Op. cit., p. l'JO
îî. Das Aposteldekret nach seiner ausaerkanonisehen Textgestalt, Leipzig, 190Î).
nack\ ainsi que nous venons de le dire, a récemment changé d'opinion. G. Sommer, H. Holtzmann, C. Clemen, E. Schûrer adoptent des solutions analogues mais ne fixent pas la date du décret. A. Seeberg rejette seulement la prohibition du sang et des animaux étouffés. Oort croit que le décret a été porté par une communauté juive, vivant en terre païenne, en Asie Mineure, à Alexandrie, ou à Corinthe. Passons rapidement en revue les diverses objections qui ont été présentées contre l'authenticité du décret apostolique. Ce décret dans ses prescriptions légales est incompatible avec l'esprit du christianisme. Dans ses discussions avec les Pharisiens et dans ses enseignements à ses disciples, Notre-Seigneur affirme nettement que tous les aliments sont purs. Me. VII, 18-21. Paul, de son côté, enseigne que les aliments sont chose indifférente au point de vue religieux, I Cor. VIII, 8; 23; Rom. XIV, 14, 17; que ces défenses de goûler à tel ou à tel aliment sont des enseignements d'hommes, Col. II, 21, 22. Cf. I Tim. IV, 1 ss. Observons que Notre-Seigneur posait un principe général, auquel ne s'opposent pas des prescriptions temporaires, édictées dans un but de charité. De même, Paul constate que la manducation de tel ou tel aliment ne peut être une affaire de conscience, même si l'animal a été sacrifié aux idoles, mais que le fidèle doit s'abstenir de manger des idolothytes si, par cette action, il scandalise un de ses frères, I Cor. X, 28, 32. C'est la
i. Die Apostelgcachichtc, j). 190.
solution même qui est donnée par le décret. Dans l'épître aux Colossiens il n'est pas question des défenses légales, mais des pratiques judaïsantes ou encratites.
L'incident d'Antioche n'aurait pu avoir lieu, diton, si la question alimentaire avait été réglée par un décret apostolique. En fait, il ne s'agit pas dans l'affaire d'Antioche de la situation des païens convertis, mais de l'obligation pour les Juifs convertis de continuer à observer la loi mosaïque en s'abstenant de mangeravec des non-Juifs. D'après les gens qui étaient venus de Jérusalem, les chrétiens d'origine juive ne pouvaient pas participer aux repas des païens convertis. C'est contre cette opinion que s'élève saint Paul.
Si le décret a été porté, comment Paul n'en parlet-il pas dans son épître aux Galates ou dans ses autres lettres à des communautés, composées en majorité de convertis du paganisme? Le décret indique que ce qui était imposé aux pagano-chrétiens ne l'était pas comme un conseil, mais comme un ordre : ce qui était imposé était nécessaire, iTtavaYxe;. Pour expliquer le silence de Paul sur ce décret, observons qu'il a communiqué aux communautés, qu'il a fondées, ce qui était l'essence môme du décret, à savoir que les païens convertis n'étaient pas assujettis à l'observation de la loi mosaïque, XV, 28. Quant aux défenses, la dernière était d'ordre moral, et Paull'a souvent répétée dans ses épîtrcs; pour les trois autres, d'ordre alimentaire, il en a redit le principe, qui était un motif de charité, I Cor. VIII, 9-13; X, 23, 25, 28. D'ailleurs, le décret ne
visait que les communautés de Syrie et de Cilicie^^ Paul n'avait donc pas à le mentionner dans toute sa teneur à des communautés où la situation était toute différente, vu le petit nombre de Juifs qui s'y trouvaient. Schûrer soutient encore que le décret ne mentionnait pas les quatre défenses relatées dans les Actes, puisque Paul affirme qu'à Jérusalem les apôtres ne leur imposèrent rien autre à Barnabe et à lui, sinon de se souvenir des pauvres de Jérusalem : Gai. II, f 6, lixoiYàpoî ooxouvxeç oCiSÈv TrpodavéôevTO... ]l' 10, [jlovov TÔi v-^ Twy wv iv« [jLvr)[xoveûiofxev. Nous croyons fondée la réponse ^ que nous avons déjà faite : TrpoffavaTi'ôeiJt.ai peut signifier : faire des communications, sens qui s'adapte bien au contexte. Paul veut démontrer aux Galates que son Évangile est complet et la preuve qu'il en donne, c'est qu'après qu'il l'eut exposé aux apôtres ceux-ci ne lui ont rien communiqué de plus. D'ailleurs, en supposant qu'il faille traduire TrpoffavéOevTo par : ils ne m'ont rien imposé, il n'est pas nécessaire de lui donner comme restriction {jLo'vov Twv 7rTOj;(^o)v fva (Avr,[JLOveuw{jiev, qui en est séparé par une dizaine de lignes, et qui se rattache naturellement à la phrase précédente : Les apôtres ont donné a main d'union à Paul et à Barnabe, afin qu'ils allassent eux, vers les païens, et les apôtres vers les circoncis ; seulement, ils auraient à se souvenir des pauvres. On voulait par là qu'allant vers les pa'icns ils ne se désintéressassent pas de l'église de Jérusalem et on leur en recommandait les pauvres.
