‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 81 sur 137 · Johan. Grammar, p. 4H · texte numérisé non relu

Johan. Grammar, p. 4H

Cf. III, 15, 17, 36; IV, 14; V, 19, 24; VI, 27, 39, 53; VII, 10, 24; VIII, 12, etc. L'affirmation est placée la première : I, 20, w[xoXo'yr,aev xal ow, ^pvr'craTo. Cf. VIII, 18; X,28. etc.

4. La parenthèse. Le IV^ évangile contient un certain nombre de parenthèses ou de sentences intermédiaires explicatives : Ixsîvoç Se i'Xs.^e'j Trspi xoîi vactî Toïï (TtouaToç aÙTou, II, 21. Cf. YIl, 39; YIll, 27; XI, 13; XII, 16, 33, ou des sentences indicatrices du temps : wpa ^v u)ç Sexaty], I, 40; V, 9, d'un lieu, ^v oi o <I>t'Xi7nroç àizo Bti6ffaïSot, I, 44; traduisant un terme hébreu, I, 29, 42, 43, etc. Ce sont des réflexions de l'auteur. dTz&v Se touto oÙ)( 8x1 TTépi T'ôv TTTwywv ejxeÀêv «ÙtS, ctc, XII, 6.

5. Signalons encore d'autres caractéristiques du style du IV'^ évangile. Et d'abord, la simplicité et l'uniformité des sentences, généralement composées du sujet, du verbe et de ses compléments et d'ordinaire sans incidentes. Elles sont courtes, VI, 68; VU, 19, etc., et presque toutes bâties sur le même modèle, ce qui engendre la monotonie. Les phrases sont même coordonnées, lorsqu'elles devraient être subordonnées : I, 10; II, 19, etc. Elles commencent par exemple par xai. Le verbe est placé en tête de la proposition : 1,40-52; II, 17-20; IV, 3-7, etc. ; cette tournure est très fréquente. Cette brièveté de la phrase lui donna aussi une grande force : Xéyei «Otoï;* Ttva î^tjteTte; 'A7rexp(0Yi<jav otÙTw' 'It)<70uv tov NaÇojpaTov. Asysi otuToT;* 'Eyw e'if-ii, XVIII, 4, 5.

Le IV" évangile appelle l'attention du lecteur en donnant à certains mots la première place ; en plaçant.

par exemple, le démonstratif comme résumé : o Iwpaxev xa\ vixouffev toûto (jiapTupeï, IIl, 32; OU en ne le mettant pas à sa place grammaticale : aXXà xauxa tî Iïtiv eiç toffoÛTouç, VI, 9; X, 9; XI, 29, etc.; ou en répétant le pronom : ô TcéfA^j^ai; jxs Traxrjp, Ixeïvoç [ASfJiapTupyixev, V, 37,

Souvent dans les discours du Seigneur nous trouvons des sentences brèves : lyw eljjit to cpwç tou xô<t(jlou ; lyw sVif, 6.îpa, X, 7. Cf. XVII, 1; VI, 35; XIII, 31; XIV, 1, qui sont comme le thème du discours qui va suivre.

L'emploi du parallélisme est très fréquent dans le IV® évangile :

III, 11 : *0 oïâafjLSv XaXoïï[X£V,

xai 6 lo)paxa|jiev (;i.apTupoûi/.sv.

La phrase paraît quelquefois rythmée de façon à produire une espèce d'hymne :

I, 1-3 : Iv àpyr, :^v ô Xo'yo;

xat 6 Xo'yoç "r^v Trpoçtov 0eov, xai 0eo; vjv ô Xoyoç.

O&TOç ^v Iv apx îi wpoî Tov 0edv.

IlavTa Si' auTOÎÎ Iyeveto.

xat /ojptç aÙTOÏÏ ly^veTO oùSè Iv S "^ifowev.

