‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 4)Chapitre 32 sur 82 · Dit Apostelgeschiehle, p · texte numérisé non relu

Dit Apostelgeschiehle, p

LES ACTES DES APOTRES. t21

mois seulement; ch. XXVI, 14, 15-18, c'est un assez long discours. En outre, les paroles adressées à Paul, XXVI, 16-18, sont, IX, 15, dites à Ananias; tandis que, ch. XXII, 15-21, elles sont dites en partie par Ananias, en partie par Jésus, apparaissant de nouveau à Paul dans le temple de Jérusalem.

Les deux récits, ch. XXII et XXVI, font partie du journal de voyage; pour ceux-ci, Luc a eu des renseignements précis; pour le récit du ch. IX, il a utilisé ceux dont il se servait pour les autres récits. Aussi doit-on constater que les divergences sont toutes de détail et nullement contradictoires.

Entourés par la lumière, saint Paul et ses compagnons tombent à terre, XXVI, 14, quoique, IX, 7, il soit dit : eruvoSsuovTe; aùxw eîdTi^xeiffav hioi, ils se tenaient debout étonnés. Tous sont tombés à terre, tout d'abord ; mais, pendant la vision de saint Paul, ses compagnons ont pu se relever, car ces mots, ainsi qu'il ressort du texte, IX, 7, se rapportent à la fin de l'incident, après que Jésus eut parlé. D'ailleurs, f(TTy,fit, intransitif au parfait et à l'aoriste second, a aussi le sens de : être arrêté, stationnaire, de se tenir immobile et même celui de : eTvat, être (Cf. Col. IV, 12; I Cor. VII, 37; Eph. VI, 14; Jx. VIII, 44); on pourrait donc traduire : ils étaient étonnés. Quoique dans la Vulgate il y ait : « stabant stupefacti », la traduction que nous venons d'indiquer reste possible, car stare est quelquefois employé en latin dans le sens de esse ' .

1. Vacuum sine aliis classibus stabit mare; Sé.ièqde, Hipp,, 472; Val. Fuccus, VII, 354. Cf. Ficus, Rom. Sj^'uche, p. 35â,

Qu'un récit dise que les compagnons de Paul virent la lumière, et l'autre qu'ils ne virent personne, il n'y a pas contradiction ; on peut voir une lumière sans voir quelqu'un. En outre, l'on dit qu'ils entendaient la voix; mais il s'agit de la voix de Paul, comme l'indique le contexte : o\ àvSpeç, IX, 7, etc., où il est dit que les compagnons de lui, oî cuvoSeûovTEç «ùtw, entendirent la voix (de lui, sous-entendu); dans l'autre récit, XXII, 9, il s'agit de la voix de celui qui parlait à Paul. Cette explication, donnée par saint Jean Chrysostome, paraît s'adapter assez bien au texte. D'autres exégètes croient que les compagnons de Paul entendirent le bruit de la voix, des sons, mais non des paroles, en ce sens qu'ils ne comprirent pas ce qui était dit; différence marquée par le texte qui, d'un côté, IX, 7, emploie le génitif avec àxouw, probablement pour signifier entendre un son, quelque chose; de l'autre, l'accusatif dans les trois passages IX, 4; XXII, 9; XXVI, 14, pour signifier entendre des paroles et les comprendre. C'est, du moins, ainsi que nous essayerons d'expliquer la différence des cas employés dans ces divers passages. Le grec classique offre aussi des cas différents suivant que l'objet de l'audition était une personne (emploi du génitif) ou une chose (accusatif), mais l'usage n'était pas général et la règle ici n'est pas applicable, puisqu'il s'agit toujours d'une voix. Ce qui rend plausible la solution présentée c'est que, dans le premier cas, il est parlé seulement d'une voix, tandis que, dans le second, il est question d'une voix qui parle, profère des paroles. Cette explication

d'ailleurs répondrait mieux à l'ensemble du fait; les compagnons de Paul ont été témoins de tout ce qui a été extérieur; ils ont vu la lumière et entendu le bruit, mais tout ce qui était intérieur leur a échappé; ils n'ont vu personne et n'ont pas compris les paroles de Jésus parlante saint Paul.

