‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 4)Chapitre 39 sur 82 · IV Macc/i. VllI · texte numérisé non relu

IV Macc/i. VllI

i. Dalman, Die Worte Jesu, p. iV4, âl.'i, Leipzig, 1898. ,1. lIÉxocn, Mil, (I; XLVI, 3. Cf. Dalman, op. cit., p. 241. 4. The Apocalypse of Baruch, p. H4, London, 1890.

30, 31. L'eschatologie de ces discours est peu développée. Le pécheur est exhorté à se repentir, afin que les temps de rafraîchissement viennent de la part du Seigneur et qu'il envoie celui dont il a disposé pour eux, le Messie Jésus, que le ciel doit recevoir jusqu'à l'époque de la résurrection universelle, III, 20, 21. Il n'est pas question de la résurrection des corps, ni de rien de ce qui devait se passer lors de la parousie du Christ. Enfin, on pourrait montrer que tout ce qui est dit de Jésus et de sa vie, dans les discours de Pierre, est conforme à ce que rapportent les évangiles canoniques : la seule différence qu'on relève est ce qui est dit de la mort de Judas, Act. I, 18= Mr. XXVIl, 5; elle n'a aucune importance et est expliquée par tous les exégètes. L'authenticité des discours de Pierre est enfin établie nettement par leur comparaison avec l'épître que toute la tradition s'accorde à lui attribuer. On y retrouve des expressions qui ne se rencontrent, dans le sens où elles sont employées, qu'ici et dans ses épîtres. Citons ÇûXov dans le sens de croix, àôéfxiTo;, TtpoYvwaiç, Xayj^âvïiv, (xioôoç T^; (xoixta;, xapSiOYvtoffnri;, ^îîfxat Kupiou, TrpoatoTroXr^aTrnr);, Act. et (XTTpo(jwTroXT^[ji7rT(o<;, Pr. On pourrait établir aussi des rapports très frappants de doctrine et de pensées entre les discours de saint Pierre dans les Actes et ses épîtres. Remarquons que saint Pierre, seul dans le Nouveau Testament, parle, dans les Actes, II, 24, et dans sa première épître, III, 19, de la descente de Jésus- Christ aux enfers. Comme doctrine, spéciale à saint Pierre et énoncée dans ses discours et ses épîtres, signalons la mort de Jésus-Christ, par suite d'un décret

divin, Act.U, 23; IV, 28;X, 42etIPR. 1,2,20: 11,4, (3; la résurrection du Seigneur, fondement de notre espérance, Act. II, 22; III, 15, etc. et I Pr. I, 5; Jésus- Christ, placé à la droite du Père et glorifié, Act. II, 32 et I Pr. I, 21, est juge des vivants et des morts, Act. V, 43 et I Pr. IV, 5; il est la pierre fondamentale rejetée par les architectes, etc. Act. IV, 11 et I Pr. II, 6. Jésus a été annoncé par les prophètes, ^c^ III, 18 = 1 Pr. I, 10; il est le Seigneur de tous, Act. X, 36 = I Pr. III, 15-18. Comme dans sonépître, Pierre rappelle que Dieune fait pas acception depersonnes,IPR.1, 17 =.l6'«. X, 34. Enfin, examinés dans leur ensemble, les discours des Actes et la première épître présentent les caractères communs suivants : exposition concrète des choses, description pittoresque des lieux et des événements ; préférence pour les synonymes, les phrases parallèles et les verbes composés. Toutes ces constatations nous permettent de conclure à l'identité d'auteur pour les discours des Actes et l'épître de Pierre.

