Der Jakobusbrief, GOltingcn
1. L'épilre de Jacques eslttle l'œuvre d'un chrétien? p. 1-3,'i, l'aris, I8'J«.
pas le droit de modifier un texte bien appuyé, sous prétexte qu'il est diflicile à expliquer. En fait, dans ces passages, saint Jacques applique à Jésus-Christ les épithètes qui, dans T Ancien Testament, étaient données à Dieu. Paul et les autres écrivains du Nouveau Testament ont agi de même. Paul appelle Jésus- Christ : 6 Kupio; fijAÔiv, Rom. I, 4, etc. et Kiipioç t^ç I6\r^<„ I Cor. II, 8. Pourquoi Jacques n'aurait-il pas réuni ces deux épithètes pour les appliquer à Jésus-Christ?
Faisons remarquer que, si l'on avait voulu christianiser cet écrit, il n'eût pas suffi d'y insérer deux fois le nom de Jésus-Christ, il eût fallu y ajouter des traits se rapportant à la vie de Notre-Seiy^neur, à sa passion, à sa mort, ce qui n'a pas été fait.
Pour appuyer cette hypothèse d'une origine juive de l'épître, Spitta soutient qu'on n'y trouve aucun enseignement qui ne soit d'inspiration juive, et Massebieau ajoute que l'on n'y relève aucune idée spécifiquement chrétienne. Or, il n'est pas admissible que les nombreux enseignements que cette épître emprunte aux discours de Notre-Seigneur soient d'inspiration juive. L'originalité des enseignements de Jésus par rapport à l'enseignement des rabbins a déjà été prouvée plusieurs fois, et nous n'avons pas à revenir sur cette démonstration. En outre, l'épître de Jacques contient des passages spécifiquement chrétiens. Voici les principaux : la loi parfaite, la loi de liberté est mise en opposition avec la loi d'esclavage, loi imparfaite. Les chrétiens sont appelés àoe^çot (jiou (XY«TtyiToî, I, 16, 19; II, 5; ils sont engendrés
par la parole de vérité, Xôyw àXviôeîaç, comme les prémices des créatures de Dieu, I, 18; après avoir été éprouvés ils recevront la couronne de vie, axécpavov tîî; Ctoriç, que le Seigneur a promise à ceux qui Taiment, I, 12; ils portent un beau nom, xaÀov ovoma, II, 7; ils sont les héritiers du royaume que Dieu a promis, II, 5 ; les presbytres guériront les malades, par des onctions d'huile et par des prières ; la prière de la foi sauvera le malade à qui les péchés seront pardonnes, V, 14. Enfin, les enseignements sur la prochaine venue du Seigneur, ^ Ttapouaîa xoli Kupîou, Y, 7, sont bien chrétiens, et viennent directement des paroles de Jésus. Le Seigneur dont lavènement est proche, V, 8, c'est Jésus-Christ. Nous conclurons donc que Tépître de Jacques, bien qu'elle trahisse chez son auteur une empreinte juive, est certainement un écrit chrétien. 2. Enseignements doctrinaux de l'épître et leurs rapports avec ceux de saint Paul. — L'épître de saint Jacques est plutôt un écrit d'enseignement pratique que d'enseignement doctrinal. L'auteur recommande surtout à ses lecteurs la persévérance dans les épreuves et les tentations, une piété agissante, l'amour du prochain, les œuvres de la foi, la soumission à Dieu pour les biens temporels, la patience, l'union dans la prière, la correction fraternelle, et leur enjoint d'éviter les péchés de la langue, la médisance, la fausse sagesse, la jalousie et l'orgueil, le parjure ; en un mot, de pratiquer la vie chrétienne telle que Jésus l'avait prôchée dans son Sermon sur la montagne. C'est l'apôtre saint Jacques qui a appelé « loi
royale »,vô|jio(; padiXixo'ç, II, 8,1e précepte du Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », que Jésus a confirmé, Mt. V, 43 ; XXII, 39 ; Me. XII, 31-33 ; Le. X, 27. Son enseignement sur les tentations est d'une psychologie profonde : Que personne, lorsqu'il est tenté, ne dise : Je suis tenté de la part de Dieu, car Dieu n'est pas tenté par le mal, et lui-même ne tente personne. Mais chacun est tenté lorsqu'il est attiré et amorcé par sa propre convoitise. Puis, la convoitise, ayant conçu, enfante le péché, et le péché étant consommé produit la mort, I, 13-15. Il analyse très finement le mal et le bien que produit la langue, « ce petit membre qui se glorifie de grandes choses, » III, 6-12. L'homme est pécheur, III, 2, et Dieu est le juge, IV, 12. Il est l'origine, le dispensateur de tout don parfait; il a voulu nous engendrer par la parole de vérité, afin que nous soyons comme les prémices de ses créatures, 1, 17, 18. Tels sont les enseignements principaux de cette épître.