Enfin, que les paroles adressées à Paul n'aient pas été, suivant les trois récits, dites par les mômes personnes, cela importe peu au fond, puisque les paroles sont les mêmes, et ces divergences s'expliquent par la différence des passages où elles se trouvent. Le récit est présenté, au chapitre IX, dans un ordre strictement historique, dans tous ses détails, et suit assez exactement le récit du chapitre XXll, tandis que, au chapitre XXVI, dans son discours à Agrippa, Paul relate seulement les faits importants, et répète toutes les paroles qui ont été dites, sans distinguer explicitement ceux qui les ont prononcées, ou ceux à qui elles sont adressées. Des divergences d'aussi minime importance ne peuvent induire un esprit critique à douter de la valeur historique d'une œuvre; ce serait plutôt une raison de plus de l'airirmer,

II. Les Actes des Apôtres sont-ils en désaccord avec les documents historiques sacrés et profanes? Il est inutile de discuter longuement l'objection que l'on a faite sur la divergence qui existe entre les deux récits de saint Luc sur la chronologie des faits qui ont suivi la résurrection. Quelques mots suffiront. D'après l'évangile de saint Lue, XXIV, 51, le soir du jour de la résurrection, Jésus-Christ apparut à ses disciples ras-

semblés à Jérusalem, puis, après leur avoir parlé et mangé avec eux, il les conduisit à Béthanie, et là, après les avoir bénis, il fut enlevé au ciel. Le récit de saint Marc, XVI, 19, est en concordance avec celui-ci. D'après les Actes, I, 3, Jésus passa quarante jours avec ses apôtres, avant de monter au ciel. Saint Matthieu et saint Jean confirment ce récit.

Il n'y a pas en réalité contradiction entre ces divers récits ; les uns seulement sont plus complets que les autres. Il n'y a dans l'évangile de saint Luc aucune indication précise du temps où eut lieu l'Ascension; l'auteur a rassemblé dans ce dernier chapitre diverses apparitions, XXIV, 44 et 50, sans marquer qu'elles ont eu lieu à des époques différentes. Du contexte même il ressort que tous ces événements ne se sont pas passés le même jour. On ne peut supposer non plus que l'Ascension du Seigneur eut lieu en pleine nuit , ce qu'il faudrait admettre si on l'a placée au jour de la Résurrection. En fait, saint Luc résumait la fin de la vie de Notre-Seigneur, se réservant de donner dans un ouvrage subséquent les détails qui étaient l'introduction à la mission des apôtres. Peut-on supposer en effet, comme l'ont fait quelques-uns (Holtzmann, Weiss, etc.), que saint Luc ignorait, lorsqu'il écrivit son évangile, combien de temps avait duré le séjour de Jésus-Christ sur la terre, après sa résurrection? Son maître, saint Paul, aurait pu le lui apprendre. En réalité, il n'y a ici, comme en beaucoup d'autres endroits, que manque de précision dans les dates. Mais n'oublions pas que les écrivains sacrés n'ont pas

écrit des annales historiques, mais des livres destinés à nous faire connaître les vérités divines que Jésus- Christ leur avait enseignées. La fixation exacte des dates leur importait donc bien peu.

Les divergences relevées entre saint Matthieu et les Actes, à propos de la mort de Judas, ne sont pas beaucoup plus sérieuses. D'après saint Matthieu, XVII, 3-11, Judas repentant, lorsqu'il vit Jésus-Christ condamné, rendit les trente deniers aux prêtres et se pendit. Avec l'argent de la trahison, les prêtres achetèrent un champ, qui fut appelé Hakeldama, le champ du sang. D'après les Actes, I, 18, c'est Judas luimême qui acheta le champ avec le salaire de son crime, et, étant tombé sur la face, il creva par le milieu du corps. La seconde divergence s'explique facilement; déjà la Vulgate avait indiqué la solution; au lieu de tcprivr';, qui signifie tombé sur la face, elle met : suspensus. Judas s'étant pendu, la corde se rompit et, en tombant, il creva par le milieu du corps. D'après la première divergence, le champ fut acheté avec le prix de la trahison ; mais saint Matthieu dit que les prêtres furent les acheteurs, les Actes disent : Outoç (jièv oov ïXTT^aaTo xtoptov. Quel est le sens exact de èxTi^iraTo? KTcxo(x«t signifie acquérir, obtenir. On peut donc dire que Judas acquit, obtint avec l'argent de sa trahison le champ où il mourut ; mais il n'est pas nécessaire qu'il en ait été lui-même l'acquéreur, pourvu que le champ ait été acheté avec son argent.