2 . Pour les discours de Gamaliel et du diacre Etienne , nous ne pouvons les comparer à leurs écrits, puisque, s'ils en ont composé, nous ne les avons pas ; mais nous devons reconnaître qu'ils présentent des caractères indéniables d'authenticité. Les paroles de Gamaliel au Sanhédrin répondent au caractère bien connu de ce docteur juif, disciple du libéral Hillel. Quant au discours de saint Etienne, outre qu'il est tissu d'aramaïsmesV et qu'on y signale des traces d'alexandri-

i. NoRDEN, Die antikc Kunstprosa, 11, p. 484, Leipzig, 1898.

ni.smes\ que n'y aurait pas introduites Luc, il eût été conçu tout autrement s'il avait été écrit à loisir par celui-ci. Il aurait d'abord évité ces menues divergences avec le texte officiel de l'Ancien Testament qu'on a traitées, bien à tort, de contradictions; puis, il aurait présenté une défense plus directe de saint Etienne. Ce discours aurait été construit suivant les principes de la rhétorique grecque et non d'après les règles rabbiniques. En fait, il n'y est pas répondu aux accusations [)ortées contre saint Etienne. Nous avons là une narration historique, où la preuve ressort non d'un raisonnement, mais de l'exposition des faits ; procédé tout à fait conforme à la manière habituelle de discuter entre docteurs juifs. Le diacre chrétien se préoccupe surtout, dans son discours, de montrer que la mort de Jésus-Christ n'est qu'un chaînon de plus dans la longue série d'actes de révolte, dont les Juifs se sont rendus coupables envers Dieu, depuis le Sinaï jusqu'à cette heure. Remarquons enfin que saint Paul a entendu ce discours, qui a été peut-être le premier germe de sa conversion, et qu'il a certainement médité souvent, car nous en retrouvons le souvenir dans ses discours et dans ses épîtres, ce qui permettrait de conclure que c'est de lui que Luc l'aurait reçu. Comparez son discours dans : Act. XllI, 16-42 avec celui de saint Etienne, et Act. VII, 48 avec XVII, 24; Act. VII, 5-8

■1. B. WisNKn Bacon, Stephen's Speech ; ils ai-gument and doctrinal relationship, p. -iaO; p. 231-23(5. Citation de W. Soltau, Die Uerkunft der Reden in der Apostelgesch. — Zeitsch7: fur die neuteat. Wiss., 1003, p. 144, Giessen.

uvec Rom. IV, 10-19 ; VII, 44 avec Hébr. VIII, 5 ; VII, 51, avec Rom. II, 17-29; VII, 53 avec Gai. III, 19; VII, 60 avec I Tim. IV, 16, etc.

3. Les quelques mots placés dans la bouche de saint Jacques peuvent fournir certains points de comparaison avec son épître; nous les signalerons plus loin. Les idées qui y sont exprimées répondent bien au caractère connu de cet apôtre et aux pensées développées dans son épître. Remarquons aussi que, seul des écrivains du Nouveau Testament, saint Jacques salue ses lecteurs, I, 1, par l'expression /."'P-''^ comme dans la lettre du concile de Jérusalem, qui doit lui être attribuée, Act, XV, 23. En outre, ici seulement, de la bouche de saint Jacques, évêque de Jérusalem, saint Pierre est appelé de son nom hébreu, Siméon, Act. XV, 14; dans le reste des Actes il est appelé de son nom grec, Pierre.

4. Les discours de saint Paul dans les Actes offrent, en revanche, de nombreux points de comparaison avec les épîtres de cet apôtre. Nous avons dans les Actes quatre longs discours de saint Paul : un aux Juifs d'Antiochede Pisidie, XIII, 16-41; un aux Athéniens, XVI 1, 22-31 ; un aux païens de Lystre, XIV, 15-17 ; un aux chrétiens de Milet, XX, 18-35, et trois apologies de saint Paul : une aux Juifs, XXII, 3-21; une au Procurateur Félix, XXIV, 10-21 ; une devant le roi Agrippa, XXVI, 2-23. Un seul de ces discours, l'apologie aux Juifs de Jérusalem, a été prononcé en araméen; les autres l'ont été en grec. Nous pouvons donc croire que nous avons assez approximativement le texte original, du moins

