Let Apôtres, p. xv; Paris
simplement que l'auteur de ce livre était bien au courant des choses de son temps, histoire et administration, qu'il connaissait à fond la géographie des pays apostoliques, qu'il avait peut-être visités comme missionnaire chrétien, qu'il a su très habilement choisir et utiliser les sources orales et surtout écrites, où il a trouvé relatés en détails les événements du temps, mais tout cela ne prouve pas que les Actes soient, dans leur ensemble, une œuvre historique. Car, s'il y a un grand nombre de détails qui peuvent être vérifiés, il n'en reste pas moins beaucoup d'autres dont l'exactitude historique est douteuse, et en outre, dans l'ensemble, les faits ne sont pas présentés sous leur vrai jour.
La thèse peut donc être formulée ainsi : Les Actes des apôtres ne sont pas un livre vraiment historique : I, parce que, sur plus d'un point, ils ne sont en accord ni avec eux-mêmes, ni avec les autres documents sacrés ou profanes; II, parce que tous les événements sont choisis, défigurés ou inventés pour démontrer une thèse, à savoir l'accord entre les premiers apôtres et saint Paul, entre pétriniens et pauliniens; III, parce qu'ils relatent des faits non historiques, par exemple des miracles. Nous ne discuterons pas cette troisième objection. Sur cette question des miracles, il est inutile d'espérer convaincre les rationalistes, puisqu'ils rejettent, sans discussion, tout fait miraculeux, comme non historique. Nous n'avons pas à répéter ici les arguments qui établissent qu'extérieurement un miracle est un fait, qui peut être aussi bien documenté qu'un fait naturel et, par conséquent, posséder une certitude historique
tout aussi sûre que celle de tout autre fait. Harnack a étudié en détail ' les prodiges qui sont racontés dans les Actes ; il en compte quatorze dans le journal de route, soixante-dix-sept dans la première partie des Actes, dix seulement dans le reste du livre. Il explique d'une façon naturelle quelques-uns de ces prodiges et rapporte les autres à la mentalité de ceux qui les ont racontés. Il n'en conclut rien contre la valeur historique des sources qui les contiennent, sauf pour la source A.
Ceci posé, établissons d'abord, I, que les récits des Actes ne sont en désacord ni avec eux-mêmes ni avec les autres documents de l'époque sacrés ou profanes.
I. Les Actes sont-ils en désaccord avec eux-mêmes dans leurs récits parallèles ? Certains récits sont répétés dans les Actes, et, dit-on, ces récits ne s'accordent pas. Nous discuterons seulement les récits de la conversion de saint Paul. La conversion de saint Paul a été racontée trois fois, aux chapitres IX, 1-22; XXII, 3-23; XXVI, 12-19 des Actes. Or, dans ces trois récits, s'il y a accord pour la substance même du fait, il y a, dit-on, des divergences assez considérables dans les détails : ch. IX, 4, Paul tombe à terre et entend une voix, pendant que ses compagnons restent debout, étonnés, IX, 7; ch. XXVI, 14, Paul et ses compagnons tombent à terre ; ch. IX, 7, les compagnons de Paul entendent la voix, mais ne voient personne; ch. XXII, 0, ils n'entendent pas la voix, mais ils voient la lumière. Les paroles que Jésus adresse à Paul ne sont pas les mômes dans les trois récits; ch. IX, 5, 7 et XXII, 8, 10, ce sont quelques