Jésus, que vous avez livré et renié devant Pilatf
quand celui-ci jugeait qu'il devait être relâché.
On pourra encore comparer le discours de Pierre à Corneille, X, 34-43 et celui de Paul, XIII, 16-41, et l'on y remarquera de nombreuses coïncidences. Afin d'établir l'authenticité des discours de Pierre on a avancé que le texte grec, que nous avons, laisse paraître des traces de traduction, mais les preuves qu'on en a données sont insuffisantes.
Enfin, on relève diverses paroles de ces discours qui n'ont pu ôtre prononcées par les orateurs auxquels on les attribue. Ainsi, Pierre, parlant en araméen à des Juifs, n'a certainement pas dit : Ce qui aussi a été connu de tous les habitants de Jérusalem, tellement que ce champ-là a été appelé, en leur propre langue, 'AxsXSafjiâx, c'est-à-dire le champ du sang. Disons de suite qu'on peut supposer qu'on a ici une explication intercalée dans le discours de Pierre. De plus, a-t-on ajouté, on retrouve dans les discours mis dans la bouche de Paul, des arguments qui sont ou étrangers à ses épîtres, XVII, 28, ou contraires à son enseignement, Act. XVII, 29 et Rom. I, 18-32.
2° Reconnaissons d'abord que la première de ces objections est insoluble, si l'on ne tient aucun compte de l'action du Saint-Esprit sur les orateurs. Il peut paraître étrange, en effet, qu'un illettré, un pêcheur de Galilée, ait pu de prime saut démontrer par les preuves scripturaires les mieux appropriées, la venue du royaume messianique, dont Jésus de Nazareth, mis à mort et ressuscité, était le chef, annoncé par les prophètes. En fait, c'est l'Esprit- Saint, qui parle par la bouche de l'apôtre Pierre.
Nous ne pourrions répondre à la plupart des objections proposées que si nous soutenions que les discours des Actes ont été reproduits littéralement, c'està-dire absolument tels qu'ils ont été prononcés; ce que nous ne prétendons pas. Le fait, reconnu de tous, que nous avons ici des résumés, serait déjà une preuve qu'ils n'ont été reproduits qu'en substance. De plus, ce ne serait pas dans les habitudes de saint Luc. qui a dû traiter ces discours comme il avait traité ceux du Seigneur dans son évangile. Or, tout en gardant la substance du discours, il en modifiait quelquefois la forme. Nous pouvons nous rendre compte de sa méthode en étudiant les passages qu'il a en commun avec Matthieu et Marc. Quelquefois, il écrit à nouveau et développe l'argument : Le. XI, 21, 22 = Mt. XII, 25; Me. III, 27 ; ou bien il ajoute un mot explicatif ou complétif: Le. VIII, 5, 6, 8= Mr. XIII, a, 5; Me. IV, 3, 5; Le. V, 36. Assez souvent il modifie la forme littéraire de la source. Toutefois, il conserve toujours la substance des idées. Il est donc probable qu'on re-
produisant les discours des Actes, que lui avait transmis la tradition, orale ou écrite, il leur a fait subir divers changements de forme, ce qui explique la tenue littéraire uniforme de ces discours. Nous verrons plus tard que Luc, tout en y mettant sa marque, a conservé cependant les idées et même les expressions familières aux orateurs. D'ailleurs, ces discours, ù l'exception de ceux de Paul moins un, ont tous été prononcés en araméen; la traduction grecque les a nécessairement uniformisés, quoiqu'on y découvre aisément des traces d'aramaïsmes surtout dans le discours d'Etienne.
Mais comment ces discours ont-ils été reproduits et conservés? Pour quelques-uns d'entre eux, les discours aux presbytres d'Ephèse, aux Juifs de Jérusalem, celui de Tertullus devant Félix, XXIV, 2-9, ils ont pu l'être par Luc qui peut-être, suivant l'usage des étudiants en médecine, aura pris des notes ; en tout cas, il a pu s'en souvenir. On remarquera, en effet, que pour le discours de Tertullus l'exorde est développé longuement, en une suite de phrases s'enchaînant bien, puis le corps du discours est écourté et composé de phrases brèves, hachées, qui ressemblent à des notes. Pour la plupart des autres discours, les idées exprimées sont presque toujours les mêmes; le fond de l'argument est que Jésus, crucifié par les .luifs et ressuscité par Dieu, est le Messie prédit par les prophètes. De quelque façon que l'auteur présente son argument, il en vient toujours à cette conclusion : Jésus est le Messie. Cette uniformité d'idées est pour
nous une preuve d'authenticité. Nous avons ici le type de la prédication apostolique. Nous ne devons pas oublier que les apôtres n'étaient pas des lettrés, habitués à manier la parole ; ils ont répété ce qu'ils avaient vu et entendu et l'ont redit toujours dans les mêmes termes. On s'explique très bien que ces discours ont été fixés rapidement dans une forme presque identique. A cette époque, l'enseignement étant oral, les auditeurs s'efforçaient de retenir de mémoire les paroles du Maître. Pourquoi d'ailleurs n'aurait-on pas essayé de les conserver par écrit? Leur forme abrégée s'expliquerait encore par ce fait. On a gardé seulement la substance du discours ou ce dont on se souvenait.