dans une forme abrégée. Nous reconnaîtrons cependant qu'il y a entre le style et la langue de saint Luc et ceux des discours mis dans la bouche de saint Paul, sauf quelques exceptions, des ressemblances indéniables. Par contre, on a peine à retrouver dans ceux-ci le style de l'apôtre. Ce n'est plus la phrase si caractéristique des grandes lettres, avec ses longs développement, ses grands mouvements d'éloquence, mais aussi ses heurts, ses tournures inachevées ; bref, ce qui constitue l'originalité du style de saint Paul. Ces différences et ces ressemblances peuvent très bien s'expliquer. Remarquons d'abord que le style de saint i*aul, dans ses lettres, est loin d'être uniforme ; il change presque du tout au tout, suivant que l'écrivain traite une question dogmatique ou qu'il prescrit des préceptes de morale. Autant le style est embarrassé dans le premier cas, autant ordinairement il devient facile dans le second. En outre, on comprend très bien que saint Paul n'a pas pu parler dans un discours, comme il le fait dans Tépître aux Romains ; ses auditeurs ne l'auraient pas compris. Que l'on compare d'ailleurs les discours de Lystre et d'Athènes et surtout celui de Milet avec les deux épîtres aux Thessaloniciens, et l'on se convaincra que les raisonnements et la marche du style ne diffèrent guère. Quant aux ressemblances du style de ces discours avec celui de Luc, elles s'expliquent suflisamment par ce fait que Luc, disciple de Paul, a adopté plus ou moins la langue de son maître; ce que nous avons déjà établi. Nous ne soutenons pas d'ailleurs que ces discours des Actes

i-eproduisent textuellement les paroles de saint Paul, ici encore il est probable que nous n'avons qu'un résumé, une espèce de canevas. Mais le fond du discours est de l'apôtre. Nous allons voir qu'on y retrouve les expressions familières à saint Paul, ainsi que ses doctrines, dans une assez large mesure pour qu'on puisse raisonnablement déclarer que ces discours sont authentiques. On remarquera aussi que la façon de citer les textes de l'Ancien Testament et de les utiliser est identique dans les discours de Paul et dans ses épîtres. Paul cite de suite plusieurs textes, unis par une même expression caractéristique, qu'il fait ressortir, en modifiant plus ou moins la citation. Cf. Gai. III, lOj 13 = Act. XIII, 34, 36.

Le premier discours, adressé aux Juifs d'Antioche, XIII, 16-41, est une espèce de discours programme, que saint Paul a dû répéter bien des fois aux Juifs ; c'est l'exposé historique de l'économie de la rédemption du genre humain. Ainsi que Paul le dit dans sa première épître aux Corinthiens, sa prédication traitait surtout de la mort et de la résurrection du Christ, comme l'avaient annoncé les Ecritures, et dont les apôtres rendaient témoignage. Ce discours est conçu suivant la méthode juive, mais il a de nombreux points de contact avec les épîtres pauliniennes ; il enseigne, XIII, 38, 31), les doctrines fondamentales de l'apôtre : la rémission des péchés par Jésus-Christ, la justification par la foi et l'impuissance de la loi mosaïque à procurer à l'homme la justice, Rom. 111, 24, 28; YIII, 3; X, 4; Gai. II, 16. On y trouvera aussi des expressions

