Hist. eccl. U, SI
4. il discussion of the rjeneral Epistle ofSt. James, London, 1903.
et doit résister à la tentation ; il lutte contre elle par la foi et la sagesse qui engendrent la patience.
Les critiques ne s'accordent pas sur les divisions de cette épître ; ils en distinguent tantôt deux, tantôt trois, même cinq. Le plus simple est de ranger les sentences de cette épître par groupe d'idées.
Après la signature et le nom des destinataires, I, 1, Jacques parle à ses lecteurs : des épreuves et des tentations, I, 2-18. Que les frères considèrent comme un motif de joie d'être exposés aux épreuves, ce qui est un moyen d'éprouver leur foi, qui produit la persévérance et les conduit à la perfection, 2, 3. Qu'ils demandent à Dieu la sagesse, mais avec foi, et Dieu la leur accordera, 4-8. Que le pauvre se glorifie de son élévation et le riche de son humiliation, 9-11. Heureux Ihomme qui supporte patiemment l'épreuve, car il recevra la couronne de vie, 12. Que personne n'attribue ses tentations à Dieu; à l'abri des tentations, celui-ci ne tente personne. L'homme est tenté par sa convoitise, laquelle, ayant conçu, engendre le péché, puis la mort, 13-15. De Dieu, qui nous a engendrés par la parole de vérité pour être les prémices, vient tout don parfait. 16-18.
Exhortations à la patience et à la docilité, I, 19-27- Soyez prompts à écouter, lents à parler et à vous irriteh. Rejetez tout ce qui est impur et recevez la parole du salut, surtout, mettez-la en pratique, 19-24. Celui qui aura considéré et pratiqué la loi parfaite, celui-là sera heureux, 25. Celui qui ne réprime pas sa langue, ne pratique pas la religion, laquelle consiste à soulager
les orphelins et les veuves et à éviter les souillures du monde, 20, 27.
Instruction sur l'amour fraternel, II, 1-13. Ceux qui croient en Jésus glorifié doivent aimer tous leurs frères sans acception de personne. Si, dans l'assemblée, on accueille et on traite avec égards le riche et si on traite avec mépris le pauvre, on est guidé par un raisonnement pervers, 1-4. On méprise le pauvre que Dieu a choisi pour être héritier du royaume. Et les riches les oppriment et blasphèment le nom de Dieu, 5-7. Celui qui fait acception de personnes viole la loi royale et celui qui la viole sur un point est responsable, comme s'il l'avait violée tout entière, parce qu'elle vient d'un même législateur, 8-11. La loi de liberté jugera les paroles et les actions ; le jugement sera conforme à la miséricorde de chacun, 12, 13.
Instruction sur la foi et les œuvres, II, 14-26. A quoi sert de dire qu'on a la foi si on n'a pas les œuvres? Pas plus que cela ne sert de soulager la misère par des paroles, 14-16. La foi qui n'est pas active est morte, 17. On ne peut montrer la foi sans les œuvres, tandis qu'on la montre par les œuvres. On fait bien de croire à un Dieu unique, mais les démons y croient aussi, 18, 19. Abraham fut justifié par les œuvres auxquelles coopérait la foi, dont les œ^uvres étaient le couronnement, 20-22. On est donc justifié par les œuvres et non par la foi seulement. 11 en fut ainsi pour Rahab, la prostituée. La foi sans les œuvres est semblable à un corps mort, 23-26.
Eviter les péchés de la langue, III, 1-12. Ne vous
érigez pas en docteurs, car vous seriez jugés plus sévèrement. Nous commettons de nombreux péchés. Celui qui ne pèche pas en paroles est parfait et peut réprimer tout son corps, comme on maîtrise un cheval avec le mors, 1-3. De même, un grand navire, malgré le vent, est dirigé par un petit gouvernail. La langue, toute petite qu'elle est, peut se vanter de grandes choses. Un petit feu embrase une grande forêt. La langue est un feu, le monde de Tiniquité qui enflamme tout le cours de la vie, étant elle-même enflammée par la géhenne, 4-6. Tous les animaux ont été soumis à riiomme, la langue n'a été domptée par personne, 7, 8. De la même bouche nous bénissons le Seigneur et nous maudissons les hommes. 11 n'en doit pas être ainsi, car une même source ne peut produire de l'eau douce et de l'eau amère et un arbre des fruits qui ne sont pas de son espèce, 9-12.