Les divergences avec les livres de l'Ancien Testament paraissent plus sérieuses. Saint Etienne, dans

son exposé de l'histoire du peuple juif, est, dit-on, on plusieurs passages, en désaccord avec les écrits bibliques. Saint Etienne dit que Dieu ordonna à Abraham de s'établir à Harran, VII, 3, tandis que, d'après la Genèse, XII, 1, Abraham reçut Tordre de quitter Harran. Il ajoute que celui-ci quitta Harran après la mort de son père, YII, 4, et d'après la Genèse, XI, 26, 32; XII, 4, Tharé vécut encore soixante ans après le départ de son fils. Chapitre VII, 5 il est dit qu'Abraham ne posséda rien de la terre promise, pas même de quoi y mettre le pied, et d'après la Genèse, XXIII, il avait acheté un champ avec des arbres où se trouvait une caverne double. En outre, saint Etienne dit, VII, 16, que Jacob et ses enfants furent ensevelis à Sichem, dans le tombeau qu'Abraham acheta des fils d'Emmor, à Sichem. Or, d'après la Genèse, Jacob fut enterré à Ilébron L, 13; l'emplacement de Sichem n'a pas été acheté par Abraham, mais par Jacob, Genèse, XXXIII, 19. Abraham a acheté pour un tombeau la grotte de Macpéla, près d'Hébron, de l'Hétliéen Ephron, fils de Séor. D'après les Actes, VII, 14, la famille de Jacob était composée de septante-cinq personnes; d'après Genèse, XL VI, 26, elle n'était que de soixante-six personnes. Actes, VII, 22, il est dit que Moïse était puissant en paroles; dans l'Exode, au contraire, IV, 10, Moïse déclare qu'il ne sait pas parltM et Dieu lui dit qu'Aaron, qui est éloquent, parlera pour lui. D'après les Actes, VII, 30, c'est un ange qui apparut à Moïse dans le buisson ardent, tandis que, Exode j III, 2, c'est Dieu lui-même qui apparut. Ce

sont les anges, VII, 53, et non Dieu, qui ont donné la loi au peuple hébreu. Enfin, dans la citation d'Amos, Vil, 42, 43, les Actes assignent Babylonc comme lieu de déportation, tandis que le texte hébreu d'Amos parle de Damas. Nulle part il n'est dit dans l'Ancien Testament, comme dans les Actes, VII, 52, que les Juifs ont persécuté tous les prophètes. Plus d'un a vécu tranquille et honoré.

Voilà, dans un seul discours, une collection de divergences qui pourrait produire sur le lecteur une impression fâcheuse, mais qui ne subsistera pas à un examen attentif des faits. Cependant avant de passer au détail, une remarque préliminaire est nécessaire. 11 faut observer qu'en matière historique, ne touchant en rien à la foi et aux mœurs, et surtout pour les faits de détail, l'auteur inspiré a pu s'exprimer suivant le langage du temps. Cette opinion est adoptée par les critiques catholiques. Récemment, le P. Knabenbauer l'a exposée de la façon suivante : Referunt [documenta) qidd ejiis aetatis homînes de Us certaminibus crediderint neque cnim tali navvandi modo iillo pacto quidquam derogatur sanae notioni inspirationis^ . Saint Etienne a donc pu en quelques détails parler d'après les croyances populaires de l'époque et, de fait, plusieurs des divergences relevées se retrouvent dans les Septante, dans Philon et dans la littérature raljhinique du temps. De plus, elles se rapportent

KNAnFNBAij.it, Commentarius in duos libres Macchabaeorum,

p. -IQ, Paiisiis, 1907.

presque toutes au texte massorétique ; or, il n'est pas prouvé qu'en plusieurs passages la leçon des Septante ne doive pas être préférée à celle des Massorètes. Il y a en outre toujours lieu d'être très réservé toutes les fois qu'on se trouve en face de divergences, provenant de chiffres ou de noms propres.

Passons au détail. La première divergence s'explique par ce fait que Dieu donna à Abraham l'ordre de quitter Ur et plus tard Harran; la Genèse rapporte le deuxième ordre et les Actes le premier; mais, que la Genèse ait connu le premier ordre, cela ressort du texte, XV, 7 : Ego eduxi te de Ur Chaldaeorum. \*\\\lon^ dit positivement qu'Abraham reçut deux fois lordre de quitter le pays qu'il habitait.