De ces nombreuses observations, que nous aurions pu multiplier encore, il résulte que la langue du IV* évangile offre des caractères tout à fait spéciaux, qui la placent à part de la langue des autres livres du Nouveau Testament. C'est une langue qu'il serait exagéré de traiter d'artificielle, mais qui est certai-

nement très travaillée dans sa simplicité apparente. De cette simplicité se dégage une impression de majesté et de grandeur, qui provient de la profondeur des idées exprimées en quelques mots éblouissants : Je suis la lumière du monde... Je suis la résurrection et la vie. Reconnaissons cependant que l'emploi des mêmes procédés produit une certaine monotonie, qui n'est relevée que par le charme doux et pénétrant qui se dégage de ces idées incessamment répétées. Qu'on lise par exemple les derniers discours du Seigneur et l'on ne pourra se défendre de cette impression.

§ 12. — Le texte du IV« évangile.

Le nombre des variantes est moins élevé dans le IV"" évangile que dans les évangiles synoptiques. Ce n'est pas que cet évangile ait été copié moins souvent que ceux-ci ; mais il n'a pas eu à subir comme eux l'influence d'un texte parallèle. Le codex D est dans le lY'' évangile moins divergent des textes alexandrins et syriens que dans les évangiles synoptiques ou les Actes des Apôtres. Quelques variantes cependant présentent une certaine importance dogmatique. Ainsi, I, 18 : ô LtovoYev?)? uidç OU jjLOvoyevr); 0£o; ; V, 36 : [xei^w OU [iei^wv ; YI, 69 : oxi cb gî ô ayioç -rou 0£oïï ou 6ii au d 6 Xpiatoç ô uîôç TOÙ 0eou (toù Çwvtoç) ; IX, 35 : 2ù Triatgueiç eîç tov uiôv Toù 0eou ou àvepwTtoi». D'autres sont simplement des variantes historiques : XIII, 2, SetTCvou Yivojjievou ou fi'voii.évou; littéraires ou géographiques, comme B-/iOa6apa, Br,9av(a, ErjOedSot, elc, OU des omissions : III, 13. 6 wvlv

Tw oupavto ; III, 31, 32, £7râvw Travto)v Icti'v; IV, 9, ou yàp G'jf/ fôi'^xciii TouSaToi Saj/apEiTai; ; VIII, 59, SieXOtov... itapy;- Yev oÛTto, qui ne se trouvent pas dans tous les manuscrits, principalement dans les alexandrins et les occidentaux.

Trois passages ont attiré spécialement l'attention des critiques : L'ange de la piscine de Bethzatha, V 3 , 4; la péricope de la femme adultère; VII, 53-VIII, 11 et le chapitre XXI^, Nous allons les discuter brièvement.

1, Vange de la piscine : V, 3*^, 4. Les autorités ne sont pas complètement les mêmes pour le f 3^ et pour le f 4.

1, ^ 3 : £x5£you.£vojv T/)v Toïï uSaTOç x(v/](ïiv SC trouvc dans A- C-^ DIFAA, etc., plusieurs codex vieux latins, la Vulgate, les versions syriaques : Peschito, Harkléenne, la bohaïrique, l'arménienne, l'éthiopienne, Chrysostome, etc. Ont omis ces mots : nA* DC*L, 3 minuscules, les syriaques curetonienne et ludovisienne, des manuscrits égyptiens.

2, V, 4 : "AyysXo; Yàp... xa^eiyeio voaï][ji.aTi se trouve dans AC^ EFGHIKLM, etc. , abceff^g, dans les versions Vulgate, syriaques : Peschito, philoxéno-harkiéenne, thébaine, arménienne, mais avec une grande fluctuation du texte. Le f est marqué d'astérisques ou d'obèles dans SAIIjdans dix-sept minuscules, 814 21 24 32, etc. Tertullien, Didyme et d'autres écrivains, à partir du iv"^ siècle, y font allusion. L'ont omis : nBCD, 33 157 134; les codex vieux laiins, dflq ; les manuscrits de la ^'ulgate DZ ; les versions syriaques : cureto-

nienne, ludovisienne, des manuscrits des versions égyptiennes, arméniennes. Ce verset se présente sous trois formes différentes dans les manuscrits de la Vulgate qui le contiennent ^ .