que, seul, saint Paul a employées : TrXr,poî;v tov âpo(jiov,ô Xô^o; Triç (jwTy,pia<;, «yvoeiv, 8ixaioîîar6ai8vvô(/.w etc. Le Père Prat * a établi qu' « une foule de traits et d'expressions nous font souvenir des épîtres : l'harmonie des deux Testaments dont l'un est la continuation de l'autre, le germe de David qui réalise les promesses, la mort de Jésus qui vérifie les prophéties, la mention spéciale de la sépulture, passée sous silence par les autres apôtres, mais d'une grande importance doctrinale aux yeux de Paul à raison de l'ensevelissement mystique et sacramentel qui la symbolise. Relevons les rapprochements suivants : XIII, 23 : Towrou (A«oe(8) àith aic«p{xaTOî, Jésus « delà race de David », expression chère à Paul, Rom. I, 3; II Ti/n. II, 8. f 23 : xa-c' èita^Ye^iav, et plus bas, f 32 : 6(JLai; £ÙaYY£Xi![ô|ji£Ôa t^v irpô; xoùç TTarépa; ETCaYYeXiav Yevo[jiévriv. Le mot è-KOLf^sy^ioi. est bien paulinien, et plus encore l'idée qu'il exprime. En dehors de Paul qui l'emploie 27 foisetdel'épître aux Hébreux, 14 fois, ÈTTKYYeXia ne se trouve guère que dans saint Luc, qui, chose curieuse, le met quatre fois dans la bouche de Paul, Act. XIII, 23, 32; XXIII, 21; XXVI, 0. Y 38 : 8ià toutou uiaïv A'^toui à(jiapTiâiv xatct.^'^sk'ktxan àno 7tavTii)v (Sv oùx YJSuvTi^ôriTe Iv vofxco McouaÉcoç SixaKOÔYJvai, èv Touxto TïSç ô TTiffTeowv oixaioîjxai. Dans cette phrase singulière, où tout rappelle Paul, il faut surtout remarquer : la rémission des péchés attribuée non pas au baptême, mais directement à la médiation du Christ comme dans Eph. I, 7; Col. 1, 14 ; l'impuissance de la

1. La Théologie de saint Paul, V* partie, p. 85, Paris, 1903.

loi mosaïque à produire la justification, Rom. VIII, o : la locution caractéristique irSç ô Tricxeuiov, Hom. I, IG, 22; IV, 11; X, 4, 11 etc.; l'expression non moins caractéristique âixaioucôai Iv Xpictôi, Gai. II, 17 ; la construction rare de Sixaioûcôai avec àiro, Rom. VI, 7 ; le terme technique SixaioûaOai lui-même, y 46 : OuTv ^v àvay^atov TcpwTOv XaXY)ôr;vai tov Xoyov tou 0eou. Le TcptOTOV

est justifié partout l'enseignement de Paul, Rom. I, 16; II, 9., 10; II, 29 : La mention de la sépulture du Christ, entre la mort et la résurrection, paraîtrait tout à fait oiseuse, abstraction faite de la doctrine de Paul, I Cor. XV, 4; Rom. VI, 4. »

Le discours de saint Paul aux Athéniens, XVII, 23- 31, ainsi que celui aux païens de Lystre, XIV, 14-16, présentent les mêmes points de concordance avec les épîtres. Ressemblance d'expressions, cÉCafffAa, ECiaeêeiv, Saoïoç, dans le sens de « nature semblable », 0£o; ÇÔiv. Accord de doctrines : Nous sommes en Dieu, I Cor. XV, 28; Dieu n'a pas abandonné l'humanité à ses voies propres, Rom. III, 22-25; Dieu s'est révélé dans la nature, Rom. I, 19, etc. Cf. Act. XVII, 27, 28 Rom. XI, 36; AcL XVII, 29 = Rom. I, 23; Act. XIV. 17 = Rom. I, 20,21; Act. XIV, 16 = Eph. IV, 19: Rom. I, 24, 26, 28; Act. XIV, 15 = I Thés. 1, 9.

Le discours de saint Paul aux presbytres de Milet offre des ressemblances encore plus palpables avec les écrits de saint Paul. On y relève des expressions qu'on ne trouve dans le même !>ens que dans les épîtres : ta ffufx;p£povTa,(xopTÛpeo6«i, lit(ff)i07co<, îrepiTtoieTaOai, xXY]povo(ji{« Iv •cûîç viYi«<T|xsvotç, xpeiît, des ressemblances de doctrines :

