl, 34; XIX, 10; IV, 14; II, 9; X, 11, 14; XV, 1-5, etc.

B. Le redoublement par négation et affirmation est très fréquent. La négation est d'abord exprimée : I, 13, oî oùx i\ aîu.dcTwv oùôs... ouSé... àXX' ex ©soîJ lYsvvii6-/i<jav.

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