Adv. Ilaer.m, 13, a
d'autres qui peuvent être contrôlés par les documents sacrés ou profanes.
Prouvons d'abord l'accord des Actes des Apôtres avec les écrits sacrés. 1, Parmi ceux-ci nous mettrons en première ligne les épîtres de saint Paul, qui attestent la véracité historique de l'ensemble du livre et même des premiers chapitres des Actes, lesquels ont été le plus en butte à la critique rationaliste et accusés de n'être que la reproduction d'une vie légendaire de saint Pierre.
Ce témoignage des épîtres de saint Paul en faveur de la véracité des Actes est d'autant plus précieux qu'il semble bien que saint Luc n'a pas connu les épîtres de saint Paul. Cette affirmation paraîtra étrange à plusieurs, qui certainement ne pourront comprendre qu'un compagnon de saint Paul, tel que l'a été saint Luc, ait pu ignorer les lettres que son maître écrivait aux grandes communautés chrétiennes de Rome, de Corinthe ou de Galatie. Si les Actes des Apôtres avaient été écrits après l'époque où les épîtres de saint Paul ont été réunies en collection, le fait serait incompréhensible. L'auteur ayant entre les mains une pareille source d'informations n'aurait pu la négliger et la passer sous silence. Mais les Actes ont été écrits vers l'an 63 ; or, à ce moment, les épîtres n'existaient encore qu'à l'état dispersé et, aux yeux des contemporains, l'œuvre principale de saint Paul était son œuvre missionnaire, sa prédication et ses voyages. Comme il n'est pas à croire que saint Paul ait conservé un double de ses lettres, saint Luc n'a
dû connaître que les épîtres écrites par l'apôtre dans les temps où il vivait avec lui. Or, si nous en exceptons les épîtres de la captivité, il paraît certain que saint Luc n'a pas été le compagnon de saint Paul, lorsque celui-ci écrivit les autres épîtres. Luc est l'auteur du journal de voyage, ainsi que nous l'avons démontré! Mais ce journal commencé à Troas,XVl, 10, s'arrête au moment de l'emprisonnement de Paul à Philippes, XVI, 17, pour reprendre au passage de Paul à Philippes,^ lors de son troisième voyage missionnaire, XX, 5. Luc n'a donc pas été avec Paul pendant les années qui se sont écoulées depuis le premier voyage de l'apôtre en Grèce jusqu'à son dernier voyage de Grèce à Jérusalem. C'est précisément pendant ce temps qu'ont été écrites les épîtres aux Thessaloniciens, aux Corinthiens, aux Galates, aux Romains. Luc n'a donc pas connu ces épîtres et n'a pas pu les utiliser dans son récit. Pourles^ épîtres de la captivité, écrites à une époque où il était à Rome avec Paul, elles ne rentraient pas dans le cadre d& son livre. Ces constatations nous expliquent pourquoi Luc, si attentif à utiliser ses sources, a omis pour son récit tant de détails et même de faits importants, qu'il aurait connus, s'il avait eu les épîtres de Paul entre les mains. Comment n'aurait-il pas mentionné ces lettres, s'il les avait eues et s'il s'en était servi, lui qui cite dans leur entier des lettres beaucoup moins importantes , XV, 23-29; XXIII, 26-30? 11 aurait trouvé dans les épîtres les solutions aux problèmes de discipline et de dogme que soulevait le premier contact des Gentils avec les Juifs. Les Actes des Apôtres et les épîtres
pauliniennes sont donc deux documents indépendants les uns des autres et qui se fortifient mutuellement au point de vue historique, puisqu'ils sont en accord sur de nombreux faits et ne présentent que des divergences qu'on peut expliquer. Rappelons cependant que des critiques de valeur, tels que Ramsay, croient que Luc a connu les épîtres pauliniennes.