1, Histoire des livres du Nouveau Testament, I, p. ai", l'aris, 1908.
Le décret dit-on, n'a pas été porté par les apôtres à la conférence de Jérusalem. 11 est impossible de le placer, comme le soutient Me Giffert, avant la lettre aux Calâtes et après l'incident d'Antioche, car Paul parlant de celui-ci aux Galates devrait en mentionner la cause, ce qu'il n'a pas fait. On ne peut croire, non plus, qu'il a été porté plus tard par les presbytres de Jérusalem et que Paul en a appris l'existence par Jacques, lors de son dernier voyage à Jérusalem. On pourrait, en effet, se demander pourquoi les presbytres de Jérusalem, qui ne s'occupaient pas de la conversion des païens , auraient porté un décret de cette teneur et à cette occasion. De plus, Luc était probablement présent quand Jacques a parlé de cette question à Paul. Comment alors aurait-il pu rapporter l'origine de ce décret aux apôtres et au concile de Jérusalem, et le dater d'au moins dix ans plus tôt?
Au témoignage de Harnack ' aucune objection ne subsiste et le décret apostolique n'est plus en opposition avec l'épître aux Galates, II, 1-10, si l'on y voit simplement un catéchisme moral. Paul n'avait aucune raison pour le rappeler aux Galates ou aux Corinthiens. Harnack présente les raisons que l'on a de penser que le décret imposait aux païens seulement des règles morales. On ne comprend pas, dit-il, pourquoi la question des aliments est traitée, au concile de Jérusalem, quand elle n'était pas en cause, ni pourquoi elle est mise en rapport avec la fornication, ni pour-
i. Op. cit., p. 190-198.
quoi une défense, strictement juive, est imposée aux païens. Enfin, toute l'Église occidentale a compris ainsi le décret.
2° On a surtout fait valoir contre la valeur historique des Actes les divergences qui existent, dit-on, entre le chapitre XV des Actes et le chapitre II, 1-10, de Tépître aux Galates. La question peut être résolue de plusieurs façons : 1, 11 n'est pas certain que le récit de Paul aux Galates, II, 1-10 se rapporte à la conférence de Jérusalem. Des critiques de valeur croient que Paul raconte le voyage que Barnabe et lui firent à Jérusalem, lorsqu'ils y furent envoyés par la communauté d'Antioche pour y porter des aumônes, visite relatée par les Actes au chapitre XI, 30; XII, 25. Dans l'épître aux Galates, Paul parle d'une première visite qu'il fit à Jérusalem, I, 18, relatéedansles Actes, IX, 26; puis, il mentionne une seconde visite, II, 1. Or, d'après les Actes, la seconde visite de Paul est rapportée, XI, 30. Les circonstances sont assez bien en accord dans les deux récits. Paul, d'après les Actes, est envoyé avec Barnabe pour porter des aumônes aux pauvres de Jérusalem et il est au début de ses voyages missionnaires: d'après l'épître aux Galates, le champ de mission est partagé entre lui et les apôtres et on les engage à se souvenir des pauvres de Jérusalem. Si les Actes ne parlent pas de cet accord et de l'exposé que Paul fit de son Evangile, c'est parce que tout se passa en particulier. Gai. II, 2. Le voyage de Ga/. 11,1, eut lieu quatorze ans après la conversion de Paul que l'on date ordinairement de l'an 32. Or 32 -j- 14 = 46, et c'est en cette
année, que sévit la famine qui fut l'occasion de l'envoi de Paul et de Barnabe à Jérusalem pour y porter des secours.
On objecte à cette hypothèse que, dans les Actes, XI, 30, les dons furent envoyés aux presbytres, par l'entremise de Paul et de Barnabe, tandis que d'après Gai. II, 2, 3, ceux-ci eurent à traiter avec les apôtres. En outre, Paul affirme qu'il a exposé aux apôtres l'Évangile qu'il a prêché avec succès parmi les païens. Or, lors de sa visite, relatée parles Actes, XI, 30, il n'avait pas encore commencé son évaugélisation du monde païen. On s'explique aussi difficilement que Luc n'ait pas parlé à cet endroit de cette question si importante que Paul et Barnabe ont soumise aux apôtres, non plus que de la présence de Titus, ou de la révélation qui fut la cause de ce voyage. L'identification de Gai. II, 1-10 avec Ad. XI, 30, n'est donc pas hors de conteste.
2, La majorité des critiques continue, en effet, à identifier le récit de Gai. II, 1-10, avec celui du ch. XV des Actes. Nous avons déjà montré ' qu'il était possible d'expliquer les divergences qu'on a relevées entre les deux récits.
3, Ramsay '^ insinue une autre hypothèse qui résoudrait très simplement toutes les difficultés. Il est possible que Luc n'ait pas raconté la visite que Paul et Barnabe firent à Jérusalem et que relate Paul dans l'épître aux Galates, 11,1-10. Il n'y aurait donc pas lieu