fonction des évêques comnie dans les Pastorales ; pouvoir rédempteur du sacrifice de la croix ; la même expression d'affection pour ses fils en Jésus-Christ que dans plusieurs de ses épîtres; des allusions très claires à ceux qui cherchent à détruire son œuvre; même témoignage de son désintéressement, I Cor. IV, 2; II Cor. VII, 2. Paul rappelle quelle a été sa vie parmi eux, XX, 31, 35, ainsi qu'il le fait dans plusieurs de ses épîtres, Rom. XII, 11; II Cor. IV, 5 ; VII, 6; Phil. III, 18. Il rappelle aussi quel a été son ministère et de jour et de nuit, XX, 20, 31, ce qu'il répète dans ses épîtres : I Th. II, 11 ; Col. I, 28. Les allusions qu'il fait aux accusations dont on l'a abreuvé, XX, 19, 20, 26, 33, se retrouvent encore dans la deuxième épître aux Corinthiens, II, 17, etc. Paul parle de sa mort, XX, 26, comme dans l'épître aux Philippiens , I , 21-26. Les larmes et les épreuves auxquelles l'ont exposé les embûches des Juifs sont à comparer avec le tableau des épreuves qu'il eut à subir, IlCor. VI, 4, 11; c'est avec larmes que Paul avertit ses enfants, Act. XX, 31 = II Cor. II, 4. A chaque ligne on retrouve un passage de ses lettres ou des détails qui sont confirmés par elles. Cf. Act. XX, 18- 21 r= I Th. II, 1; Act. XX, 34 = I Th. II, 18; Act. XX, 31, 34 = I Th. II, 9, 11 ; Act. XX, 26= 1 Th. II, 10, 12; Act. XX, 25 =1 Th. III, 10, 11, etc.;. 4c/. XX, 28, 29 = I Th. V, 12; Act. XX, 19 = Eph. IV, 2 etc.

Dans ses trois apologies adressées à des païens ou à des Juifs, saint Paul n'avait pas à prêcher sa doctrine.

On y trouve cependant des ressemblances d'expressions et de pensées avec ses épîtres. A comparer Act. XXIII. 1 avec I Tim. I, 5, 14; Act. XXIV, 10-21 avec Rom. XV, 4; II Cor. III, 12; Eph. II, 12; I Cor. X, 32; Phil. I, 20; Rom. III, 3; Act. XXVI, 2-23 avec Rom. III, 3; II Cor. IX, 5; Act. XXVI, 18 avec Col. I, 12. Diverses expressions de ces discours se rencontrent fréquemment dans les épîtres : ôpr,axEta, aTTiff-coç, 9 fois, xaTavTav, umripéT»i;, <jxXr,pô(;, Trpoatpopi, etc. De cet examen des discours des Actes il résulte qu'ils sont authentiques dans leur substance; d'une étude des récits il est ressorti qu'ils sont historiques, nous pouvons donc conclure que, dans leur ensemble, les Actes sont un livre historique. C'est avec raison que Ramsay a pu dire qu'ils sont un des rares grands ouvrages d'une valeur historique de premier rang qui aient jamais été écrits ^.

§ 10. — Texte des Actes des Apôtres -.

Nous possédons les Actes des Apôtres sous deux formes assez divergentes pour que l'on puisse les qua-

1. On the interprétation of two passages in the Epistle lo the Galatians, p. 10t. Exposilor, août 18!K), London.

a. J. Kelskr, Studien zur Apostclgesch. ; TheoU Quarlalschr.., d89o, p.50- 96. Tiihingcn. Deitrtïge zur Erklarung der Ajwstel'jcscli. auf Grund dcr Lesarten des Coder D und seiner Gcnossen, Krcibiirg, 1887. F. Bi.ass, Die zwiefache Textûberlieferung in der Apostelgesrh.; Theol. St. und Krit., 189'», p. 80-11!», Gdtha. De duplici forma Actorum Lucne, Ilerm j ihena, 18ii5, p. lil-lt."», Dul)lin. A. I'ôtt, Der ahendUindische Te.rl <!' Apottelgesch. und die WirQuelle, l.eip/.ls, 1900. H. C.itpi'iK.Ti-.ns, De lii.^toria textus Actorutn Aposluloruvi dissertatio, Lovanii, 1905.

lifier de recensions différentes d'un même texte. La première forme a été appelée orientale, la seconde occidentale; apparentée à ces deux formes est adjointe une forme mixte, qui admet des textes des deux formes précédentes. Voici les principaux représentants de ces formes.

