Style. — Les sentences de cette épître sont cour
tes, simples, directes, mais puissantes et expressives. Les figures de rhétorique sont abondantes, surtout la métaphore et la paronomase. Les métaphores sont empruntées à la vie des champs : le riche passera comme la fleur de l'herbe, car le soleil s'est levé avec sa chaleur et il a desséche l'herbe et sa fleur est tombée et la beauté de son aspect a péri ; ainsi le riche se flétrira dans ses voies, I, 10; III, 3, 5, 8, 11, 18; IV, 14 ; y, 7 ; à la vie domestique : Si quelqu'un écoute la parole sans la pratiquer il ressemble à celui qui regarde le visage de son propre corps dans un miroir, I, 23; II, 26; IV, 4 ; V, 2 ; à la vie publique : Voici que le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs et dont vous les avez frustrés, crie, V, 4; à la vie maritime : De même, voyez les navires; ils sont bien grands et les vents qui les poussent sont impétueux, et cependant ils sont dirigés par un petit gouvernail au gré du pilote, III, 4; I, 6.
La paronomase ou liaison des sentences par un même mot est une des caractéristiques les plus frappantes de cette épître : to ScxtiAiov t^i; TnaTsw; xaTipyot^eTai u7tO|jiovviv •^ Ss 67ro|Aov^ epyov teXeiov l/^iiM, l'va ^te teXeioi ev [AV)Sev\ XenTd|i.evoi* eî Ss tiç XEiTrsiai (io:ptaç, atTeÎTW... atteTTO) 8â Iv TîiffTei, [/Yj^èv otaxpivô|ji6voç* 6 ^àp Siaxpivo'uiEvOi;, I. 3-6; cf. I, 13-15. 21-25, 26, 27; IL 2-7, 8-12, 13, 14-26; III, 2-4, 5-8, 11-18; IV, 1-3,4-10, 11, 12, 13-17; V, 3-11, 17- 20. La répétition du môme mot provient quelquefois des préférences de l'auteur pour les sentences courtes, ce qui l'oblige à répéter les mots, mais il n'en reste pas moins que nous avons dans ce procédé de la parono-
mase si fréquemment employée, un artifice voulu. Le retour des mêmes sons plaisait à l'auteur et chez lui les allitérations sont fréquentes, non seulement pour une lettre en particulier : TrSffav y^apiv yjYïlaaoQe Sxav TreipaffjxoT; TiepiTOffYiTE TToixîXotç, I, 2\ cf. 1, 6, 17, 22; II, 16, etc., mais pour une syllabe : où ûiexpiOïj-re xa\ lYéveaôs xpitoti oiaXoYiatJiwv,
II, 4; cf. V, 2, ou même plusieurs : àvejjiiÇoj/Évh) xai ^tïTiÇojjiévw, I, 7; xaTeoixaffaTE, èçoveouaie, V, 6; cf. III, 17, etc. Il aimait aussi le balancement des sentences similaires : Ta/ùî tic, TO àxouffai, PpaSù; eîç to X«Xr,ffai, 1 , 19 ; cf. 1 V, 7, 8; I, 15, etc., lesquelles rappellent le parallélisme de la poésie hébraïque. Il pratique aussi l'asyndéton, c'est-à-dire la suppression des particules conjonctives,
III, 15, 17; I, 19; V, G; 1,27; IV, 2, etc.
La phrase de saint Jacques est courte ; une seule, II, 2-4, dépasse quatre lignes; 140 propositions sont simples, c'est-à-dire n'ont pas de verbes subordonnés; 7 en ont deux; 3 en ont trois ou davantage. Cette brièveté des propositions ne nuit pas au rythme de la phrase, qui s'appuie sur le balancement des sentences, .sur la répétition des mêmes sons, sur l'égale longueur dos syllabes dans chaque membre de la période, I, 11, 13, 21,25-27; III, 17; V, 1-G, etc.
Ces diverses particularités impriment un caractère spécial à lépîlre de saint Jacques. Signalons encore la forme dramatique de l'exposé par l'emploi de nombreuses interrogations, le pittoresque des expressions, l'énergie et la vivacité de l'exposition, quelquefois l'ironie ou la colère qui se trahissent sous la brièveté de la phrase, et nous conclurons que cette épître est un
joyau unique parmi les écrits du Nouveau Testament.
4. Langue originale de l'épttre. — L'épître de Jacques a-t-elle été écrite en aramécn ou en grec? La majorité des critiques croient qu'elle a été écrite en grec. Quelques-uns cependant, Faber, 1770, Schmidt, 1818, Bertholdt, 1819, Wordswortli, 1885, supposent un original araméen. Voici les arguments de ces derniers en faveur de cette hypothèse ' . L'araméen était la langue parlée par Notre-Seigneur à la foule et par Paul dans son discours au peuple de Jérusalem. C'est dans cette langue que furent écrits, d'après Papias, l'évangile de Matthieu; d'après saint Jérôme, la l'^ épître de Pierre ; d'après Clément d'Alexandrie, saint Jérôme et d'autres, l'épître aux Hébreux, et enfin la Guerre juive de Josèphe. Il est donc probable que Jacques, s' adressant à des lecteurs juifs, a écrit en araméen, la langue parlée à cette époque en Palestine. La comparaison entre le texte grec et la version latine du codex Corbeiensis indique pour ce dernier un autre texte primitif que celui que nous avons, texte qui serait peut-être araméen. Ce dernier argument serait décisif s'il était établi sur des preuves solides et nombreuses. Mais elles sont assez rares, et ces traductions divergentes que l'on croit provenir d'un original araméen sont peut-être simplement le fait d'un traducteur négligent et peu soigneux.
Voici les arguments en faveur d'un original grec de