La vraie et la fausse sagesse, III, 13-18. Que le sage montre ses œuvres ! Celui qui a dans le cœur de la jalousie et qui aime l'intrigue, n'a pas la sagesse d'en haut, mais celle d'en bas, animale et diabolique, 13-16. La sagesse d'en haut est pure, indulgente, pleine de miséricorde, et produit des fruits de justice qui se sèment dans la paix, 17, 18.
Rapports avec le prochain, avec le monde et avec Dieu, IV, 1-V, 6. Vos querelles viennent de vos passions. Vous demandez des choses mauvaises et vous no recevez pas, parce que vous demandez mal, 1-3. Celui qui veut être ami du monde est ennemi de Dieu. Dieu est un ami jaloux ; il donne une grâce supérieure aux
humbles, mais il résiste aux orgueilleux. Soumettezvous, résistez au diable, purifiez vos cœurs, faites pénitence et votre tristesse se changera en joie, 4-10. Ne médisez pas de vos frères, car ainsi vous jugez la loi, sans en être l'observateur ; Dieu seul est législateur et juge, 11, 12. Personne ne peut faire des projets pour l'avenir, car nous ne savons pas ce que sera demain. Notre vie est comme une vapeur qui passe. 11 faut subordonner nos projets à la volonté de Dieu ; sinon, cette présomption orgueilleuse est coupable, et cela, d'autant plus que l'on connaît ce qui est bien, 13-17. Riches, pleurez, car vos richesses sont pourries et témoigneront contre vous au jour du jugement. Vos injustices et vos vols crient contre vous. Vous avez vécu dans le plaisir et vous avez tué le juste, V, 1-G.
Exhortations, V, 7-20. Frères, soyez patients, imitez le laboureur qui attend patiemment la récolte ; le Seigneur approche; ne vous plaignez pas les uns des autres; le juge est là. Prenez pour exemple les prophètes qui ont été patients. Vous savez que Dieu a mis fin aux maux de Job, car il est compatissant, 7-11. Ne prononcez aucun serment ; dites seulement oui, non, 12. Dans la souffrance, priez; dans la joie, chantez. Si quelqu'un est malade, que les presbytres prononcent sur lui des prières et l'oignent d'iiuile; la prière sauvera le malade à qui ses péchés seront pardonnes, IS- IS. Confessez-vous mutuellement, et priez les uns pour les autres. La prière du juste est efficace. Ainsi en fut-il de celle d'Elie, 10-18. Ramenez le frère égaré et ainsi vous sauverez votre àme de la mort, 19, 20.
5'^ Preuves internes d'authenticité. — De cette analyse il ressort que l'auteur était un Juif et que ses lecteurs étaient des judéo-chrétiens, qu'il jouissait d'une grande autorité, puisque, parlant à toutes les tribus de la Diaspora, il pouvait imposer à ses lecteurs la conduite à suivre, leur reprocher leurs fautes, les traiter de |jLot)(aXiûeç, adultères, et les exhorter à la patience dans leurs épreuves. Tous ces caractères peuvent s'appliquer à Jacques, évêque de Jérusalem.
Nous avons une preuve plus certaine de l'attribution de cette épître à Jacques dans le fait qu'il existe une parenté indéniable entre elle et les discours de Jacques, ainsi que la lettre de la conférence de Jérusalem, que nous ont conservés les Actes, XV, 13-21 ; 23-29 ; XXI, 20-25. Sur les 203 mots qu'ils contiennent, nous en retrouvons un bon nombre dans l'épître , malgré la différence des sujets traités.
Act. XV. 17 : èç'oO; èîrtxé'x).TiTat TÔ ôvoiià |xou £u' aÙTOÛ;.
XV, 13 : dtvSpeî àSeXçol, àxoûffaTÉ (ioy.
XV, 2!) : èÇ wv StaxripoûvTe; éauTO'j; eo TipâÇete.
JCQ. II, 7 : Ta xaXôv ôvo|i.a tô
II, ô : àxoûaaTS, àSeXcpoî (tou.
I, 27 : âamXov cauiôv TTipetv àicb Toù xôau.ou.
Remarquons l'emploi répété du mot tô 5voua en parlant du Christ :
V, 10 : èXaXT)(iav èv tû ôv6|xaTt Kupîou ;
V, 14 ; àX£Î<}rt)VTeç iXaicp âv Tcji ôvoiiaTt .
XV, Il : Xotfieïv iï, iÔvwv Xaôv T(ï> ôv6[iaTi aÙToù;
XV, 2() : ûivèp TOÙ ôv(5(iaTo; toù Kupcou -fKAtâv 'Iriioû XpidToû.