Examinons maintenant son enseignement sur la foi et les œuvres. Sa doctrine sur ce point a beaucoup occupéles exégètes depuis les temps anciens. Plusieurs ont même soutenu que, sur les rapports de la foi et des œuvres, Jacques était en opposition avec Paul. La première question à discuter est celle-ci : le premier a-t-il connu les épîtres du second, ou inversement? Etablissons donc d'abord les rapprochements qu'on peut instituer entre l'épître de Jacques et les épîtres de Paul.
Reconnaissons qu'il y a un grand nombre de ter-
mes et d'expressions, communs aux deux écrivains : ôXdxXripoç, IxXsYOULat, xauyaofAai, i|/uyixô<;, {jly) TrXavScôe, àXX' IpEÎ xiç, Xo'yoç aXrjOeiaç, «xpoaTiQç, TrapaêxTrjÇ votAOu, àTrapj(7i, £v Eff^^axaiç -?,aépai;, etc. Cet emploi de termes identiques ne prouve pas nécessairement que l'un des deux écrivains dépend de l'autre, car ils ont pu puiser tous les deux à la même source, la prédication chrétienne, la langue chrétienne déjà en formation, quand ils écrivirent, et surtout l'Ancien Testament. Ainsi l'expression, Àoyoç àXriOeiaç, qui ne se trouve pas dans les autres livres du Nouveau Testament, a dû être empruntée au Ps. CXIX, 43. Examinons les rapprochements qu'on a surtout signalés entre l'épître de Jacques et l'épître aux Romains. Voici les plus frappants :
JcQ. I, 21 : SéîaaOe tov i[i.çytov XÔYOv TÔv Suvâpievov ffwcrai ta; ^j/^y*; yiAûv.
V, 3 : êÔYiattupicaTE èv è(TxâTat; T^(i£paiî.
I, "22 : Y'V£<T6E7toiYiTal XÔYOUxai [lii àxpoatat [xôvov...; 25, oùx àxpoatT|i;... Yev6(JL£voçàXXà7totT)TT|; Ipyou.
1,3 : yivwCTxovTeçôii tb8oxt[iiov ûlJLwv Tfi; lîiffTsw; xatEpYoiîIeTai •jiio|ioviiv, ■fi 6è CiTcoyiovi^ ipYov TÉXeiov.
IV, I : Twv CTTpaTgyojJiévwv èv I Toî; (lÉ/eoiv ûiiiôv.
Rom. 1, 10 : Tô EOaYY£>.tov...
Ô'JVafJLlÇ 6êOÛ ÈffTtV SÎÇ (TWTYiptaV TiaVTt TÔi TriffTEOoVTt.
II, 5 : ÔYiffaupîÇEt; orEauTcô ôpYï)v Èv Ti|iépcf ôpY*iç.
II, 3 : où Yàp ol àxpoaTai vrfjAOu oixatoi Ttopà Ttji 6£tj), àXX' ot i:oii)Ta.i v6(jLoy SixaiwÔT^aovtat.
V, 3-4: xau-/w|xe6a èv TaT« 6).i- ^Effiv, eISôte; ÔTi il 6Xi<{/i; (i7io(i.oy/jv xatspYâCETai, i?i 6è (ntOjjLOvr, Joxiijn^v, T?! ôà 50X1(11^ èXuiSa.
N'II, 23 :èvTotî[xÉX£(Tiv|iouàvTi- OTpaTeu6|i£vov.
Cf. encore : Rom. VI, 23 = Jco. I, 15; VII, 23 = IV, 1; VIII, 7 = IV, 4; VIII, 11,23; XI, 16 = I, 18, 25; XII, 14 = 111, 10; XIII, 3 = 11, 20; XIII, 12 ^ I,
21; XIV, 4 = IV, 12; XIV, 22, 23 = II, 18 = I, 16, etc.
Relevons maintenant les passages dans lesquels Jacques paraît être en opposition avec Paul^ En divers p'assages, II, 14-2G, Jacques développe cet enseignement, que la foi sans les œuvres est morte, que l'on est justifié parles œuvres et non par la foi seulement, II, 14- 25. Paul, de son côté, ayant à combattre les judaïsants, qui prétendaient que l'on ne pouvait être sauvé si l'on n'observait pas les œuvres de la loi, aHirmait que l'on était justifié par la foi et non par les œuvres de la loi. Voici les formules des deux apôtres sur ce point :
JCQ. II, tiO : irj m'aTi; X"P''î Twv êpywv àçfii èffttv . 17, èàv (jL/j l/Yi èçyoL, vexpâ èativ xa9'
Rom. III, 28 : XoYiÇ6(Ae6a yà?