D'après la Genèse, dit-on, Tharé était encore vivant, quand son fils quitta Harran, puisque Abraham avait à ce moment septante-cinq ans et que, lors de sa naissance, Tharé avait septante ans. Donc, lorsque Abraham quitta Harran, Tharé avait seulement cent quarante-cinq ans, et il est mort à l'âge de deux cent cinq ans. Il vécut donc encore soixante ans après le départ de son fils Abraham. Le calcul serait juste si Abraham était né certainement dans la soixante et dixième année de son père Tharé, mais rien ne le prouve, sinon le texte. Genèse, XI, 26 : Vixit Thare sepluaginta annis et genuit Abram et Nachor et Arani. Mais il est possible qu'Abraham ne soit pas le

i. Abraham, XIV, l.'i. Cf. Joski'UK, Anl. juives, ), 7, 1.

fils aîné et ne soit nommé ici le premier qu'à cause de sa dignité de père du peuple juif; il existe d'autres passages de l'Ancien Testament, 1 Par. I, 28; Genèse, IX, \S\ Exode, V, 20; Genèse, XLVIII, 5, 20, où l'ordre de primogéniturc n'est pas observé. Tous ces chiffres d'ailleurs sont sujets à caution ; d'après le Pentateuque samaritain, Tliaré mourut à l'âge de cent quarantecinq ans, l'année même où son fils quitta Harran; Pliilon affirme aussi qu'Abraham partit d'Harran seulement après la mort de son père [De migratione Abraham, p. 415). Quelques cxégètes donnent aussi au mot àTToôaveîv un sens spirituel, que nous jugeons inutile de relever.

Lorsque saint Etienne dit qu'Abraham ne posséda pas même la place de son pied dans la terre promise, c'est une manière de parler qui ne saurait prouver qu'il ignorait l'achat du champ d'Hébron par Abraham, puisqu'il en parle lui-même, VII, 16. Il reste vrai néanmoins qu'il n'eut, comme dit saint Etienne, dans cette terre, aucun héritage, xXripovofxîa.

La divergence suivante est, sur quelques points, irréductible, quoiqu'on puisse voir d'où elle provient. Et d'abord, le texte ne dit pas nécessairement que Jacob fut enterré à Sichem, VII, 15; (xeTEtéôrjffav peut avoir pour sujet ol itatépe; seulement, à l'exclusion de «Otoç. C'était une tradition rabbinique, vivante encore au temps de saint Jérôme, que Joseph et ses frères avaient été enterrés à Sichem. Jacob n'a pas acheté à Sichem un tombeau, mais le champ où il avait dressé ses tentes, et où il érigea un autel. 11 resterait donc à sup-

poser qu'Abraham aurait aussi acheté à Sichem un emplacement pour un tombeau. Il est possible aussi que le nom d'Abraham ait été substitué à celui do Jacob; car il était le seul, dont il est dit, dans la Genèse, qu'il ait acheté un tombeau. Nous ne serions pas étonné qu'il y ait ici une confusion de plusieurs textes, qui doit remonter très haut, sinon à saint Etienne, peut-être à ceux qui ont résumé son discours. La tradition rapportait que Joseph et ses frères avaient été enterrés à Sichem ; la Genèse disait que Jacob avait acheté à Sichem un champ d'Emmor, père de Sichem, et, en outre, qu" Abraham avait acheté un emplacement pour un tombeau. Du mélange de ces trois données est issu notre texte. Jacob et ses fds ont été enterrés à Sichem dans le champ qu'Abraham acheta à Emmor.

Lorsque saint Etienne affirme que la postérité de Jacob comptait septante-cinq personnes, il adopte le chiffre donné par les Septante, ce qui s'explique très bien, puisqu'il parlait à des Juifs hellénistes qui devaient lire cette version.

Moïse pouvait être puissant en paroles, comme le dit saint Etienne, en ce sens que ses paroles graves et profondes produisaient des effets merveilleux, sans être éloquent ou plutôt disert, c'est-à-dire d'une élocution facile, ce que dit seulement l'Exode.