Les orateurs ont employé les mêmes textes de l'Ancien Testament pour établir leurs affirmations, d'abord, parce que ces textes étaient probants, et surtout parce qu'ils les trouvaient dans ce recueil de textes messianiques, dont nous avons déjà constaté l'existence. Il est possible d'expliquer pourquoi Pierre et Paul ont basé tous les deux leur preuve sur une déformation du texte due aux Septante. Pour Paul on comprend le fait, puisqu'il citait les Septante. Pierre citait d'après la traduction araméenne de la Bible. Est-il impossible de supposer que, dans celle-ci, le terme hébreu, shahath, fosse, a été traduit par « corruption », comme dans les Septante, car il a aussi ce sens de destruction, ruine, corruption. C'est, en effet, par le terme shihayoutha qui, d'après la Polyglotte de Walton, a le sens de « corruption » que les Targums ont traduit l'hébreu shahath.
Nous reconnaissons qu'il existe entre les discours de Pierre et quelques-uns de Paul des ressemblances, qui proviennent surtout de l'emploi des mêmes arguments et du même but poursuivi, la démonstration de la messianité de Jésus, mais ils diffèrent assez pour trahir l'empreinte d'orateurs différents. Pierre se tient, à un certain degré, dans le cercle des espérances messianiques juives, tout en les élargissant, tandis que Paul développe l'idée dans le sens où il l'exposera dans ses épîtres ; Pierre expose les faits, tandis que Paul en dégage déjà la théologie. Enfin, cette uniformité partielle entre les discours est plutôt une preuve de leur authenticité, car, si Luc les avait composés lui-même, il en aurait certainement varié davantage le contenu. Il était un trop habile écrivain pour ne pas savoir composer des discours totalement différents les uns des autres. Enfin, que l'on examine le discours de Paul devant Festus et Agrippa, XXVI, 2-23, et Ton constatera qu'au point de vue de la langue et du style il diffère profondément des parties des Actes qui appartiennent en propre à Luc, le Journal de voyage par exemple.
3" Preuves positives de l'authenticité des discours des Actes. 1. Discours de saint Pierre : I, 16-22; II, 14-36; III, li2-26; IV, 19,20; V, 29-32; X, 34-43; XI, 5-17. Nous pouvons constater d'abord que ces discours sont tels qu'ils ont dû être prononcés, car ils reproduisent bien la manière de parler du temps, les idées régnantes et l'idée que les apôtres avaient de leur maître. Ils ont une touche archaïque et présentent une simplicité de doctrine qui en démontrent l'authenticité. La christologie de ces
discours est apparentée de près à celle de révangile de Marc. Ces formules : avSpe; 'lapaï^XelTai, avSpei; àoù.'^oiy
rappellent les formules de la synagogue ^ . Les « fils de l'alliance », III, 25, se retrouvent dans les Psaumes de Salomon, XVII, 17. Le Messie sauveur et purificateur du péché, que prêche Pierre, répond à une des conceptions qu'on avait alors du Messie ^. Comme le Messie Juif, Jésus est appelé «le saint», III, 14; IV, 27, 30^. A quatre reprises, III, 13, 26; IV, 27, 30, il est dit en parlant de Jésus à Dieu : raTçcou. L'expression est particulière et ne se retrouve que dans la Didachè, où elle est employée de la même façon, IX, 2, 3; X, 2, 3, et plus tard dans l'Apocalypse de Baruch, LXX, 9, en parlant du Messie, si toutefois, ce qui nous est affirmé, l'expression syriaque, traduite par « My servant Massiah » d'après Charles ', représente le terme -koùç. Notre-Seigneur est appelé : 'Iï)(tov;ç Xpiaxo; ô Na^iopaTo;,
II, 22; III, 6; IV, 10, épithète qu'on retrouve six fois dans les évangiles et nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament. D'après le IV® évangile, XIX, 19, c'est l'épithète que portait l'inscription de la croix. L'universalité du salut est plutôt indiquée qu'enseignée, II, 39;
III, 25 ; c'est pour Israël d'abord que Dieu a envoyé son serviteur, III, 26; c'est pour donner la repentance à Israël, que Dieu a ressucité Jésus et l'a élevé à sa droite en qualité de chef et de sauveur; àpjç^rjYov xai awTÎîpa, V,