SixaioÙCTÔai iridTei àvOpwjtov ywpi; ipyuv vojxou.
Abraham, dit Jacques, n'a-t-il pas été justifié par les œuvres? II, 21. Paul s'écrie : Si Abraham a été justifié par les œuvres, il a sujet de se glorifier, Rom. IV, 2.
Plusieurs questions se posent : Est-ce que l'un des deux écrivains a connu l'autre? On pourrait soutenir que non, malgré les nombreux points de contact que l'on relève encore entre l'épître de saint Jacques et les autres épîtres, particulièrement : I Cor. I, 27 = Jcq. XI, 5; II Cor. VI, 7 = Jcq. I, 8; I T/w. VI, 14 = Jcq. I, 27 ; II Ti/n. IV, 7, 8 = Jcq. 1, 12. Ces écrits, épîtres de Jacques et de Paul, traitaient de questions, dont on discutait beaucoup en ce temps-là, à savoir la valeur
1. B. Baktmann, s. Paulus und S. Jakobus uber die Rechtfertigxmg, Freiburg, 1897.
des œuvres légales pour le salut ; il est donc possible que les auteurs se soient rencontrés dans l'expression des mêmes idées, sans qu'ils dépendent l'un de l'autre.
Remarquons cependant que l'opinion générale, dès les premiers temps, fut qu'il existait une connexion entre les épîtres de saint Paul et de saint Jacques. D'après saint Augustin', saint Jacques aurait écrit pour instruire ceux qui n'avaient pas compris la doctrine de saint Paul sur la foi ; il n'y a pas contradiction entre les deux ; sinon, saint Paul se serait contredit lui-même, puisqu'il affirme que ce ne sont pas les auditeurs de la loi, qui sont justes devant Dieu, mais ceux qui la pratiquent : « Quapropter, conclut saint Augustin, non sunt sibi contrariae duorum apostolorum sententiae Pauli et Jacobi, cum dicit unus justificari hominem per fidem sine operibus, et alius dicit inanem esse fidem sine operibus : quia ille dicit de operibus quae fidem praecedunt, iste de iis quae fidem sequuntur , sicut etiam ipse Paulus multis locis ostendit. « Saint Jean Chrysostome^ explique de la même façon l'antinomie qui paraît exister entre Paul et Jacques. Presque tous les exégètes catholiques ont soutenu aussi que l'cpître de Jacques était écrite contre ceux qui avaient mal compris les enseignements de saint Paul sur la foi et en abusaient. Les exégètes protestants ne s'accordent pas sur le but de l'auteur. D'après les uns, il a voulu combattre directement l'enseignement de saint Paul
t. De diversi.1 quacstionihus ocloginta (rifjusliber unus, qii;icst.7G. 3. CiUMKii, Catenat, p. iS, 17.
sur la justification ; d'après les autres, il n'a pas connu saint Paul ou il est en harmonie avec lui.
La question reste donc non résolue : Lequel des deux écrivains a connu l'autre? La plupart des exégètes, dont nous avons parlé, supposent que saint Jacques a connu les écrits de saint Paul, ou tout au moins ses en. seignements. Il en est cependant, Mayor, par exemple, qui pensent que saint Paul a eu l'épître de saint Jacques entre les mains. La question est difficile à résoudre et la réponse sera assez subjective. Si nous comparons en effet les deux textes suivants :
JCQ. II, 21 : è$ épY'^'' Sixaioù-
(XÔVOV,
Gai., II, 10 : o'i oixaioÛTa-.
Sià TttaTeo»; 'Iri^oO XptTtoO,
nous serons bien embarrassés pour dire quel est celui des deux qui dépend de l'autre. Pour résoudre nettement la question, il faudrait connaître la date exacte de la composition de l'épître de Jacques. Or, sur ce point, on ne peut faire que des conjectures. L'opinion des critiques sera donc influencée par la date qu'ils attribueront à cette épître.
Ne pourrait-on pas observer qu'il est peu probable que saint Jacques ait eu connaissance des nombreuses lettres de saint Paul, écrites à des communautés éloignées de Jérusalem? D'autre part, cependant, il semble que saint Jacques a en vue l'enseignement d'un homme qu'il veut contredire : A quoi sert à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a les œuvres? II, 14. Quelqu'un dira Veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi sans