En résumé, les autorités alexandrine et occidentale, les plus anciennes, sont contre l'authenticité de ces versets , qu'admettent les autorités syriennes , moins anciennes. En outre, ils contiennent des mots étrangers au reste du IV® évangile : Totpa/^vjv, ov^tcote, vo'(jy]ua. Mais, d'autre part, ils sont nécessités, dit-on, par le f. 7. En fait, ce verset mentionne seulement un mouvement de l'eau, ce qui réclame seulement le f 3'' , lequel, en effet,' est admis par les autorités occidentales. Le f 4 serait, dit-on, un développement subséquent du texte pour expliquer le mouvement de l'eau, lequel serait dû simplement à ce que la source était intermittente. Le passage est canonique puisqu'il est dans la Yulgate.

IL Péricope de la femme adultère^ VII, 53-VIIl, 11.

1" Autorités. 1. Possèdent cette péricope les majuscules DFGHKUI; la majorité des minuscules, des évangéliaires; les versions hier osoly mitaine, bohaïrique, éthiopienne, vieilles latines, bceff^, Vulgate. Euthymios Zigabenos ^,xie siècle, l'a commentée, mais en faisant observer qu'elle n'était pas dans les manuscrits exacts, TrapJtToîçàxpiêéffiv àvnYpacpoiç,OU qu'elle était frappée d'obèles. Il ne la croit donc pas authentique. La synopse dite d'Athanase la place après Jean, Vlll,

\. WoiiDswoRTH, White, Nouum Testamentum, p. 633, Oxonii, 1889. 2. Com.inJoan. Migne, CXXIX. coL 1280.

20. Les Constitutions apostoliques, II, 24, connaissent l'histoire d'une pécheresse renvoyée, non condamnée par Jésus. On ne peut savoir si elle était comprise dans les canons eusébiens. La Didascalie des Apôtres, 5, y fait allusion. Saint Ambroise et surtout saint Augustin la connaissent. Celui-ci explique même que cette péricope a été enlevée des manuscrits par des hommes qui craignaient qu'on accordât l'impunité à leurs femmes adultères ^ La tradition latine est, à dater de cette époque, en faveur de l'authenticité de cette péricope.

2. Ont marqué cette péricope d'obèles ou d'astérisques les majuscules EMSAFI, 58 minuscules. Dans LA la place de cette péricope a été laissée en blanc ; dans les minuscules 9 15 31 40 etc.; 12 en tout, elle a été ajoutée postérieurement.

3. Omettent cette péricope : les majuscules n ABCNT XA, 91 minuscules, 30 évangéliaires, les versions syriaques : curetonienne, ludovisienne, Peschito. harkléenne, les versions arménienne, gothique, sahidique, les vieilles latines, a b f 1 q. Elle n'est pas dans le Diatessaron de Tatien, que nous possédons, ni dans le commentaire de saint Ephrem. Elle est absente aussi des commentaires arméniens. Elle n'a été commentée par aucun Père grec avant le xi*^ siècle, pas même par saint Jean Chrysostome et saint Cyrille d'Alexandrie, commentateurs du IV*^ évangile. Tertullien et saint Cyprien ne l'ont pas mentionnée, quand ils parlaient du péché d'adultère.

l. Deconj. aduU. H, 6, 7.

4. Elle a été placée après Le. XXI, 38, dans les minuscules 13 69 126 136 346 356, groupe Ferrar; après Jn. Vil, 36, dansle minuscule 225. Quelques minuscules l'ont placée à la fin du IV'' évangile; d'autres ont déplacé seulement Jn, VIII, 3-11.

En résumé, les autorités alexandrines, palestiniennes, syriennes, arméniennes n'ont pas connu cette péricope. Les autorités occidentales Font ignorée aussi jusqu'au iv'' siècle, sauf quelques manuscrits vieux latins et le codex de Bèze, dont le texte date du ii^-iii'' siècle. Elle était donc connue à cette époque en Occident. Elle l'était aussi en Orient vers le vi*^-vii'' siècle.