Passons donc en revue les récits des Actes, qui sont corroborés par le témoignage des épîtres pauliniennes. Nous citerons surtout les faits racontés dans les douze premiers chapitres des Actes, parce que ce sont ceuxlà dont on a le plus attaqué la valeur historique. Ceux qui voudraient étudier l'argument dans son ampleur pourront le suivre dans tout le développement que lui a donné l'anglais William Paley ^ .
Il ressort des Actes que Jérusalem a été le berceau de l'Église naissante, et le lieu où est née la première communauté chrétienne. Saint Paul, dans son épître aux Galates, atteste ce fait. Il n'alla pas de suite après sa conversion à Jérusalem voir les apôtres, I, 17, ce qui démontre l'existence dans cette ville d'une communauté dont les apôtres étaient les chefs. Quatorze ans après, Paul et Barnabe vont à Jérusalem, pour soumettre à la décision des apôtres et de l'église de Jérusalem la question si brûlante des observances légales pour les païens convertis, XV, 4 : Gai. Il, 1. Saint Paul, à diverses reprises, parle de quêtes pour les pauvres de l'église do Jérusalem.
1. Horae Paulinac, traduction française par Levaue, Mmcs, 1809.
Rom. XV, 25, 26; II Cor. IX, X; Act. XXIV, 17-19, confirmation très nette de l'état de choses qui nous est connu par les Actes ; la communauté chrétienne était pauvre et les ressources qui provinrent de la vente des biens particuliers ne tardèrent pas à s'épuiser. Dans la première épître aux Thessaloniciens, II, 14 = Act. V, 40; VIII, 1-3; saint Paul rappelle les persécutions qu'ont eu à souffrir les chrétiens de Jérusalem ; il mentionne aussi les églises du Christ répandues dans la Judée, Act. V, 16; XI, 1, 29 = Gnl. I, 22, et il prouve que déjà avant sa conversion toutes ne formaient qu'une Eglise : Je poursuivais, dit-il dans l'épître aux Galates, I, 14, l'Église de Dieu, expression qui rappelle celle des Actes : « l'Flglise à travers toute la Judée, la Galilée et la Samarie », Act. IX, 31.
Comme les Actes, Paul nous dit qu'à la tète de la communauté de Jérusalem étaient les douze apôtres, les apôtres qui étaient avant lui, et comme chef du collège apostolique il nomme Pierre, à qui, en toute circonstance, il donne une position prépondérante. Act. I, 13; VI, 2, etc. = 6'a/. 1, 17, 18; I Cor. XV, 5. Ce qu'il nous dit de Jean, de Jacques, de Barnabe confirme le récit des Actes, Cal. I, II. Sur Aquila et Priscille, saint Paul, I Cor. XVI, 19 et Rom. XVI, 3, nous donne les mêmes renseignements que les Actes, XVIII, 2 et 26. Même accord dans ses écrits en ce qui concerne les deux grands actes de la vie chrétienne, le baptême et la cène, l'enseignement de la doctrine chrétienne.
Un parallèle entre le récit de la conversion de Paul,
tel que nous le trouvons dans l'épître aux Galates et dans les Actes, fera ressortir la valeur historique de ceux-ci. Gai. I, 13-16 : « Vous savez, en effet, ma conduite autrefois dans le judaïsme, que d'une manière toute spéciale je persécutais l'Église de Dieu et la bouleversais et que je surpassais dans le judaïsme beaucoup de ceux de mon âge parmi mes compatriotes, plus jalousement attaché que j'étais aux traditions de mes pères. » Cf. Act. VIII, 3 et XXII, 3. « Mais quand il plut à celui qui ma mis à part dès le sein de ma mère de révéler en moi son Fils. » Cf. Act. IX, 3-5. « Et après tous il a été vu aussi de moi », I Cor. XV, 8 = Act. IX, 3-5.
Nous pouvons encore relever d'autres points de concordance entre les chapitres XIII-XXVIII des Actes et les épîtres pauliniennes ; sur ce point nous citerons seulement quelques références, car on reconnaît en général que pour ces derniers chapitres Luc a été bien informé.
Act. XVII, 5 = I Th. I, (î;