1° Forme orientale, appelée aussi Texte A. 1, Manuscrits grecs : Sinaïticus, k, Vaticanus, B, Alexandrinus, A, Ephraemi rescriptus, C,Mutinensis, H, Angelicus Romanus, I, Porfirianus Chiovensis, P; la plupart des minuscules grecs. 2, Versions : la Vulgate hiéronymienne , la syriaque philoxénienne , autant qu'on peut la dégager de l'harkléenne, la bohaïrique. 3, Ecrivains ecclésiastiques : Clément d'Alexandrie, Origène, etc.

2" Forme occidentale ou Texte B. 1, Manuscrit grec : Codex de Bèze, D, incomplet. Manquent les passages : VIII, 29-X, 14; XXI, 2-10, 15-18; XXII, 10-20, 29 jusqu'à la fin du livre. 2, Versions : le texte latin du codex D, où manquent : VIII, 20-X,4; XX, 3i-XXI, 2, 7-10; XXII, 2-10, 20 jusqu'à la fin ; le palimpseste de Fleury, qui contient une douzaine de chapitres ; la version syriaque harkléenne. 3, Ecrivains ecclésiastiques .-Irénée, Tertullien, Cyprien, Augustin dans ses ouvrages, Acta cum Felice Manichaeo , I, 4, 5. Liber contra Epistolam Manichaei, ch. 9, les commentaires d'Ephrem et de Chrysostome dans la Catena armeniaca.

3° Forme mixte, l^ Manuscrits grecs : Codex Laudianus, Ee, grec latin; minusc. 137 58. 2, Versions syriaque , Peschito , arabe, sahidique, version latine (codex Gigas, Bobbiensis, Vindobonensis, Parisinus

n" 321 et d'autres manuscrits). 3, Ecrivains ecclésiastiques : Lucifer de Cagliari, Vénérable Bède.

Les différences textuelles entre la forme orientale et la forme occidentale sont très nombreuses ; on compte dans le codex D plus de 400 additions au codex Vaticanus. Nous ne pouvons relever que quelques-unes des plus importantes. Nous citons le texte B, tel qu'il a été restitué par Blass.

B. 'EXâXouvT£YXw(T<Tai;éTÉpat;, xal £ir£Y(vwaxov èv lauToÎj; wdTe xal ép(i.rjV£'j£iv aura; âauToï;' Ttvè; 6è xat ÈTtpocpiÎTEuov (Blass).

'O 6È llaùXoî ÊTi Tpo(T|iec'vaç T^(xÉpa; Ixavaç, cfKzii^ixxo toïç àSîXçoî;, ttXéwv el; ti^,v iypîav, xal ffùv aCiTtô IIpÎCTXtXXa xal 'Axû- Xa;, 6; eOxi^v êxwv èv Kev^peaT; TÔv xEçaXrjV èxeipato (Blass).

©éXovToç 8ê Toy IlaOXou xatà Trjv Ifitav pouXi^v TropEÛEffOai e'c; l£po(TÔXu[ia. £i7r£v aÙTw to 7rveù(Aa ÛTiotTTpÉipetv Et; Tr)v 'Affîav. AtîX- 6wv Sa Ta àvwTSpixà [lE'prj lçiyzza.\ eIî "E<p£(Tov (Blass),

Les différences sont en trop grand nombre et surtout trop caractéristiques pour qu'on puisse simplement les attribuer à la négligence des copistes, ou y voir des additions accidentelles. Il y a eu certainement un travail exécuté sur une forme ancienne disparue, ou sur l'une des deux formes existantes pour aboutir à l'autre. Les hypothèses les plus diverses ont été proposées pour expliquer cet état des textes.