Que saint Etienne parle d'un ange au lieu de Jahvé, ce fait pourrait s'expliquer par cette tendance de la version des Septante à attribuer aux anges les apparitions de Jahvé; d'ailleurs, le texte des Actes indique qu'il s'agit bien ici du Seigneur : Moïse entendit sortir

du buisson la voix du Seigneur qui lui dit : « Je suis le Dieu de tes pères. » Nous trouvons en outre ce mélange de personnes même dans le texte hébreu, où, Ex. III, 2, il est dit que Moïse vit l'ange du Seigneur et, f 4, c'est Jahvé qui voit Moïse s'approcher et c'est Elohim qui l'appelle. Nous pourrions citer d'autres exemples, Zach. III, i. Nous ne pouvons nous étonner que saint Etienne ait dit, VII, 53, que la loi avait été donnée par le ministère des anges, puisque nous retrouvons la même idée dans le Dcutéronome, XXVIII, 2 (texte grec), dans Josèphe, Antiq. Jud. XV, 5, 3 et même dansl'épître de saint Paul aux Galates, III, 19.

Enfin, le changement de Damas en Babylone prouve que saint Etienne parle du châtiment des Juifs en général et mentionne la captivité la plus connue qui est celle de Babylone. Quant à l'interrogation de saint Etienne : Tiva twv Trpo!p-/)TÛiv oùx loi'co^av oî iratépeç &[jic5v, c'est une figure de rhétorique qui ne signifie pas que les Juifs ont tué tous les prophètes sans exception. II suffit, pour la justifier, qu'ils aient persécuté le plus grand nombre et surtout les plus connus des prophètes. Ce qui est exact.

La comparaison des textes avec les épîtres pauliniennes a fourni aux rationalistes des divergences nombreuses qu'ils traitent de contradictions. Nous en avons déjà parlé dans V Histoire des livres du Nouveau Testament, t. I", p. 213; nous reviendrons seulement sur la question la plus difficile, qui ne paraît pas encore complètement résolue et continue à occuper la critique, à savoir la question du concile de Jérusalem.

Elle se présente sous divers aspects. 1° Le récit des Actes est-il historique? 2° A laquelle des visites à Jérusalem dont parle Paul, dans l'épître aux Galates, est-il fait allusion au chapitre XV?

1" Le récit des Actes sur le Concile de Jérusalem est-il historique? En d'autres termes, une conférence des apôtres, des presbytres, de Paul et de Barnabe fut-elle tenue à Jérusalem, telle qu'elle est racontée au chapitre XV* des Actes ? Baur et son école avaient attaqué l'existence historique de la conférence, qui fut défendue par Steck et Volter. Ililgenfeld soutient aussi que cette conférence et le récit qui en a été le résultat, sont une invention des temps postapostoliques (120- 150) pour établir la position des convertis du paganisme par rapport à la loi mosaïque. La question est posée actuellement sur la teneur et l'authenticité du décret apostolique * .

1. Teneur du décret apostolique. — Deux recensions principales sont en présence, la recension orientale du décret et la recension occidentale.

A. Recension orientale : Act. XV, 28, 29 : eSo^ev yàp TÔi TtveûfjiaTi Tto ayi'w xat ^,,atv, (jirjSèv -rkiov IjriTt'OeoOai ôjjitv jEâpoç ttàV toÛtwv twv IrotvaYxsî, ini/iabcni eîSwXoôutwv xal «?jxatoç xai ttvixtwv xai ;ropvî(aç, I; wv oiaTrjpouvTsç éauToùç eO 7rpa;£T6. 'Eppwsôe. Ce texte se trouve dans tous les manuscrits grecs majuscules, sauf le codex D, dans la presque totalité des manuscrits minuscules collationnés, dans les manuscrits de la Vulgate, quelques ma-

1. H. CoppiETcns, Lcdicrct desapôlres, Act. XV, 28, «9, Revue biblique, Paris, 1007, p. 34b8, 318-i39.

nuscrits vieux latins, e, Gig, la Peschito, les versions arménienne, arabe, sahidique, etc., dans Clément d'Alexandrie, Origène, etc. Cependant, d'après saint Jérôme ' , le mot a sufîocatis (Trvixxôiv) n'était pas dans tous les manuscrits.