Cf. encore : iTtiax^TrTedOai, Jcq, I, 27 = Act. XV, 14; lT«aTfe>eiv, Jacq. V, 19-20 = Act. XV, 19.
L'étude interne de l'épître concorde donc à établir que saint Jacques, évêque de Jérusalem, en est l'auteur.
î 2. — Destinataires et but de l'épître.
L'épître est adressée aux douze tribus qui sont dans la dispersion, iraîç Soioexa cpuXaîi; toT; Iv tyï oiaffTTopa. Les Juifs étaient, à cette époque, répandus dans le monde entier. La transplantation d'Israël en dehors de la Palestine avait commencé au viii" siècle avant Jésus-Christ et s'était poursuivie à travers les siècles jusqu'à la destruction finale de Jérusalem, 70 ans après Jésus-Christ, Beaucoup de Juifs avaient aussi émigré volontairement dans les pays étrangers afin de s'y livrer au commerce. La dispersion juive était telle, que Strabon a pu dire qu'il était diflicile de trouver dans le monde entier un lieu qui ne fût pas occupé par les Juifs, et que Josèphe a afïirmé, qu'il n'y avait pas de cité, de tribu, ni chez les Grecs ni chez les barbares, où les lois et les coutumes juives n'eussent pris racine. Au jour de la Pentecôte, nous voyons rassemblés des Juifs venus de tous les pays de la terre. Josèphe affirme aussi que les Juifs habitent toutes les provinces romaines et au delà de l'Euphrate. A cette époque cependant toutes les tribus étaient confondues et si saint Jacques s'adresse aux douze tribus, c'est une formule usitée pour désigner l'ensemble des Juifs.
Il ressort de l'épître que les lecteurs étaient des Juifs. Abraham est appelé, II, 21, « notre père » ; les
histoires de Rahab, de Job, d'Elie leur sont connues; Dieu est appelé Kuptoç SaêawO, V, 4. Mais c'étaient des Juifs convertis au christianisme, ainsi que cela ressort des nombreuses caractéristiques chrétiennes, que présente cette épître et dont nous parlons plus loin. Signalons seulement celles qui s'appliquent aux lecteurs. Ceux-ci ont la foi en Notre-Seigneur Jésus, le Christ de gloire, II, 1; ils sont sous la loi de liberté, 11, 12; ils possèdent un beau nom, II, 7; leurs chefs sont les presbytres, qui guérissent les malades par l'onction de l'huile et la prière, V, 14, 15.
Bien que cette épître contienne un résumé des vertus que doit pratiquer le chrétien, il semble que saint Jacques exhorte surtout les lecteurs à la patience, et les met en garde contre les défauts qu'il relève chez eux. Ils étaient en butte aux persécutions des riches; ils subissaient des épreuves, I, 2; ils étaient traînés devant les tribunaux, II, 6. Pour les aider à supporter vaillamment ces tribulations, l'auteur déclare heureux celui qui supporte l'épreuve avec patience, car, après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux quil aime, I, 12 ; V, 7, 8, 10. Nous dirons plus loin quels sont les défauts que saint Jacques veut corriger chez ses lecteurs.
On se demandera peut-être comment il les connaissait et quelle fut roccasion qui le détermina à écrire son épître. Saint Jacques était chef de la communauté de Jérusalem et, comme tel, il fut en rapport avec les Juifs convertis qui venaient visiter cette ville. On sait
ÉPITRB DE SAINT JACQUES. 20j
que le Juif se faisait un devoir de venir, le plus souvent qu'il lui était possible, à Jérusalem. Et le Juif, bien que converti, ne se croyait pas délié de cette obligation. L'évêque de Jérusalem eut donc souvent l'occasion de voir des chrétiens issus du judaïsme, et il apprit ainsi aies bien connaître. D'ailleurs, ces défauts qu'il leur reproche, III, 1, 6, 9, 14; IV, 1-8, 13, 16; V, 12, sont à un certain degré inhérents à la race juive. A quelle occasion l'épître fut-elle écrite? Nous l'ignorons et nous n'avons aucun moyen de le savoir.
Toutes ces constatations nous permettent de conclure, une fois de plus, que la tradition ecclésiastique est en droit d'attribuer cette épître à saint- Jacques. L'étude littéraire que nous allons en faire nous prouvera aussi que l'auteur était un juif, qui connaissait bien l'Ancien Testament et qui avait été un auditeur de Notre-Seigneur, caractères qui s'appliquent à Jacques, le frère du Seigneur. Elle nous montrera aussi que cette épître a été connue dès les premiers temps chrétiens.