2° Examen interne. Cette pcricope renferme un plus grand nombre de variantes qu'aucune péricope évangélique de même longueur. Von Soden a pu établir qu'elle se présentait sous sept types différents et il a essayé de déterminer l'archétype d'où ils proviennent ^

La langue de cette péricope présente des différences assez sensibles avec celle du IV'^ évangile. La particule employée au lieu deo3v; on aopOpoupourTrpwt, Jn. XVIII, U est 28 ; XX, 1 ; ô Xao'ç, pour ô o/Xoç, V, 13, etc. ; XVIII, 14 emploie ô Xaô;, mais dans le sens ordinaire de nation et non de foule ; on a avau.apTr,To<; (oÎTrai XEyôfiievov) pour aaapTiav oùx e/iov, IX, 41; XV, 22, 24; xaTaxpi'voj, 2 fois, pourxpt'vw, 14 fois dans Jean. On y remarque l'expression ol YP*F^|J^«'fEîi; xai oX 4>api(iaïoi, ordinaire chez les synoptiques, 18 fois, tandis que Jean dit : ot àpyispetç xat cl)api-

\. Die Schriften des N. T., in ihrer ultesten erreichbaren Texlgestalt, B. I, p. S07, Berlin, 190-2,

catoi, VII, 3; 2, etc. Cependant, von Soden a prouvé que dans le texte primitif il y avait àp~/jLt^tÎ!, et non •^p(x\j.[iciiiiq. Au lieu de l'interpellation : A'ôàjjcaXe, forme propre aux synoptiques, qui se retrouve ici, Jean emploie 'Paêêst, I, 39 ou 'Paêêouvei, XX, 16, en ajoutant S Xs^sTat SioaaxaXs.

D'autre part, on relève : (/rixéu ànâp-tavs, VIII, 11, paroles que Jésus avait déjà dites au paralytique de Betlîzatha, V, 14. Les expressions Iv tw vo(xw, vuvai, sont johanniques. Cependant le style paraît dans cette péricope plus bref, plus sec, plus nerveux que dans le reste de l'évangile.

On a fait observer que cette péricope présente, à la manière des synoptiques , un enseignement moral , tandis que le I V" évangile offre surtout un enseignement dogmatique. L'observation porterait s'il s'agissait là d'un discours du Seigneur et si l'on était obligé d'admettre que tous les récits johanniques sont une allégorie ayant une signification symbolique. En tout cas, diton, cette péricope n'est pas ici à sa place, car elle rompt l'enchaînement du récit, qui devient très naturel, si on la supprime. Au chapitre VII, il est question de discussions avec les pharisiens, discussions qui continuent au chapitre VIII, 12, lequel débute ainsi : Jésus leur parla donc de nouveau. A qui aurait-il parlé si la péricope est à sa place, puisque f 9 il est dit : Tous les interlocuteurs de Jésus s'étaient retirés. Cette observation aurait une certaine portée si l'on tenait l'évangile pour un récit strictement chronologique. En fait, l'auteur se préoccupe peu de tracer la suite chronologique des faits et des discours. De ce qu'un discours

est placé après un récit ou un autre discours, il ne faut pas toujours conclure qu'il en est la suite, même quand

il débute par inxk tauTa ou par uaXtv eXâXy)(J£v aùxoT;. Ainsi, après la discussion, VIII, 12-20, qui paraît se terminer f 20, recommence une nouvelle discussion par des paroles analogues à celles du ^ 12 : Jésus leur dit donc de nouveau.

En résumé, cette péricope n'a pas tous les caractères d'authenticité, mais elle en a de suffisants pour qu'on la croie johannique, ou tout au moins évangélique. En tout cas, elle est canonique, puisqu'elle est dans la Vulgate et qu'on doit la considérer comme visée par la formule du Concile de Trente « cum omnibus suis partibus ». Il est possible cependant qu'elle ne soit pas ici à sa place ; des manuscrits la mettent à la fin de l'évangile et d'autres dans l'évangile de Luc. Il est même possible qu'elle n'ait pas été dans le texte primitif du IV" évangile, puisque Papias, qui ne paraît pas avoir connu cet évangile, a peut-être parlé de cette histoire de la femme adultère ^ Quelques-uns ont même pensé que cette péricope serait un reste de ces fragments évangéliques primitifs, qui ont été incorporés dans les récits synoptiques, et qui serait resté à l'état sporadique. Le style précis, net, descriptif, puissant dans sa simplicité, presque lapidaire, de cette péricope, rappelle les plus beaux récits de Marc ou plutôt les dépasse tous, car il ne s'y trouve aucun de ces détails oiseux qu'on relève dans le IP évangile.

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