Les premiers éditeurs du texte des Actes s'étaient

A. XIX, (). 'EXôXouv TE yXwfflat; xaî è7:poçr,T£uov.

XVIII, 18. '0 5È lla-jXo; ixt

7tpo(7|XEtva; ïi[i£pac Ixavà;, toî; àÔEXçoîç à7:oTa$â(ji£Vûî I^euXei el; xrlv Suptav, xal <7Ùv ayTcJi Ilpt- (7xiXXa xal 'AxuXoç, XEipâiiEvo; èv KEv/psaî; ttiv xsfoXiQV eï/EV yàp

XIX, I. 'EyÉvÊTO 6è èv Ttj) tôv 'AtcoXXw eîvai Èv KopîvOtp TlaùXov 0(£X66vTa Ta àvwTEpixà [XÉpr, èX6£Ïv cl; "EçEdOV.

déjà préoccupés des variantes, qu'offrait le codex D. Un Hollandais, Jean Leclerc, avait émis cette idée que Luc avait donné deux éditions des Actes; Hemsterhusius n'était pas éloigné d'accepter cette hypothèse. Credner et Resch voient dans le codex D un texte interpolé ; Rendel Harris pense qu'il a été interpolé à l'aide du texte latin; Schulz et Chase, à l'aide du texte syriaque. Bornemann croit que le codex D fournit le texte original. Hort, Lightfoot, Scrivener, Zahn se demandèrent aussi si on n'avait pas là deux éditions des Actes. Cette hypothèse a été établie à l'aide de preuves nouvelles par Blass'. 11 a donné une double édition des Actes et a restitué le texte B à l'aide non seulement du codex D mais aussi des autres témoins que nous avons cités -. il suppose qu'étant à Rome, Luc écrivit le livre des Actes, tel que nous le possédons dans sa forme occidentale ; plus tard il le corrigea, retrancha tout ce qui était inutile et l'envoya à Théophile. C'est le texte que nous avons dans la form^ orientale. Nous ne pouvons entrer dans le détail des preuves de l'hypothèse. La principale est que les variantes du texte B ont une tournure qui rappelle la langue de Luc, et proviennent d'un témoin oculaire. Ainsi, XI, 38, après le f 27 le codex D ajoute : ^v ci

ttoXXy) àyaXXîaaiç* duvsffTpaiJiusvwv Ss •fjixôiv. Or, dtYaXXiafftç est un mot que, seul des évangélistes, Luc a employé. 11 ne se trouve que cinq fois dans le Nouveau Testament :

i. Acta Apostoloi-um ; editio philologica, Gôttingen, WXi. -2. Acla Apostoloruin secundum formam quae videtur romanam, Lipsiae, 1X96.

NOIVEAU TESTAMENT. — III. 11

trois fois dans Luc, une fois dans Hébreux et une fois dans Jude. Comme preuve de l'originalité du texte B on peut citer aussi les passages où le texte A a abrégé le texte B : 111, 1; IV, 1, 3, 24, 32; Vil, 29; IX, 5-8 ; X, 23;X1, 2;XIV, 2, 5, 8;XV1, 19; XVII, 12, 15; XXI, 39; XXII, 26; ceux où B contient des indications de temps, qui manquent dans A : XV, 30; XVI, 11 ; XVII, 19; XVIII, 19; XIX, 9; XX, 18; XXVII, 1; ceux qui dans B déterminent exactement des lieux, des circonstances ou des personnages, dont il n'est pas parlé dans A : XI, 28; XII, 1, 10; XVI, 35; XVIII, 18, 27; XIX, 14; XX, 15; XXI, 16; XXIV, 27; XXVIII, 16, 19.

L'hypothèse de Blass a été adoptée par des critiques de valeur, Dràseke, Zôckler, Nestlé, Belser, Haussleiter, Grafc, Zahn, Vogel, Weber, Salmon, Conybeare, et rejetéc par d'autres de non moindre valeur : Chase, Harris, Ramsay, Bousset, B. Weiss, Wendt, Harnaclc, Schmiedel, Iloltzmann, Gregory, Julicher, Corssen, vpn Dobschiitz, von Soden, Preuschen, Clemen.