B. Recension occidentale. Act. XV, 28-29 : eSoçev yàp... (JTrÉyEffÔai £t5ojXo6ÛTWv xal «?[xaTOç xat iropveia; xal éfja p,-^ ^tktzi éauTOÎ; yi^eo^*' Irépo) iat) Tîoieîv à:p' o)v SiaTTjpoûvtgç iauToùç eu irpâÇeTE" cpepôuevoi ^v tw «y^* icveufxaTi ^ppcaaOc. Ce texte se trouve dans le codex D, grec latin, dans Irénée, Cyprien.

Nous possédons d'autres recensions qui paraissent un amalgame des deux précédentes : 1° décret avec trois prohibitions : eîSwXoôuTa, aT[xa, itopvei'a : Tertullien, Pacien de Barcelone, Augustin, Jérôme, Ambrosiaster, etc. 2° décret avec quatre prohibitions, comme dans la recension orientale et, en plus, la règle de charité du texte occidental : 10 manuscrits minuscules, les versions éthiopienne, sahidique, harkléenne, des manuscrits latins. Ces recensions composites ne peuvent prétendre ôtre le texte original. La question se pose seulement entre la recension orientale et l'occidentale.

Toutes les deux sont attestées par des témoins du IF siècle et, bien que l'occidentale ne soit représentée que par un majuscule grec, elle est presque aussi bien documentée que l'orientale, attestée par les originaux des manuscrits n B. Mais au point de vue interne, la recension orientale paraît être authentique. Seule,

J. In epist. ad Ga'atas, V, 2.

elle répond à la question qui était posée au concile de Jérusalem. Les païens convertis ne seront pas obligés d'observer la loi mosaïque; mais, pour faciliter leurs rapports avec les Juifs convertis, ils s'abstiendront de ce qui était le plus en horreur à ceux-ci : des viandes sacrifiées aux idoles, du sang et des viandes étouffées et, en outre, il leur est ordonné de ne plus commettre de fornication, ce péché si fréquent chez les païens.

La recension occidentale présente une sorte de petit catéchisme moral. Les païens devront s'abstenir de pratiques idolâtriques, de l'homicide, de l'impureté, et pratiquer la charité fraternelle. Ceci ne répond pas directement à la question posée à la conférence et à la situation. En outre, il est difficile d'expliquer comment le texte oriental proviendrait d'un texte primitif, tel que le texte occidental ; il faudrait montrer comment un décret attribué aux apôtres, présentant un résumé systématique de la morale chrétienne, repris et retravaillé dans les formules morales et les catalogues de péchés des livres du Nouveau Testament, basé directement sur les paroles de Jésus, aurait été changé en un décret obscur, en contradiction apparente avec les paroles de l'évangile et avec les idées de l'âge apostolique. Au contraire, on peut supposer qu'au milieu du 11° siècle on a pu modifier le texte oriental, qui était le primitif, pour l'adapter au temps, qui ne connaissait plus les observances légales ; on en a fait un petit code moral, tel que le donne la recension occidentale.

Harnack', cependant, à la suite de Resch -, soutient que la recension occidentale est originale. Si l'on supprime ttvixtôv comme n'appartenant pas au texte primitif, le décret, dit-il, s'adapte mieux à l'état des choses, ainsi que nous le verrons plus loin.

2. Authenticité du décret apostolique. — Partant de ce fait que ce décret était en opposition avec ce que Paul raconte sur la conférence de Jérusalem dans l'épître aux Galates, divers critiques en ont conclu que ce décret n'avait pas été porté lors de la conférence de Jérusalem, ni de concert avec Paul et Barnabe. Il l'aurait été par les judéo-chrétiens en l'absence de Paul et peut-être contre lui. Cette hypothèse avait été présentée par Ad. Rilschl, qui l'avait plus tard abandonnée. Elle fut reprise comme probable par Weizsacker, qui suppose que ce décret fut porté à Jérusalem après l'affaire d'Antioche. Me Giffert le place après le départ de Pierre et de Paul de Jérusalem, mais avant l'affaire d'Antioche, qu'il aurait causée. Harnack recule la date du décret et le place dix ans plus tard, avant le retour de Paul à Jérusalem, après son troisième voyage missionnaire. Jacques en parle à Paul comme d'une ordonnance qu'il ne connaissait pas. « Quant aux païens qui ont cru, nous leur avons envoyé (une lettre) jugeant qu'ils devaient se garder des viandes sacrifiées aux idoles, du sang, des animaux étouffés et de la fornication », XXI, 25. Har-

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