Les preuves qu'a fournies Blass pour étayer son hypothèse, ne paraissent pas suffisantes; la principale objection estque l'on ne peut pas établir avec certitude le texte. B. Blass ' et Hilgenfeld- ont essayé de le restituer d'après les témoins que nous en avons; mais leurtexte diffère sur un grand nombre de points et cela devait être, car les témoins ne s'accordent pas et présentent quelquefois des variantes différentes. Blass et Ililgen-

1. Acla Apostolorum secundutn formam quae videtur r07nanavi, p. l-lKi. Lipsiac, 180Ù.

î. Acta Apostalorum, graece et latine, p. 1-12C, Berlin, 1890.

feld ont adopté celles qui leur paraissaient les meilleures, et leur jugement n'a pas toujours été en accord. Certaines leçons du texte grec semblent être une traduction du texte latin. Contre l'identité d'expressions dans les textes A et B, qui prouveraient l'identité d'auteur, on remarque que B contient 64 mots dans les Actes et le IIP évangile que ne connaît pas le texte A. Ce qui surtout ne permet pas de supposer que Luc est l'auteur de la recension B, c'est que celle-ci trahit sur certains points une origine tardive, vers 100-140. Gamaliel dit au Sanhédrin, V, 39 : Vous ne pourrez les détruire ni vous {ni les rois, ni les tyrans, B). Ces derniers mots ont été écrits après un temps de persécution. Enfin, on a déjà remarqué que les témoins du texte B ne présentent pas tous les mêmes variantes et ne les possèdent pas toutes non plus. Ne pourrait-on pas supposer que les recenseurs de ce texte ont été multiples? Toutes ces raisons excluent l'hypothèse de Blass. Que les variantes de B proviennent d'un témoin oculaire, cela pourrait s'expliquer par l'hypothèse de Pott'. Le recenseur de B se serait servi pour son travail des Acta Pauli, qui ont fourni le journal de voyage à l'éditeur du texte A, lequel avait abrégé ou modifié sa source. Cette hypothèse explique bien les modifications des derniers chapitres, mais ne rend pas compte de celles des douze premiers chapitres, qui sont aussi nombreuses et aussi importantes : I, 32; II, 45; JII, 8, 11; IV, 18, 32; V, 22, 27,39, etc.

1. Der abendlandische Text der Apostel'jesch. uuddie Wir-Quelle, Leipzig, l'JOO.

18i HISTOIRE DES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMEiNT.

Il nous semble que la question du double texte des Actes a été bien exposée et même résolue par II. Coppieters^ D'une comparaison approfondie des variantes des textes A et B il conclut que la forme A représente le texte authentique des Actes, et que les leçons de la forme B ne peuvent ni être attribuées à Luc, ni provenir du journal de voyage. 11 pense que la recension occidentale a dû naître en Asie Mineure, peutêtre à Éphèse, vers l'an 100-140. Le recenseur a amplifié le récit en y ajoutant des mots ou des expressions qui lui impriment un caractère d'emphase : ttSç, TroXû;, o>>0!;, [t.é^0L(i, [liiT. -Kiar,; TsppYjffi'a;, yjxiçxav y.a\ l^aXXo'fjievo;, etc.; des phrases qui exaltent le ministère de Pierre: XI, 2, et celui de Paul : XIII, 44, 45; XIV, 7 ; XVI, 12; XIX, 20 ; des mentions de lieux et de temps, des compléments au moyen de récits parallèles dans les Actes :II, 46; X, 46; XIX, 1-9; XXII, 3-12; XXV, 9-18. II a tiré ses renseignements de l'Ancien Testament et du Nouveau ou de quelque tradition ancienne. Il exagère les persécutions venant des Juifs et diminue celles qui viennent des Romains : XIV, 2 s. ; XVII, 4 ; XIX, 9 ; XXIII, 24, etc. Beaucoup de ces interpolations ont un caractère d'amplification ou d'explication.

Nous pensons aussi que le texte des Actes est mieux représenté parla forme orientale; cependant, la forme occidentale présente de bonnes leçons. 11 y a donc lieu de les examiner, chacune en particulier, quand elles sont importantes.

1. Dehistoriatcxlus Actorum Aposlolorum (Usscrtoiio, I.ovanii, 1!)0-2.

EPITRES CATHOLIQUES

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